Complicité silencieuse de la pseudo-gauche dans la campagne belliqueuse contre la Syrie et la Russie

Par Tom Hall
13 avril 2018

Pour évaluer une tendance politique, il faut prendre en compte non seulement ce qu’elle dit, mais aussi ce qu’elle passe sous silence. Si une organisation réagit à des développements géopolitiques aussi importants que la campagne belliqueuse des impérialismes américain et européens contre la Russie, ou encore l’escalade imminente de l’intervention américaine en Syrie, en ne disant rien, son silence – comme dit le vieil adage «qui ne dit mot consent» – ne peut dénoter que son consentement.

Et c’est le cas des organes de presse des diverses tendances de la pseudo-gauche qui représentent des couches aisées de la classe moyenne supérieure masquant leurs politiques procapitalistes et pro-impérialistes par des phrases populistes et à consonances radicales.

Quatre des plus importants sites de la pseudo-gauche, à savoir le magazine Jacobin, proche du groupe Democratic Socialists of America, Socialist Worker, journal en ligne de l’International Socialist Organization (ISO), le site en ligne Socialist Alternative et International Viewpoint, le magazine du Secrétariat unifié pabliste, ex-trotskyste, n’ont en effet presque rien publié sur le danger croissant d’une guerre mondiale majeure. Le peu qu’ils écrivent en fait vient souligner leur soutien aux impérialismes américain et mondial. Ainsi, Jacobin n’a rien publié sur l’affaire Skripal, cette campagne du Royaume-Uni et des États-Unis d’accusation menée sans la moindre preuve contre la Russie pour l’empoisonnement présumé de l’agent double Sergei Skripal – un incident utilisé pour justifier les provocations belliqueuses contre la Russie. Maintenant que le récit officiel de l’empoisonnement des Skripal est en voie de perdre toute crédibilité, les médias et les gouvernements impérialistes concentrent maintenant leurs efforts autour de la provocation organisée par la CIA au sujet de l’utilisation présumée d’armes chimiques par la Syrie pour aller en guerre.

En date du 9 avril, les mots «Skripal», «Russie» et «Syrie» n’apparaissent nulle part en première page des organes de la pseudo-gauche. De la même façon, une recherche menée sur le site Jacobinmag.com avec pour mot-clé «skripal» ne livre aucun résultat. Bref, pour tout le mois dernier, alors que les médias américains et britanniques se sont lancés dans une offensive de propagande implacable, Jacobin n’a rien publié à ce sujet.

Une recherche effectuée sur le site web de Jacobin pour les articles contenant le mot «Skripal» ne donne aucun résultat.

Un autre sujet sur lequel Jacobin ne publie aucun article est la décision du gouvernement équatorien qui, à la demande des puissances impérialistes, a coupé l’accès Internet de Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks. Le silence de Jacobin quant aux préparatifs de guerre impérialistes, va main dans la main avec son silence sur les mesures antidémocratiques prises pour réprimer toute opposition.

Les choses ne sont pas différentes lorsqu’on se tourne vers Socialist Worker. Ici aussi, une recherche avec «skripal» ne donne aucun résultat. La publication de l’ISO n’a produit qu’un seul article sur les questions de politique étrangère au cours des deux dernières semaines, conformément à son orientation nationaliste.

Une recherche avec le mot clé «Skripal» ne produit pas plus d'articles sur le site de Socialist Worker.

 

International Viewpoint a également choisi de ne rien publier sur la campagne autour de l’affaire Skripal ou Assange. La revue a cependant publié une récente déclaration sur la Syrie pour dénoncer la débâcle des forces de procuration à la solde des États-Unis dans la Ghouta comme une «défaite majeure pour tous ceux qui combattent le racisme et l’autoritarisme capitaliste à l’échelle mondiale».

Socialist Alternative n’a rien publié non plus sur Julian Assange. C’est cependant la seule des quatre revues, pour autant que cet auteur sache, à avoir publié un article sur l’affaire Skripal. La déclaration en question provient de la branche affiliée de Socialist Alternative en Grande-Bretagne, le Socialist Party, et dénigre en fait la campagne pour la défense de Jeremy Corbyn contre les conservateurs et la droite du Parti travailliste qui s’en prennent à lui pour ses critiques timides contre le jugement hâtif que la Russie serait responsable de la présumée attaque.

Les auteurs font cependant de leur mieux pour dissimuler les implications dangereuses de toute la campagne autour de l’empoisonnement de Skripal, en disant que la perspective d’une guerre mondiale est «exclue» et que le résultat final de la campagne «équivaudra simplement à couper les ongles des oligarques de Londres et d’Europe et à pas grand-chose d’autre».

Compte tenu des enjeux, toute organisation véritablement progressiste, et surtout qui se dit socialiste, doit soumettre la campagne de campagne belliqueuse contre la Russie et la Syrie à une critique et une analyse intensive, afin d’éduquer la classe ouvrière et de l’inoculer contre la propagande guerrière.

Cependant Jacobin, Socialist Worker, etc., ne sont pas des publications de gauche, mais bien de droite, pro-impérialistes et procapitalistes. Aux États-Unis, ces organisations agissent comme des auxiliaires politiques du Parti démocrate qui mène l’offensive contre la Russie, la campagne contre Assange et la campagne de censure de l’Internet.

Le World Socialist Web Site a publié 50 articles sur l'affaire Skripal depuis le 8 mars.

Tous ces groupes sont en faveur d’une confrontation avec la Russie et font de l’agitation en ce sens depuis longtemps. Ils sont particulièrement irrités par ce qu’ils considèrent comme l’ingérence de la Russie dans la guerre menée par procuration pour le compte de l’impérialisme américain en Syrie – une guerre qu’ils ont faussement qualifiée de «révolution». Les groupes de la pseudo-gauche font de l’agitation pour accroitre la présence américaine en Syrie, critiquant les administrations Obama et Trump pour ne pas avoir fourni plus d’armes lourdes et de soutien aérien aux forces de procuration.

En avril 2017, lorsque des allégations d’attaques à l’arme chimique ont été utilisées par l’administration Trump pour justifier des frappes aériennes contre la Syrie, la pseudo-gauche a d’abord répondu par le silence (pendant la campagne de propagande), puis après les bombardements, par des déclarations faisant la promotion des mensonges des puissances impérialistes et critiquant l’administration Trump pour ne pas vraiment chercher à changer de régime. Ashley Smith de Socialist Worker’s, avait alors déploré que «les États-Unis n’ont fait qu’attaquer la base sans même détruire sa piste» et se lamentant même qu’il est difficile de prendre au sérieux les prétentions humanitaires de Trump» parce que jusqu’à récemment «Trump a soutenu un certain rapprochement avec Assad et la Russie».

Ces tendances politiques articulent les intérêts d’une couche restreinte de la classe moyenne supérieure privilégiée, constituée d’universitaires, de professionnels et de fonctionnaires syndicaux dont l’augmentation des revenus au cours des trente dernières années – alors même que la classe ouvrière voyait son niveau de vie s’effondrer – l’a conduit à soutenir directement l’impérialisme américain. Depuis le bombardement des Balkans par l’OTAN dans les années 1990, la pseudo-gauche a soutenu toute une série d’interventions impérialistes «humanitaires» et de mouvements séparatistes et nationalistes soutenus par l’impérialisme.

Ces couches sont organiquement hostiles à l’émergence d’un mouvement de masse, antiguerre et socialiste au sein de la classe ouvrière qui menacerait leurs revenus et leurs privilèges gonflés. Dans le cadre de la politique bourgeoise, leur fonction est de désorienter et de démobiliser l’opposition sociale croissante et de l’empêcher de se libérer de l’emprise politique de la bourgeoisie.

(Article paru en anglais le 10 avril 2018)

L’auteur recommande également :

La pseudo-gauche appuie l’attaque impérialiste contre la Syrie
[12 avril 2017]