Les syndicats cherchent à prendre le contrôle et à stopper la grève des enseignants de l’Oklahoma alors que le soutien pour la lutte se développe

Par Parti de l’égalité socialiste (Etats-Unis)
10 avril 2018

Alors que la grève de dizaines de milliers d’enseignants et de personnel de soutien de l’Oklahoma entame sa deuxième semaine, les travailleurs font face à une dangereuse croisée des chemins. Alors que les enseignants sont déterminés à élargir la lutte pour la défense de l’éducation publique, les syndicats font tout ce qu’ils peuvent pour en prendre le contrôle et à le stopper en imposant une capitulation.

La position courageuse adoptée par les enseignants, à la suite de la grève de neuf jours en Virginie-Occidentale, a obtenu un large soutien dans la classe ouvrière à travers les États-Unis et à l’étranger. Cela intervient au milieu d’une résurgence de la lutte des classes à travers le monde.

La grève a été initiée et menée par des enseignants qui ont résisté aux efforts des syndicats – la Fédération américaine des enseignants (AFT) et l’Association nationale de l’éducation (NEA) – pour mettre fin à la grève sans répondre aux principales demandes des enseignants.

Maintenant, les syndicats espèrent arrêter la grève avec des ajouts mineurs à l’accord bipartisan pourri – initialement qualifié par les syndicats d’« historique » – que les enseignants ont déjà rejeté massivement le 29 mars tout en poussant à la grève. Ceux-ci fourniraient quelques dizaines de millions de dollars en financement scolaire, qui seront payés par des taxes régressives qui frapperont le plus durement la classe ouvrière, y compris la légalisation des jeux « de dés et de roulette » dans les casinos.

Les syndicats ont abandonné toute référence aux revendications des travailleurs pour une augmentation de salaire de 10 000 dollars par an pour les enseignants, de 5000 dollars par an pour le personnel scolaire et d’au moins 200 millions de dollars de financement supplémentaire. La présidente de l’Association d’Éducation d’Oklahoma (OEA), Alicia Priest, a indiqué vendredi que l’OEA avait fait marche arrière, même sur « l’accord minimum » qu’elle avait précédemment fixé pour mettre fin à la grève, notamment au sujet de l’abolition de l’impôt sur les plus-values.

Selon le Tulsa World, Priest « a refusé d’être plus précis au sujet de combien de revenus supplémentaires satisferait les enseignants. Priest dirait seulement qu’elle préconisait généralement les demandes des enseignants pour plus d’argent pour financer l’opération des écoles ». En d’autres termes, Priest conspire avec les élus de l’État pour parvenir à un accord pourri pour mettre fin à la lutte.

Aucune des mesures envisagées ne fera quoi que ce soit pour remédier à une décennie de compressions budgétaires des Démocrates et des Républicains, supervisée par les syndicats, qui ont vu les dépenses scolaires annuelles réelles de l’Oklahoma diminuer de 1 milliard de dollars, soit de plus de 1000 dollars par étudiant.

À l’échelon national, les syndicats d’enseignants sont déterminés à isoler les enseignants de l’Oklahoma et à empêcher l’extension de la grève à d’autres États – pour lesquels il existe un soutien énorme et croissant parmi les travailleurs.

L’Association d’Éducation du Kentucky (KEA) a publié une déclaration vendredi répétant le mensonge des médias et des politiciens que toute action par des enseignants nuira aux étudiants. « Nos étudiants ont besoin que nous nous manifestions dans les salles de classe et les écoles », a-t-il déclaré. « Nous exhortons les enseignants à travers notre État à ne pas laisser nos efforts réunis être compromis par des appels à l’action qui privent les élèves, les parents et les communautés des services éducatifs que nous fournissons ».

Tammy Wawro, présidente de l’Association d’Éducation de l’État d’Iowa (ISEA), a déclaré qu’il y aurait des sanctions « sévères » si les enseignants de l’Iowa devaient faire la grève. Une déclaration de l’Association d’Éducation de Floride a déclaré : « commencer un débrayage, et se présenter tard au travail ne sont pas des actions appropriées et cela a de conséquences lourdes. Il est important que tous les membres de la FEA respectent la loi ».

Si les enseignants n’enlèvent pas la grève des mains des syndicats, laquais des États et briseurs de grève, ils seront inévitablement trahis. Telle est la leçon de la grève courageuse de neuf jours en Virginie occidentale, où les enseignants ont d’abord défié la demande du syndicat de retourner au travail à mi-chemin de la grève, en communiquant entre eux par la voie des médias sociaux et en votant pour maintenir la grève en soutenant leurs revendications.

Mais parce que les employés du système scolaire n’avaient pas construit leur propre organisation, indépendante du syndicat, le syndicat a finalement réussi à reprendre le contrôle et à imposer un accord traître, qui a financé des hausses de salaires dérisoires par des coupes profondes dans les programmes sociaux, y compris Medicare, et n’a rien fait pour répondre aux préoccupations centrales des enseignants concernant l’augmentation vertigineuse des coûts des soins de santé.

Le Parti de l’égalité socialiste (SEP) appelle les enseignants et les autres personnels scolaires à former des comités de base, démocratiquement élus par les travailleurs dans chaque école et chaque commune, pour bloquer tous les efforts des syndicats pour prendre le contrôle de la grève. Ces comités devraient organiser une action conjointe avec les enseignants et les personnels techniques et administratifs d’autres États du pays et à l’étranger. Des préparatifs doivent être faits pour une grève générale illimitée à l’échelle nationale, mobilisant toute la classe ouvrière ainsi que les jeunes étudiants pour défendre le droit à l’éducation publique et tous les droits de la classe ouvrière.

Le développement des organisations indépendantes doit être lié à la construction d’un mouvement politique de la classe ouvrière, dirigé contre les politiciens des partis démocrate et républicain, et le système social et économique qu’ils soutiennent.

L’OEA a insisté sur le fait que l’éducation publique ne peut être défendue que si les travailleurs « se souviennent en novembre » et votent pour les démocrates lors des élections de mi-mandat de novembre 2018. Mais les Démocrates, sous la direction du prédécesseur du gouverneur Républicain Mary Fallin, Brad Henry, ont ouvert la voie en réduisant le taux d’imposition supérieur et l’impôt sur les gains en capital et en réduisant les dépenses sociales. Et c’est l’administration Obama qui a supervisé l’expansion des écoles privées sous contrat et la destruction de plus de 400 000 emplois d’enseignants à travers le pays, tout en envoyant des milliards de dollars vers les banques et les investisseurs à la suite du krach financier de 2008.

Les enseignants doivent rejeter la perspective préconisée par les pages Facebook telles que Oklahoma Teachers United (OTU), qui a interdit les articles du WSWS au motif que le combat des enseignants serait « apolitique ». Une longue expérience historique dans le mouvement ouvrier a montré que les organisations qui disent que « La politique doit être écartée » des grèves sont en fait celles qui sont déterminées à garder les enseignants liés au Parti démocrate et à la bureaucratie syndicale et à empêcher une discussion sur une vraie politique socialiste.

Les pages Facebook comme OTU ont été largement suivies par les enseignants qui ont utilisé les médias sociaux pour se libérer de l’emprise des syndicats. L’OTU, cependant, promeut maintenant l’illusion fatale que les syndicats et les démocrates de l’État peuvent être poussés à défendre les enseignants, et que la lutte pour l’éducation publique ne nécessite pas une mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière. Ce faisant, il mène les enseignants dans une impasse.

Les enseignants doivent partir non pas de ce que la classe dirigeante déclare pouvoir, ou ne pas pouvoir, « se permettre » mais plutôt de ce qu’il faut faire pour garantir les droits sociaux de la classe ouvrière, y compris une éducation publique de haute qualité, un système de santé, une retraite sûre, et des emplois décents pour tous. Les médias bourgeois et les deux partis hurlent tous qu’il n’y a pas d’argent. Mais ils ont trouvé des milliards de dollars pour renflouer les banques depuis 2008, ils ont fourni de nouvelles réductions d’impôts aux entreprises et ils ont alloué plus de 700 milliards de dollars chaque année au Pentagone, et ils ont ravagés des pays partout dans le monde.

La lutte pour les droits sociaux de la classe ouvrière pose inévitablement la question de savoir quelle classe sociale décide de comment la richesse de la société est allouée : la classe ouvrière, la grande masse de la population qui produit toute la richesse de la société ou l’élite patronale représentée par les démocrates aussi bien que par les républicains. La réorganisation de la société selon les besoins sociaux et une véritable égalité signifie la lutte pour le socialisme. C’est la perspective avancée par le SEP. Nous exhortons les enseignants et les autres travailleurs et les jeunes qui sont d’accord avec cette perspective à nous contacter aujourd’hui.

(Article paru d’abord en anglais le 9 avril 2018)