L’ex-leader étudiant Nadeau-Dubois adhère en grande pompe à Québec solidaire

Par Louis Girard
24 mars 2017

Gabriel Nadeau-Dubois, un ancien leader de la grève étudiante ayant secoué le Québec en 2012, a annoncé qu’il sera candidat de Québec solidaire (QS) lors des prochaines élections partielles et qu’il briguera le poste de co-porte-parole du parti. Suite au départ en janvier dernier de Françoise David, ex-députée et membre fondatrice de QS, le siège de la circonscription montréalaise de Gouin est vacant.

Nadeau-Dubois a été accueilli avec enthousiasme par Québec Solidaire, qui a publié sur son site web une photo de lui en gros plan avec les deux députés de QS, Amir Khadir et Manon Massé, ainsi que l’actuel co-porte-parole, Andres Fontecilla. Ce dernier a d’ailleurs annoncé qu’il quittera son rôle de co-porte-parole masculin de QS au prochain congrès de QS en mai prochain, frayant ainsi la voie à Nadeau-Dubois à la tête du parti.

L'empressement à incorporer Nadeau-Dubois à son équipe dirigeante arrive au moment même où QS prépare une alliance électorale (sous une forme qui reste à définir) avec le parti de la grande entreprise qu’est le Parti québécois, afin de mieux étouffer la vive opposition des travailleurs aux attaques contre leurs conditions de vie.

L’arrivée de Nadeau-Dubois au sein de QS servira de couverture de «gauche» aux manœuvres droitières et anti-ouvrières de QS et de tout le marais nationaliste auquel il appartient.

L'image de Nadeau-Dubois comme un «progressiste», voire un «radical», est cultivée par les grands médias et les groupes de la pseudo-gauche depuis la grève étudiante de 2012 qui fut menée en grande mesure par l’organisation CLASSE dont il était alors le porte-parole.

Provoquée par une hausse drastique des frais de scolarité, cette grève avait objectivement soulevé la nécessité d’une lutte unifiée des jeunes et des travailleurs du Québec et de tout le Canada contre l’assaut patronal sur l’éducation, la santé et les services publics.

La bureaucratie syndicale pro-capitaliste, effrayée par le potentiel qu’avait ce mouvement de déclencher une contre-offensive ouvrière contre l’austérité, avait alors tout fait pour isoler les étudiants et canaliser leur lutte derrière la campagne électorale du Parti québécois, favorisant ainsi l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement péquiste de droite sous la direction de Pauline Marois.

Alors que cette campagne syndicale battait son plein, sous le mot d’ordre «après la rue, les urnes» lancé par la FTQ (Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec), Québec solidaire y apportait son soutien politique en proposant en juin 2012 une alliance électorale avec le PQ. Quant à Nadeau-Dubois, il refusa d’émettre la moindre critique des syndicats. Après la défaite de la grève étudiante, il allait obtenir un poste à la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

En annonçant son adhésion à Québec solidaire, Nadeau-Dubois a fait savoir qu’il voulait tourner encore plus QS vers le protectionnisme économique et le rendre plus présentable aux yeux de l’élite dirigeante en recrutant des «candidatures d'importance», c'est-à-dire d'ex-membres du Parti québécois, des bureaucrates syndicaux et des personnalités médiatiques.

Il veut également accélérer le rapprochement de QS avec le milieu souverainiste dominé par le Parti québécois, en préparant une fusion avec Option nationale (ON) – un parti nationaliste de droite issu du PQ et qui l’accuse maintenant d’être trop «mou» dans sa promotion de la souveraineté du Québec.

ON a été fondée en 2011 par Jean-Martin Aussant, ancien député péquiste et banquier d’affaires, dans un contexte de crise aigüe du Parti québécois: son parti frère au niveau fédéral, le Bloc québécois, avait été quasiment rayé de la carte électorale après les élections fédérales de 2011; le PQ traînait dans les sondages malgré les années d'austérité du Parti libéral; et plusieurs de ses députés importants venaient de claquer la porte.

Le PQ a historiquement joué un rôle clé pour détourner la rébellion des travailleurs québécois des années 1960 et 1970 (qui faisait partie d’une vague de soulèvements ouvriers à travers le monde) derrière les efforts d’une faction de la bourgeoisie francophone du Québec pour accroître les pouvoirs de l’État québécois, en le séparant de l’État fédéral canadien, afin d’en faire un outil plus efficace pour son expansion économique, son positionnement géostratégique et sa domination politique de la classe ouvrière.

Le rôle des syndicats, et d’innombrables groupes de la pseudo-gauche, a été de faire passer ce projet nationaliste réactionnaire d’une section de la grande bourgeoisie québécoise pour une œuvre de libération nationale qui aurait un caractère démocratique, voire «de gauche».

Mais après avoir imposé des reculs sociaux importants durant ses années au pouvoir, puis embrassé une politique identitaire fortement teintée d’islamophobie qui justifie les guerres impérialistes menées à travers le monde par Washington avec la participation d’Ottawa, le PQ a aujourd’hui perdu sa crédibilité parmi les travailleurs et les jeunes.

C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre la formation de Québec Solidaire en 2006, d'Option nationale en 2011 et l'entrée de personnalités politiques comme Nadeau-Dubois dans ces formations. Même si ces éléments ont des divergences tactiques, notamment sur comment accéder à la souveraineté du Québec, ils sont tous unis avec le Parti québécois contre la classe ouvrière.

D’ailleurs, la proposition de fusion entre ON et QS ne met nullement de côté le PQ. Au contraire, cette fusion, si elle prend place, servira de pont pour rapprocher encore davantage Québec solidaire du PQ. Nadeau-Dubois a d’ailleurs déclaré qu'il souhaitait des ententes «ponctuelles» avec ce dernier.

Nadeau-Dubois a pris soin d'enrober son programme droitier de quelques pointes à l'endroit de la «classe politique», qui aurait «trahi le Québec» dans les trente dernières années. La nature frauduleuse de ces «critiques» est mise en lumière par ses références au «succès» de Bernie Sanders, le candidat qui a recueilli 13 millions de votes lors des primaires démocrates en se présentant comme un «démocrate socialiste» et l’artisan d’une «révolution politique» contre la «classe des milliardaires».

Après sa défaite, Sanders, de manière entièrement prévisible, a donné son appui à Hillary Clinton, le serviteur loyal de Wall Street et du complexe militaro-industriel. Cette manœuvre a ouvert la voie au quasi-fasciste Trump, qui a pu se présenter faussement comme le représentant des «gens ordinaires». Sanders s’affiche maintenant en fervent défenseur des politiques économiques protectionnistes de Trump, qui blâme les travailleurs étrangers pour la misère sociale croissante aux États-Unis.

Si Nadeau-Dubois y voit un «succès», c’est qu’il veut encourager QS à utiliser un discours nationaliste à la Sanders pour diviser les travailleurs québécois de leurs frères et sœurs de classe en Amérique du Nord et pour les garder dans la camisole de force du Parti québécois. À l’instar de Sanders et de Jean-François Lisée, le chef du Parti québécois, Nadeau-Dubois a dénoncé les politiques de libre-échange – non pas sur la base d’une opposition au système de profit, mais du point de vue des sections plus faibles du capital qui perdent du terrain face à leurs rivales dans la lutte pour les marchés et les investissements.

Le premier ministre libéral Philippe Couillard et l'ex-premier ministre péquiste Bernard Landry ont dénoncé les propos démagogiques de Nadeau-Dubois contre la «classe politique». Celui-ci a reculé en déclarant: «Je ne nie pas que depuis 30-40 ans, il y a eu plein de décisions politiques au Québec qui ont été des bonnes décisions». Il a présenté le tournant à droite du Parti libéral et du Parti québécois dans les dernières décennies comme étant le résultat de mauvais choix idéologiques qui n'auraient aucune base objective dans la crise du système capitaliste.

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