La grève menacée en Oklahoma: les enseignants de l’Arizona et du Kentucky veulent eux aussi déclencher la grève

Par Jerry White
13 avril 2018

La puissante grève des enseignants de l’Oklahoma, qui en est maintenant à son neuvième jour, risque d’être trahie et stoppée par les syndicats avant que les enseignants n’obtiennent une augmentation salariale de 10.000 dollars et la restauration du financement des écoles qui a été sabré ces dix dernières années.

Les enseignants de la base ont dénoncé l’Association d’éducation de l’Oklahoma (OEA) pour avoir collaboré avec les autorités scolaires et les médias afin d’encourager un mouvement de retour au travail pour mettre fin à la grève. «L’OEA a fait circuler des dépliants aujourd’hui en disant que nos demandes sont satisfaites à 95 %, ce qui n’est pas vrai», a déclaré Ashley, une enseignante de Norman en Oklahoma, au Bulletin des enseignants du World Socialist Web Site. «Ils sont prêts à mettre fin à la grève, mais les enseignants ne le sont pas», a-t-elle déclaré.

Protestation des enseignants de l’Oklahoma au capitole de l’État

Dès le début, l’OEA et la plus petite Fédération américaine des enseignants (AFT) d’Oklahoma City se sont opposés à la grève, qui n’a eu lieu que parce que des dizaines de milliers d’enseignants de la base l’ont exigée sur les médias sociaux après la grève de neuf jours des enseignants de Virginie-Occidentale. Dans une tentative de dernière minute pour empêcher le débrayage, les syndicats ont salué comme «historique» un projet de loi insultant sur les salaires et le financement, adopté par les démocrates et les républicains, qui aurait laissé l’État parmi les derniers aux États-Unis au niveau du financement scolaire.

Alors que des milliers d’enseignants, d’étudiants et de leurs sympathisants de tout l’État se sont présentés à plusieurs reprises au capitole à Oklahoma City, les syndicats ont cherché à les épuiser en encourageant de faux espoirs d’obtenir un financement accru en faisant appel au gouverneur et à la législature de l’État. De façon prévisible, le gouverneur républicain Mary Fallin et les législateurs de l’État ont refusé.

Mardi, après que Fallin a abrogé une taxe sur les motels et les hôtels, et a déclaré qu’elle n’entendait pas renverser une réduction des impôts sur les gains en capital, la présidente de l’OEA, Alicia Priest, a abandonné ces revendications comme condition préalable pour mettre fin à la grève et a dit que la seule manière d’améliorer l’éducation était de voter pour les démocrates en novembre.

Mardi, les fonctionnaires de l’OEA ont fait circuler un tract aux manifestants au Capitole de l’État, annonçant que pratiquement toutes ses demandes avaient été satisfaites. Le Tulsa World a rapporté que six enseignants de l’école élémentaire Cesar Chavez d’Oklahoma City ont affronté la vice-présidente de l’OEA, Katherine Bishop, à la table des syndicats à l’intérieur de la rotonde du Capitole. «Les négociations sont au point mort avec ces deux chambres», a déclaré Bishop au groupe. «Il nous manque environ 25 millions de dollars, nous sommes si proches.»

Dépliant distribué par l'OEA mercredi (Source: Oklahoma Teacher Walkout-The Time is Now!)

Sur la page Facebook de «La grève des enseignants d’Oklahoma – l’heure est maintenant venue !» (Oklahoma Teacher Walkout-The Time is Now!) Les enseignants ont massivement dit qu’ils continueraient la grève même si l’OEA tentait de la stopper. Ils ont exhorté les enseignants à prendre des jours de maladie en masse dans les districts qui prévoyaient rouvrir les écoles. «Il s’agit d’enseignants qui se battent pour le financement des étudiants et le financement n’a pas été obtenu», écrit un enseignant. «Pourquoi l’OEA traine-t-elle les pieds sur les buts promis de cette lutte et au lieu de cela nous sort ces informations délirantes?»

Alors que les plus grands districts – Oklahoma City, Tulsa, Norman et Broken Arrow – ont annoncé qu’ils resteraient fermés aujourd’hui (jeudi), d’autres districts rouvrent, cherchant à faire pression sur les enseignants pour qu’ils retournent au travail. À Tulsa, où les enseignants ont parcouru une distance de 175 kilomètres jusqu’au Capitole et un sondage a montré que 80 % de ses membres voulaient continuer la grève, le chef de l’Association des enseignants de Tulsa n’a pas pu stopper la grève, mais a déclaré: «Je crois que c’est le moment de se concentrer sur [les élections de] novembre.»

Le rôle de briseurs de grève des syndicats d’enseignants souligne la nécessité pour les enseignants de l’Oklahoma de rompre complètement avec l’OEA et l’AFT et de rejeter sa subordination politique au Parti démocrate, qui est tout autant un ennemi de l’éducation publique que les républicains.

Des comités de la base devraient être élus dans chaque école et dans chaque communauté pour faire avancer cette lutte. Ces comités devraient se battre pour la mobilisation de toutes les catégories de travailleurs d’Oklahoma – employés du secteur public, travailleurs de l’énergie, travailleurs de la santé et autres – et établir des liens avec les enseignants de l’Arizona, du Kentucky et d’autres États et préparer une grève générale pour défendre le droit à l’éducation publique.

Les enseignants de l'Arizona qui manifestent mercredi (Source: Arizona Educators United)

Des enseignants de tout le Kentucky se préparent à converger vers le bâtiment du Capitole à Frankfort vendredi pour s’opposer à l’attaque du gouverneur Matt Bevin sur les pensions des enseignants, qui a été introduite clandestinement dans un projet de loi signé la semaine dernière par le gouverneur. De nombreux enseignants appellent à une grève «sauvage» pour vendredi, et à ce que deux fois plus de personnes participent que lors de la dernière manifestation au Capitole le 2 avril, qui avait été estimée à 5.000 personnes.

Le projet de loi, adopté par le sénat de l’État au milieu de la nuit, juste avant leurs vacances de printemps de 10 jours, inclut la destruction des pensions à prestations définies pour tous les futurs enseignants dans le Kentucky, les liants à un type de régime 401 (k) «hybride» soumis à l’instabilité de Wall Street. Plus important encore, il supprime l’«inviolabilité» des pensions des enseignants, qui est inscrite dans les lois du Kentucky depuis 1993. La suppression de cette clause permet de modifier les pensions, ou même de les annuler, à tout moment. Les enseignants du Kentucky ne sont pas admissibles à la sécurité sociale.

L’Association d’éducation du Kentucky (KEA) s’est opposée à maintes reprises à toute action de grève et a averti les enseignants que la grève était illégale. La KEA a reconnu que ses membres sont désireux de participer au rassemblement, mais n’a pas approuvé autre chose que d’exhorter ceux qui peuvent «légalement» participer à le faire. La KEA n’organise pas le transport ou la logistique, laissant les enseignants se débrouiller seuls.

Un enseignant a déclaré: «Rappelez-vous, Bevin croit que les coupes dans l’éducation publique ne vont pas assez loin et soutient la privatisation de l’éducation. Il soutient la création d’écoles privées où les enseignants gagnent des salaires moins élevés, réduisent les avantages sociaux et licencient les enseignants à volonté. Rappelez-vous, il soutient l’élimination de la permanence dans nos universités... demandez-vous, combien de temps faudra-t-il jusqu’à ce que cette idée fasse son chemin dans nos écoles?»

Des milliers d’enseignants et de parents de l’Arizona ont pris part à des manifestations avant le début de la journée scolaire mercredi dans plus de 1.000 écoles à travers l’État. Les enseignants réclament une augmentation de salaire de 20 % et s’opposent aux attaques budgétaires du gouverneur Doug Ducey, qui a insisté sur le fait qu’il ne leur donnera rien de plus qu’une hausse de salaire de 1 %.

Un sondage sur la page Facebook, Arizona Educators United, a révélé que plus de 17.000 enseignants sont en faveur d’une grève à l’échelle de l’État et que plusieurs demandent, malgré l’opposition de l’Association d’éducation de l’Arizona, de fixer une date pour la grève.

«Les enseignants du Kentucky et de l’Arizona nous ont clairement soutenus», a déclaré Ashley, enseignante à Norman, au WSWS. «C’est le moment de se réunir. Nous avons une secrétaire de l’Éducation [Betsy DeVos] qui essaie de démanteler l’éducation publique. Nous avons 85 % de soutien dans mon État pour ce débrayage; l’élan est là. Ceux qui sont dans le domaine de l’éducation publique savent ce qui est en jeu avec la privatisation – les écoles qui peuvent discriminer les enfants ayant des besoins spéciaux ou ceux qui ne peuvent pas payer.

«Sur le plan national, notre président a montré que le bien-être social est au bas de sa liste de préoccupations. Pour nous faire oublier les luttes dans notre propre arrière-cour, il veut que nous soyons constamment unis contre les autres – les immigrants, les musulmans, le Moyen-Orient dans son ensemble. Il y a une terrible inégalité dans le pays.»

Après avoir été contraints de dénoncer la vague de grèves et de protestations des enseignants, les médias nationaux sont restés silencieux pendant des jours sur la grève de l’Oklahoma, bien conscients des dangers pour l’élite financière et corporative de ce mouvement qui a émergé hors du contrôle des syndicats. Dans le même temps, la croissance de la lutte de classe aux États-Unis et à l’étranger est un facteur considérable dans la course à la guerre contre la Syrie et la Russie.

Interrogé sur la campagne de guerre, un enseignant de Phoenix, en Arizona, a déclaré: «Du point de vue d’un enseignant, d’un parent et d’une mère, le concept de guerre est effrayant. J’enseigne l’histoire du monde, et je demande aux enfants s’ils voient des similitudes dans les aspects de la société américaine avec l’Allemagne nazie. La population peut être manipulée pour soutenir les guerres. Ils ont mis en place des conflits externes pour réduire ou réprimer les conflits internes», comme les grèves des enseignants, a-t-elle dit.

(Article paru d’abord en anglais le 12 avril 2018)