Les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France préparent un assaut contre la Syrie

Par le comité de rédaction du World Socialist Web Site
13 avril 2018

Mercredi, le président Donald Trump a menacé une escalade majeure de la guerre de sept ans pour renverser le régime syrien, en déclarant dans un Tweet: «La Russie promet d’abattre tous les missiles lancés contre la Syrie. Préparez-vous la Russie, parce qu’ils viendront, gentils, nouveaux et "intelligents"!»

Ces menaces expriment la criminalité de la campagne impérialiste contre la Syrie. Le président américain menace de lancer une guerre non provoquée. Les gouvernements américain et européens mentent effrontément pour justifier leurs objectifs de guerre; la presse ne conteste pas les déclarations même les plus incroyables.

Les affirmations des États-Unis selon lesquelles l’attaque prévue contre la Syrie est une réaction à une attaque chimique par Assad le 7 avril ne reposent sur aucune preuve indépendante. Les seules personnes affirmant avoir été témoins de l’attaque sont des milices d’opposition soutenues par les États-Unis.

Les prétentions humanitaires de l’OTAN ne résistent pas à un examen sérieux. Les massacres de manifestants palestiniens non armés à Gaza par l’armée israélienne n’ont provoqué aucun commentaire sérieux dans les médias occidentaux. L’Arabie saoudite, principal allié arabe des États-Unis au Moyen-Orient, mène une guerre génocidaire au Yémen. Le saccage du Moyen-Orient par les États-Unis depuis plusieurs décennies a détruit des sociétés entières.

On n’a fourni aucune explication crédible pourquoi le régime Assad mènerait une attaque chimique alors qu’il était sur le point de battre les insurgés liés à Al-Qaïda et financés par les États-Unis et leurs alliés.

Mais il y a de nombreuses raisons pour lesquelles les États-Unis demanderaient à leurs mandataires de mettre en scène ou d’inventer un tel incident. Deux jours avant l’attentat présumé à Douma, un éditorial du New York Times se plaignait que Trump avait «laissé le champ libre à la Russie en Syrie» et permettait à l’Iran de prendre pied dans le pays. Le Times a demandé, «Comment cela sert les intérêts américains?»

Une heure après le déchaînement de Trump sur Twitter mercredi matin, il a admis dans un «tweet» ultérieur que la campagne contre la Russie est menée par des forces politiques à Washington. «Beaucoup des tensions avec la Russie sont causées par l’enquête fausse & corrompue sur la Russie, dirigée par l’ensemble des loyalistes démocrates, ou les gens qui ont travaillé pour Obama», a écrit Trump.

Derrière la guerre larvée qui agite Washington, il y a des divisions substantielles sur la politique étrangère, centrée sur le conflit en Syrie, qui bouillonne depuis des années.

En 2013, les États-Unis ont menacé d’attaquer directement la Syrie pour renverser Assad, après avoir attaqué et renversé Mouammar Kadhafi en Libye en 2011. Mais finalement, face à une grande opposition populaire, le président Obama a dû reculer après l’échec d’un vote au parlement britannique pour autoriser la participation britannique à la guerre. Au lieu d’attaquer directement la Syrie, les États-Unis ont accepté un accord négocié par la Russie pour détruire les stocks d’armes chimiques de la Syrie.

Dans une conférence prononcée en septembre 2013, au lendemain de l’accord, le président du comité de rédaction du World Socialist Web Site, David North, a averti:

«Mais le report de la guerre ne diminue pas la probabilité, voire l’inévitabilité, de l’éclatement d’une guerre majeure. Comme le montrent les déclarations belliqueuses de Washington, "l’option militaire" reste sur la table. La Syrie n’est pas non plus la seule cible militaire. Les opérations américaines contre la Syrie ouvriraient la voie à un affrontement avec l’Iran. Et, ensuite, la logique de la lutte de l’impérialisme américain pour l’hégémonie mondiale mène à une confrontation avec la Russie et la Chine.»

Cet avertissement a été confirmé. Les dirigeants américains n’ont jamais oublié la décision d’Obama de ne pas attaquer la Syrie, vécue comme une humiliation colossale et un revers pour Washington.

A présent que les milices islamistes soutenues par l’OTAN en Syrie vont à la défaite face au gouvernement syrien, à l’Iran et à la Russie, le renseignement américain a fabriqué une série de prétextes pour justifier des projets de guerre.

On a accusé Damas d’avoir utilisé des armes chimiques le 7 avril, quelques jours à peine après l’effondrement des déclarations de Londres, selon lesquelles la Russie aurait mené une attaque chimique sur le sol britannique. Non seulement les prétendues victimes d’un gaz neurotoxique dix fois plus puissant que le Sarin sont rétablies, mais les autorités britanniques les empêchent de faire des déclarations publiques. Les incidents de Salisbury et Douma, comme toute la campagne antirusse, font partie d’une offensive de propagande visant à légitimer une attaque contre la Syrie et une escalade miliaire contre la Russie.

Il y a quinze ans, la France s’opposait à l’intervention américaine en Irak, entraînant la dénonciation de la «vieille Europe» par l’Administration Bush, qui voulait changer le nom des frites de French fries pour «freedom fries». Depuis, la France a complètement inversé sa position, visant à se rétablir en tant que puissance coloniale en participant au partage du Moyen-Orient. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian déclare aujourd’hui que la France est prête à «faire son devoir».

Les considérations de politique intérieure jouent un rôle au moins aussi grand que les motivations géopolitiques de la guerre. Toutes les grandes puissances impérialistes qui préparent la guerre sont déchirées par de profondes crises internes et un mouvement croissant de la classe ouvrière.

Macron a fait part de son soutien aux menaces de guerre américaines alors que son gouvernement mène une confrontation frontale avec les cheminots pour éliminer les statuts et les acquis sociaux. Le gouvernement de allemand Grande coalition, assemblé après des mois de transactions en coulisse, bénéficie d’un soutien public minuscule.

L’État britannique, ébranlé par le Brexit, est dirigé par une Première ministre universellement détestée, sans autorité ni légitimité. Theresa May a tellement peur de l’opposition publique à la participation britannique en Syrie et d’une répétition de la débâcle du Premier ministre David Cameron en 2013 qu’elle envisage la possibilité de lancer une attaque sans vote au Parlement.

Et les États-Unis sont enfoncés dans la plus grande crise politique depuis Watergate et la démission forcée de Nixon, avec une vague de grèves d’enseignants et une colère croissante dans la classe ouvrière.

La ruée de l’OTAN vers un conflit avec la Russie donne l’impression que les États-Unis et les puissances européennes seraient contents de lancer une guerre de facto, qui servirait de prétexte pour intensifier leur campagne de censure d’Internet et de proscription de l’opposition politique interne. Une fièvre de guerre téméraire et criminelle saisit les puissances de l’OTAN. À mesure que leurs crises internes s’intensifient, leurs provocations militaires deviennent d’autant plus éhontées.

Le gouvernement Poutine, pour sa part, est pris entre des éléments au sein de l’armée qui poussent la Russie à affronter les États-Unis et des oligarques puissants qui, malmenés par les sanctions économiques, cherchent désespérément un compromis avec les États-Unis. L’Iran est également sous la pression de mesures économiques américaines qui ont produit une baisse de 35 pour cent de la valeur du rial.

Alors qu’Alexander Zasypkin, l’ambassadeur russe au Liban, déclarait mercredi que «S’il y a une frappe des Américains, alors... les missiles seront détruits et même les sources d’où les missiles ont été tirés», le Président Vladimir Poutine a cherché à calmer les tensions, déclarant qu’il espérait que le «bon sens» prévaudrait.

Le gouvernement russe fait face aux conséquences de la dissolution de l’Union soviétique, dont la logique ultime est la réduction de la Russie au statut de semi-colonie. Aucune concession de Moscou ou de Téhéran ne satisferait les États-Unis, qui ne cherchent rien de moins que leur asservissement total. Ni la bourgeoisie russe ni la bourgeoisie iranienne ne peuvent résister aux forces de l’impérialisme mondial.

L’escalade en Syrie démontre que les puissances impérialistes vont vers une nouvelle guerre mondiale. Quelle que soit l’issue de la crise actuelle, l’attaque contre la Syrie n’est qu’un précurseur d’une guerre contre l’Iran, la Russie et finalement la Chine, menaçant l’anéantissement de l’humanité dans une conflagration nucléaire.

La seule façon d’éviter cette catastrophe est de lier le mouvement international émergent de la classe ouvrière à la lutte contre la guerre impérialiste.

(Article paru en anglais le 12 avril 2018)