Macron menace la Syrie, droit dans ses bottes contre les grèves en France

Par Alexandre Lantier
13 avril 2018

Dans une entrevue durant d’une heure à TF1 jeudi, le président de la République a menacé la Syrie d’une guerre imminente et promis de ne rien céder face aux grèves contre l’austérité en France.

L'interview a démontré la faillite politique de Macron et de l'OTAN. Macron a annoncé son soutien pour des frappes militaires agressives qui ne menaceraient non seulement la Syrie mais aussi les forces russes en Syrie, et qu'il formulerait sa politique sans tenir compte de l'opinion. Il a appelé à une atmosphère d’unité nationale malgré sa politique extrêmement impopulaire basée sur le recours à l'armée, y compris la création du service militaire universel.

L'entretien souligne que la seule façon pour la classe ouvrière d'arrêter la poussé vers l'austérité et la guerre est de renverser le gouvernement Macron au cours d'une lutte politique pour le pouvoir.

Macron a déclaré qu'il travaillait en étroite collaboration avec Donald Trump, qui menace de bombarder les forces syriennes et russes en Syrie, citant des allégations non étayées selon lesquelles le régime syrien a utilisé des armes chimiques contre les milices islamistes à Douma. « Maintenant, je l’ai rappelé à plusieurs reprises, » a-t-il dit avant d’ajouter: « Oui, tous les jours depuis le début de la semaine nous équipes travaillent étroitement ensembles. Nous aurons des décisions à prendre en temps voulu, quand nous le jugerons le plus utile et le plus efficace. »

Pour justifier ses menaces, Macron s’est fait l’écho de Trump: «les guerres qui sont en train de se jouer en Syrie, en particulier du régime syrien de Bachar al Assad contre ces rebelles, elles ne peuvent pas tout se permettre. Et il y a un cadre, c’est le droit international. Nous avons la preuve que la semaine dernière, des armes chimiques ont été utilisées, pour le moins du chlore. Elles ont été utilisées par le régime de Bachar al Assad. »

Le cynisme de l'invocation par Macron du droit international pour justifier des projets d'agression contre la Syrie est à couper le souffle. Washington et ses alliés n'ont fourni aucune preuve qu’Assad a utilisé des armes chimiques à Douma; ceci repose uniquement sur les dires de rebelles islamistes. Depuis 2011, au mépris du droit international, l'OTAN a armé ces réseaux islamistes dans une guerre par procuration en Syrie, alors que ces mêmes réseaux ont perpétré des attentats terroristes en Europe et particulièrement en France.

Pourtant, 15 ans après l'effondrement du prétexte de l'invasion américaine illégale en 2003, à savoir le mensonge que l'Irak avait des armes de destruction massive, Macron insista pour que les Français acceptent sur parole les islamistes et l'OTAN, et pour qu’ils acquiescent à ses projets de guerre.

Macron a effectivement avoué que son argument pour une guerre en Syrie visant la Russie ne repose sur aucune preuve. Il a promis d’ « enlever les moyens d’intervention chimique du régime» et «de préparer la Syrie de demain», en clair d’attaquer la Syrie, après avoir «vérifié toutes les informations.»

Une frappe agressive de l'OTAN en Syrie, où la Russie a des forces importantes, menace de provoquer une guerre à travers le Moyen-Orient et avec la Russie, qui est une puissance nucléaire. Macron a écarté ce danger avec arrogance, affirmant qu'il pourrait arrêter toute spirale d'escalade militaire grâce à ses relations avec le président russe, Vladimir Poutine.

Il a dit, « depuis que j’ai reçu le président Poutine, nous nous sommes vus à plusieurs reprises, nous nous parlons régulièrement. Le monde est chaotique, et il y a des situations inacceptables, et donc c’est pour cela que ce que nous faisons aujourd’hui et ce que nous serons conduits à faire en Syrie, c’est de rester sur nos priorités et assurer la stabilité au maximum de cette région. »

Les garanties de Macron que la France peut bombarder la Syrie sans provoquer de guerre majeure sont sans valeur aucune. Depuis la dissolution stalinienne de l'URSS en 1991, l'OTAN a dévasté le Moyen-Orient, de l'Irak jusqu'à l'Afghanistan, la Libye et à présent la Syrie. Sur fond d'un affrontement politique explosif entre Trump et ses opposants démocrates anti-russes, Washington menace non seulement la Syrie, mais aussi l'Iran et la Russie d’une guerre.

Ces commentaires visent à endormir les Français quant au danger que l'agression de l'OTAN au Moyen-Orient puisse dégénérer en guerre et en conflagration nucléaire entre les grandes puissances.

C'est un avertissement pour les travailleurs et les jeunes, en France et en Europe, qui entrent en lutte contre l'austérité et le militarisme de l'Union européenne (UE). Sur fond de grèves et de mobilisations d’étudiants contre Macron, on discute de plus en plus en France de la grève générale de mai-juin 1968 - lorsque le Parti communiste français stalinien (PCF) a bloqué la prise de pouvoir par les travailleurs, trahissant la grève en faveur de concessions salariales et de nouvelles élections. Mais il n'y aura pas de résolution « réformiste » de la lutte des classes aujourd'hui.

Après un quart de siècle de guerre et une décennie de crise économique, la bourgeoisie française veut restructurer radicalement les relations de classe afin de s’affirmer dans la poussée impérialiste mondiale vers la guerre. Paris a annoncé son intention de dépenser 300 milliards d'euros sur l'armée d'ici 2024. Macron veut obtenir l'argent pour cela et pour les cadeaux fiscaux de plusieurs milliards d'euros aux riches en pillant les travailleurs avec une austérité sociale profonde.

Macron a promis de ne faire aucune concession aux grèves des cheminots et d’Air France et aux manifestations des étudiants. Citant les règles de l'UE, il s’est engagé à poursuivre la casse du statut des cheminots et des fonctionnaires, ce qui lui permettrait de les remplacer par de nouvelles recrues dont les salaires et les avantages sociaux seraient réduits au niveau de ceux des intérimaires.

Quand Jean-Pierre Pernaut lui a demandé s’il irait jusqu’au about «au risque de perdre l’opinion », Macron a répondu: « Mais l'opinion, ce n'est pas un objectif en soi. Pardon d'être aussi direct, mais qu'est-ce que c'est l’opinion ? Ça veut dire que chaque jour il faut regarder les sondages sur telle ou telle chose, et dire on fait ceci ou cela ?»

C'est le langage de la dictature; Macron a proposé d’imposer ses politiques en faisant appel au nationalisme et à l'armée, y compris en rétablissant le service militaire universel: «il faut que notre pays reprenne conscience qu'il est une nation, c'est l'école, c'est le service national universel, la laïcité, une vraie politique de la Nation. » Alors qu’il fait la guerre depuis la Syrie jusqu’au Mali, et que toute la classe politique mène une campagne anti-musulmane sous couvert de laïcité, on peut deviner de quoi Macron parle.

Etablir un service militaire universel signifie inciter l'hystérie nationaliste et recruter des jeunes comme chair à canon pour les guerres impérialistes à l'étranger, et la répression en France même. Et ces projets jouissent du soutien de toute la classe politique, y compris la bureaucratie syndicale et les forces pseudo-gauchistes petites-bourgeoises, dont La France insoumises (LFI) de Jean Luc Mélenchon. Elles sont complices des plans de répression de Macron.

Quelques jours seulement après que des gendarmes et des blindés ont violemment attaqué des manifestants écologiques à Notre-Dame-des-Landes, et que la police a investi l'université de Nanterre, Macron a de nouveau menacé des étudiants. Il a prétendu que les manifestants dans les universités ne sont pas en fait des étudiants, mais des « professionnels du désordre ».

Ces remarques soulignent que les travailleurs et les étudiants ne peuvent pas lutter contre Macron à travers des manifestations symboliques à l’intérieur de la seule France, organisés par les syndicats et leurs alliés politiques, qui négocient en même temps les réformes avec Macron. La voie à suivre est la mobilisation de la classe ouvrière autour du monde, basée sur une perspective internationaliste et socialiste dans une lutte contre l'impérialisme et la guerre.