Au quatrième jour de la grève de l’Oklahoma, les étudiants soutiennent les enseignants

Par Jerry White
9 avril 2018

Des milliers d’enseignants de l’Oklahoma et de leurs partisans devraient emplir aujourd’hui le siège du gouvernement à Oklahoma City, alors que la grève de près de 40 000 enseignants dans cet État du sud-ouest des États-Unis atteint son cinquième jour.

Les enseignants exigent une augmentation de salaire de 10 000 dollars (8500 euros) par an et une forte augmentation du financement des écoles dans l’État. Sous les Démocrates comme sous les Républicains, l’Oklahoma a réduit de 28 pour cent son budget pour l’éducation au cours de la dernière décennie, et se classe près du bas nationalement dans les salaires des enseignants et les dépenses par élève.
Malgré les efforts déployés par l’Association d’Éducation de l’Oklahoma (OEA) et la Fédération américaine des enseignants – Oklahoma City (OKC-AFT) pour d’abord empêcher le débrayage et en suite les saboter en amplifiant les illusions placées dans les Démocrates de l’État, un responsable syndical a été obligé de dire que la grève continuerait la semaine suivante. Les enseignants de Tulsa se rendant au Capitole de l’État par une randonnée de 175 kilomètres sont en train de rassembler du soutien le long de la route.

Le débrayage, qui a été initié par des enseignants de la base au mépris des syndicats et des lois anti-grèves de l’État, fait partie d’un puissant mouvement des enseignants qui s’étend à travers les États-Unis et à l’étranger.

Lundi, les enseignants du Kentucky, dont beaucoup avaient posé des congés maladie en protestation, ont défilé sur la capitale de l’État, Frankfort, pour défendre leurs retraites, et les manifestations ont continué plus tard dans la semaine dans la ville de Pikeville.

Plus de 1000 enseignants et sympathisants ont convergé vers le Capitole de l’État de l’Arizona dans le centre-ville de Tucson mercredi après-midi, après une série de rassemblements devant les écoles des environs.

Des centaines d’étudiants et d’enseignants ont débrayés mercredi à l’Anacostia High School afin de protester à Washington, DC, contre les conditions sordides dans leur école, notamment l’absence d’eau courante, les toilettes détériorées et d’une cafétéria inondée. À un moment donné, selon le Washington Post, « les élèves et les enseignants se tenant par les bras devant l’école ont scandé « Anacostia compte », « Nos enfants comptent » et « Nos enseignants comptent" ». Les enseignants, a noté le Post : « travaillent volontiers de longues heures chaque jour pour aider leurs élèves » et font déjà face à un « système d’évaluation qui lie les salaires des enseignants à leur performance ». Découvrir au dernier moment qu’ils allaient devoir travailler dans un établissement aux canalisations qui fuient fut ressenti comme l’injustice de trop.

Le même jour, 350 enseignants-chercheurs et assistants recrutés parmi les étudiants de second et troisième cycle – dont la paye pour donner des cours n’a pas augmenté dans une décennie – ont organisé une grève d’une journée à l’Université Loyola de Chicago. Les Lecturers (assistants et maîtres de conférence) de l’Université du Michigan ont également voté cette semaine pour faire grève lundi. « Nous avons des maîtres de conférence avec des enfants placés à l’assistance publique, qui ont deux ou trois emplois, qui quittent l’université parce qu’ils ne peuvent pas vivre avec leurs salaires de misère », a déclaré un enseignant au Detroit News.

La rébellion a amené le New York Times à la caractériser, avec inquiétude, comme une « une traînée de poudre » de grèves de la part d’enseignants qui utilisent les médias sociaux pour « s’organiser et agir en dehors des paramètres habituels du syndicalisme traditionnel ».

Ce mouvement fait partie d’une résurgence de la lutte des classes à l’échelle internationale. Jeudi, des dizaines de milliers d’enseignants de Buenos Aires, Argentine, ont organisé une grève de 24 heures pour réclamer une augmentation de salaire de 24 pour cent dans le cadre de la grève générale prévue par le transit et d’autres employés publics pour s’opposer au programme d’austérité et de privatisation du président Mauricio Macri. C’est la dernière d’une vague de grèves et de protestations de la part des enseignants des écoles publiques et des travailleurs universitaires en Amérique latine, en Europe, en Afrique et en Asie.

Dans un état après l’autre, et un pays après l’autre, les enseignants luttent contre les résultats d’une décennie d’austérité surtout depuis le krach financier de 2008, qui a profondément érodé leurs salaires et leur niveau de vie et laissé leurs salles de classe surpeuplées et dépourvues des fournitures les plus élémentaires.

Pendant les huit années de l’administration Obama, la Fédération américaine des enseignants, l’Association nationale de l’éducation et d’autres syndicats des secteurs public et privé ont réduit le nombre de grèves majeures au plus bas niveau depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pendant ce temps, le président démocrate a supervisé l’élimination de 300 000 travailleurs dans l’éducation, encouragé les autorités scolaires à faire des enseignants les boucs émissaires de tous les problèmes dans l’enseignement causés par la réduction du budget et la pauvreté, et fortement augmenté le nombre d’écoles privées sous contrat, à but lucratif.

Aux échelons des États fédérés et municipal, les syndicats d’enseignants ont collaboré avec les démocrates qui ont imposé le programme de « réforme scolaire » d’Obama, bloquant les grèves ou les sabordant quand elles éclataient, comme à Chicago en 2012 et plus récemment à Jersey City, dans le New Jersey. Les syndicats ont soutenu les candidats démocrates en faveur de taxes dégressives sur la consommation et la propriété, qui frappent le plus durement les familles ouvrières, y compris avec des loteries qui ne sont rien d’autre qu’une autre taxe sur les pauvres.

Le président Trump et sa secrétaire à l’éducation, la milliardaire Betsy DeVos, accélèrent l’assaut sur l’éducation publique. La proposition de budget de l’Administration pour 2019 réduirait de 3,6 milliards de dollars le financement des écoles fédérales. Le budget augmenterait également le financement des bons d’école (qui aident des parents à envoyer leurs enfants dans les établissements privés) et des établissements privés sous contrat pour siphonner les ressources des écoles publiques déjà à court d’argent.

Il y a un sentiment énorme et croissant parmi les enseignants en faveur d’une lutte unifiée. Un professeur de sciences de longue date de l’Oklahoma qui manifestait au capitole a déclaré au World Socialist Web Site : « Nous avons besoin d’une grève nationale des enseignants. J’ai dit aux gens qu’il y avait une campagne nationale pour privatiser et détruire l’éducation publique. »

Un enseignant expérimenté à Phoenix, en Arizona, a ajouté : « Les enseignants de l’Oklahoma ont pris une position incroyablement courageuse à laquelle nous devrions tous aspirer. C’est une lutte de classe. Les politiciens qui poussent vers les écoles privées sous contrat et à la privatisation veulent en faire profiter leurs propres investissements et tuer l’éducation publique. »

Le rôle principal des syndicats est d’empêcher une lutte unifiée contre l’assaut bipartite sur l’éducation publique. En Floride, dans l’Iowa et d’autres États, des enseignants, dégoûtés par des années de collusion syndicale avec les autorités, créent des pages Facebook pour appeler à une action collective avec des enseignants de l’Oklahoma, du Kentucky, de l’Arizona et d’autres États. Cela a incité les responsables syndicaux à avertir les enseignants que les grèves sont illégales et entraîneront d’importantes amendes et même des peines d’emprisonnement.

L’Association d’Éducation de Floride (FEA) a averti : « commencer un débrayage, et se présenter tard au travail ne sont pas des actions appropriées et cela a de conséquences lourdes. Il est important que tous les membres de la FEA respectent la loi. »

Une grève n’est « pas une option pour le moment », a déclaré Tammy Wawro, présidente de l’Association d’Éducation de l’État d’Iowa (ISEA). « Nous sommes liés par la loi de l’Iowa, qui interdit aux employés du secteur public de faire grève. »

Un enseignant chevronné à Phoenix en Arizona a déclaré au WSWS que les responsables syndicaux ont déclaré qu’il était « trop tôt » pour discuter d’une date pour une grève dans l’État exigée par les enseignants parce que la législature n’avait pas eu le temps d’envisager une augmentation de 20 pour cent. En fait, le gouverneur Doug Ducey l’a déjà rejetée d’emblée, disant que les enseignants ne recevraient que un pour cent.

Alors que la grève de l’Oklahoma a été initiée par des enseignants sur Facebook qui créaient des pages aux titres comme « Les enseignants d’Oklahoma réunis » et « La grève des enseignants d’Oklahoma – l’heure est maintenant venue ! », l’OEA et l’OKC-AFT ont cherché à détourner, et à étouffer la lutte en limitant les enseignants à des appels infructueux aux législateurs des États contrôlés par la puissante industrie pétrolière et gazière locale.

Dans le même temps, les responsables syndicaux disent aux enseignants que la seule façon de gagner un financement réellement suffisant pour l’éducation est d’élire des Démocrates ou même de se présenter comme candidat des Démocrates en novembre.

Pour que la lutte de l’Oklahoma l’emporte, la base des enseignants doit rompre complètement avec les syndicats et prendre consciemment la direction de la lutte entre ses mains. Toute illusion que ces organisations anti-ouvrières qui se disent être des « syndicats » peuvent être poussées à se battre serait une erreur fatale.

Au lieu de cela, les enseignants devraient élire des comités de base pour élargir la grève en appelant les enseignants et les travailleurs à travers l’état et à travers les États-Unis pour une action commune, y compris la préparation d’une grève générale.

Dans le même temps, les enseignants doivent rejeter l’ensemble du cadre politique que les syndicats défendent, fondé sur la domination politique de deux grands partis bourgeois, qui défendent la richesse et le pouvoir de l’élite financière et des entreprises. Les deux partis prétendent qu’il n’y a pas d’argent pour restaurer plus d’une décennie de coupes budgétaires, et encore moins pour financer une grande amélioration de l’éducation publique, même s’ils gaspillent des milliards en réductions d’impôts, en renflouements des banques et en guerres interminables, les grandes entreprises refusent de payer un sou pour l’éducation publique.

Le droit social à une éducation publique de haute qualité, à des salaires décents et à des prestations de santé et de retraite ne pourra être obtenu que par la mobilisation politique de la classe ouvrière, en opposition aux partis contrôlés par les entreprises et le système capitaliste qu’ils défendent.

(Article paru d’abord en anglais le 6 avril 2018)