Le gouvernement libéral canadien, soutenu par les syndicats, sévit contre les importations d'acier et d'aluminium

Par Roger Jordan
9 avril 2018

Alors que la guerre commerciale prend de l'ampleur entre les États-Unis et la Chine, le gouvernement libéral de Justin Trudeau prend des mesures pour se solidariser avec l'administration Trump et aligner le Canada derrière elle.À la fin du mois dernier, à la suite d'un appel téléphonique avec Trump dans lequel Trudeau s'est engagé à en faire plus pour contrer le «dumping» de l'acier, le premier ministre du Canada a dévoilé des mesures protectionnistes pour empêcher les importations d'acier et d'aluminium bon marché d'entrer au Canada.

Les mesures comprennent des pouvoirs supplémentaires pour les autorités douanières et frontalières afin d'identifier les importations suspectes. Elles ont été mises en œuvre en réponse aux pressions de Washington et à une campagne de lobbying agressive menée par la bureaucratie syndicale dirigée par le Syndicat des Métallos (United Steelworkers, USW).

Lorsque Trump a imposé des droits de douane de 10 et 25 % respectivement sur les importations d'aluminium et d'acier, l'USW a salué cette décision, demandant seulement que le Canada en soit exempté.

Après avoir daigné accorder une exemption temporaire au Canada, le Syndicat des Métallos a jeté son regard sur le gouvernement Trudeau, exigeant qu'il suive l'exemple de Trump pour réprimer le «commerce inéquitable». Il a notamment demandé que l'USW joue un rôle dans le renforcement de politiques économiques nationalistes visant à stimuler les entreprises basées au Canada et à faire porter le fardeau des pertes d'emplois aux travailleurs d'autres pays.

En faisant pression pour que le Canada aide à faire appliquer les tarifs de l'acier et de l'aluminium de Trump, les bureaucrates du Syndicat des Métallos enfonçaient une porte déjà ouverte. Depuis l'élection de Trump, le gouvernement Trudeau, avec le soutien presque unanime de la classe dirigeante, a cherché à renforcer le partenariat stratégique et militaire d'Ottawa avec l'impérialisme américain. Cela comprend une plus grande participation du Canada aux guerres menées par les États-Unis et aux opérations militaires partout dans le monde, la collaboration avec les autorités américaines dans la persécution des réfugiés et l'acceptation de politiques économiques protectionnistes. Les libéraux ont également offert de renforcer la coopération militaire avec Washington en «modernisant» le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) qui lie le Canada et les États-Unis.

Le gouvernement libéral donne à l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) des pouvoirs supplémentaires pour identifier les entreprises qui tenteraient d'éviter les tarifs d'importation et pour déterminer si les prix dans le pays d'origine sont trop bas. Démontrant le caractère agressif de la campagne, qui est complémentaire à la volonté de l'administration Trump d'isoler la Chine économiquement et militairement en vue d'un conflit armé direct, les mesures ont été dévoilées par le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, dont le ministère supervise également le travail de l'ASFC ainsi que la principale agence d'espionnage du Canada, le SCRS.

Trudeau, qui s'était déjà vanté de la contribution de l'acier et de l'aluminium fabriqués par le Canada aux avions de combat et aux chars américains, a déclaré que les mesures visaient à défendre non seulement les industries canadiennes, mais «nord-américaines».

Le gouvernement Trudeau est impatient de s'aligner sur les États-Unis, le destinataire des trois quarts des exportations canadiennes, dans un bloc commercial nord-américain plus fort et ouvertement protectionniste qui peut servir de bélier pour faire avancer les intérêts impérialistes américains et canadiens dans le monde. Les négociations en cours sur la «mise à jour» de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) en sont un élément clé. Ottawa a signalé à maintes reprises qu'elle était disposée à appuyer les appels des États-Unis à introduire des changements à l'ALÉNA, comme des restrictions sur les activités des entreprises d'État et des soi-disant manipulateurs de monnaies, appels qui visent particulièrement la Chine.

Les travailleurs canadiens devraient rejeter les affirmations de Trudeau, répétées et amplifiées par le Syndicat des Métallos et d'autres syndicats, selon lesquelles leurs intérêts peuvent être défendus en s'alignant sur le gouvernement et les grandes entreprises à l'appui de mesures nationalistes économiques réactionnaires.

Le tournant vers le protectionnisme est lié à l'approfondissement de la crise capitaliste mondiale, qui provoque une reprise des rivalités interimpérialistes et des conflits commerciaux qui ont marqué les années 1930 et ouvert la voie à la Seconde Guerre mondiale. L'ordre économique de l'après-Deuxième Guerre mondiale fondé sur la domination impérialiste américaine, sur lequel le Canada s'est appuyé pour faire progresser ses ambitions prédatrices à travers le monde, est en train de s’effondrer, Washington étant le fer de lance de cette démolition.

Depuis que Trump a annoncé ses tarifs de l'acier et de l'aluminium il y a un peu plus de quatre semaines, le conflit avec Pékin a dégénéré en une guerre commerciale à grande échelle, dans lequel Washington menace d'imposer des droits sur 100 milliards de dollars de marchandises chinoises. Les experts économiques et commerciaux américains admettent que le véritable objectif de cette offensive économique est d'empêcher Pékin de réaliser son objectif de devenir un chef de file dans la production de biens de haute technologie.

Les tarifs de Trump ne mettent pas seulement Washington en conflit avec la Chine, mais aussi avec ses anciens alliés européens, qui ne veulent plus subordonner leurs propres intérêts impérialistes à ceux de Washington. Menée par l'Allemagne, l'Union européenne a annoncé qu'elle riposterait avec ses propres politiques protectionnistes si les entreprises européennes étaient touchées par les tarifs de l'aluminium et de l'acier ou d'autres politiques protectionnistes américaines.

Les syndicats jouent un rôle central dans la description de ces développements dangereux comme étant positifs pour les travailleurs. L'annonce de la création de comités de surveillance du commerce de l'acier et de l'aluminium composés de représentants du gouvernement, de l'industrie et des syndicats a été un élément central de la nouvelle offensive du gouvernement Trudeau sur les importations d'acier et d'aluminium.

Si le caractère favorable aux grandes entreprises de ces nouveaux comités et leur rôle pour aider à faire respecter les tarifs de Trump et à maintenir l'alliance entre l'impérialisme canadien et américain n'était pas encore suffisamment clair, Trudeau l'explique dans un communiqué: «Nos entreprises et nos travailleurs comptent sur nos industries intégrées», a-t-il déclaré, «et nous prendrons des mesures énergiques pour défendre et protéger nos relations commerciales les plus importantes. Le Canada ne sera pas utilisé comme porte dérobée pour accéder à d'autres marchés nord-américains».

Conformément à la demande des Métallos, le gouvernement libéral accorde également au Syndicat des Métallos et à d'autres syndicats la possibilité de participer et de déclencher des «recours commerciaux» devant le Tribunal canadien du commerce extérieur.

Le fait que Trudeau et les dirigeants de l'acier et de l'aluminium autorisent les bureaucrates du Syndicat des Métallos et d'autres syndicats à siéger aux nouveaux comités de surveillance du commerce et à lancer des actions commerciales souligne qu'ils considèrent les syndicats, et à juste titre, comme des «parties prenantes» précieuses pour faire respecter les intérêts des entreprises au détriment de la classe ouvrière.

Pendant des décennies, les syndicats ont réprimé la lutte des classes et défendu le nationalisme économique réactionnaire, qui sert à détourner les travailleurs de la lutte contre leurs patrons et le capitalisme dans son ensemble et à les opposer dans une course vers le bas.

Le Syndicat des Métallos, comme tous les syndicats procapitalistes, s'est radicalement déplacé vers la droite au cours des trois dernières décennies, notamment en développant une étroite relation de travail avec les libéraux de la grande entreprise.

Il a supervisé la décimation des emplois, la réduction des salaires et des pensions, et la fermeture des usines à travers les États-Unis et le Canada. Depuis le krach économique de 2008, le Syndicat des Métallos a aidé à éliminer plus de 2000 emplois dans les anciennes installations de la US Steel, maintenant détenues par Bedrock Industries, à Hamilton, en Ontario. Un lock-out d'une durée d'un an à Hilton Works, à Hamilton, a pris fin en 2011, lorsque l'USW a imposé un contrat de concession qui imposait des gels salariaux, des pensions à deux niveaux et l’élimination de centaines d'emplois.

Au Québec, le Syndicat des Métallos met tout en œuvre pour isoler la lutte anti-concession de 1030 travailleurs de l'Aluminerie de Bécancour inc. (ABI), une coentreprise des géants de l'aluminium, Alcoa et Rio Tinto-Alcan. Membres de la section locale 9700 des Métallos, les travailleurs d'ABI ont été mis en lock-out depuis début janvier.

Dans un acte de sabotage flagrant, le Syndicat des Métallos a accepté la demande de Rio Tinto de rouvrir la convention collective à une autre de ses fonderies à Alma, au Québec, alors même qu'ABI proclame avec arrogance qu'elle exige maintenant des réductions de pension et d'autres avantages allant beaucoup plus loin que celles demandées lors de son «offre finale» de la fin de l'année dernière.

Ceci est conforme à la ligne proentreprise que l'USW a adoptée suite aux tarifs de Trump. Marty Warren, directeur du Syndicat des Métallos pour l'Ontario et le Canada atlantique, a salué l'utilisation par l'administration Trump de prétextes réactionnaires de «sécurité nationale» pour justifier ses mesures contre les importations. «La preuve confirme qu'il existe de nombreux pays qui pratiquent des méthodes commerciales déloyales, illégales et abusives qui ont créé une surabondance mondiale de l'acier et déprimé les prix, affectant tous les marchés de l'acier et de l'aluminium», a déclaré Warren.

L'émergence des syndicats comme porte-étendards des mesures de guerre commerciale confirme pleinement l'analyse avancée par le Parti de l'égalité socialiste dans sa déclaration «Il faut s'opposer à Trudeau et Trump, à l'alliance Canada-États-Unis et à la guerre impérialiste!» Nous y avions écrit: «Les syndicats ont repoussé toutes les traditions de lutte ouvrière indépendante, se sont intégrés au patronat et à des structures tripartites syndicales-gouvernementales-patronales, et ont développé des sources de revenus qui leur donnent un intérêt direct dans l’exploitation de la classe ouvrière.»

Nous avions averti: «Les travailleurs doivent prendre garde: ceux aujourd’hui qui brandissent les drapeaux canadien et québécois, incitant les travailleurs à se joindre à leurs patrons contre les travailleurs mexicains et chinois, seront demain les sergents-recruteurs pour la guerre».

Les travailleurs doivent rejeter les tentatives désespérées de bureaucrates bien payés pour les convaincre de se tenir côte à côte avec leurs patrons dans une guerre commerciale contre leurs confrères et consœurs d'autres pays. Au lieu de cela, les travailleurs doivent avancer leur propre solution indépendante face à la crise capitaliste, basée sur l'unité internationale de la classe ouvrière – canadienne et américaine, mexicaine, chinoise et européenne – et la lutte pour réorganiser la société selon des principes socialistes afin de mettre fin à l'exploitation et à la guerre capitaliste.

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