Messages du nouvel an des syndicats québécois:

Le sabotage de la résistance ouvrière aux libéraux va se poursuivre

Par Louis Girard
14 janvier 2017

Devant les mesures anti-ouvrières du gouvernement libéral québécois de Philippe Couillard, qui ont un impact dévastateur sur le niveau de vie de millions de travailleurs et de jeunes, les centrales syndicales du Québec ont signalé dans leur bilan de l’année 2016 et leurs perspectives pour l’année 2017 qu’elles continueront à étouffer la vaste opposition populaire à ce programme de droite.

S’opposant à une mobilisation des travailleurs du Québec et du Canada sur la base de leurs intérêts communs de classe, la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) a plutôt invité ce gouvernement de la grande entreprise et de l’élite financière à «mettre en place un dialogue social constructif». La Confédération des syndicats nationaux (CSN), deuxième syndicat en importance au Québec après la FTQ, a appelé le gouvernement à «réinvestir massivement dans les services publics et les programmes sociaux».

Ce n’est pas un programme pour mener une lutte contre l’austérité, mais pour désarmer politiquement les travailleurs face aux véritables défis auxquels ils font face: un programme de guerre de classe où l’élite dirigeante cherche à faire payer les travailleurs pour la crise du système capitaliste mondial.

Si le gouvernement a pu aller de l’avant dans la dernière année avec son programme de droite, malgré une large opposition populaire, c’est parce qu’il a pu compter sur l’aide implacable des syndicats.

Une réelle possibilité existait jusqu’au début de 2016 pour combiner le ras-le-bol généralisé contre les coupes budgétaires de Couillard à la lutte menée par plus d’un demi-million de travailleurs du secteur public québécois pour s’opposer aux demandes de concessions du gouvernement. Mais les syndicats pro-capitalistes ont complètement séparé ces deux questions, limitant leurs membres à de simples gestes de protestation et à quelques grèves tournantes d’une journée, et refusant de les préparer politiquement à défier les lois anti-grève mises en place par des gouvernements libéraux et péquistes successifs pour museler les travailleurs.

L’année 2016 a commencé avec les efforts des chefs syndicaux pour faire entériner une entente de trahison conclue avec le gouvernement Couillard dans le secteur public où les conventions collectives étaient échues. Malgré l'appui de masse dans la population pour les travailleurs du secteur public, la bureaucratie syndicale est parvenue, avec le soutien du parti de la pseudo-gauche Québec solidaire, à contenir et étouffer une lutte militante qui avait le potentiel de déclencher une vaste contre-offensive de toute la classe ouvrière à travers le Canada contre l'assaut sur ses conditions de vie.

Le résultat immédiat de cette défaite a été un nouveau recul des salaires, pensions et conditions de travail de plus d'un demi-million de travailleurs et l’accélération des coupes budgétaires qui ont décimé les réseaux de la santé, de l’éducation et des services sociaux. Cette défaite a aussi ouvert la voie à un assaut renouvelé contre les conditions de vie de larges couches de la population: les travailleurs, les jeunes, les retraités et les membres les plus vulnérables de la société.

Parmi les mesures les plus féroces adoptées en 2016 par le gouvernement Couillard, on compte la loi 70 qui va couper de plus du tiers le versement mensuel d'aide sociale, qui s'élève à un dérisoire 623$, soit près de la moitié du seuil de pauvreté fixé en 2011 à 1498$. Visant particulièrement les «nouveaux demandeurs», c’est-à-dire les jeunes, le chèque pourra être coupé si la personne refuse un plan de recherche d'emploi ou si elle ne se présente pas à son rendez-vous destiné à l’organiser.

Du côté des garderies, le gouvernement a imposé des coupes de 120 millions de dollars et des frais additionnels pouvant atteindre des centaines de dollars par année par famille.

En santé, des compressions budgétaires de 250 millions de dollars sont en cours pour 2016-2017, qui se rajoutent à des coupes de plus de 700 millions depuis le printemps 2014 lorsque les libéraux ont repris le pouvoir. Selon un rapport cinglant de la Protectrice du Citoyen, Raymonde St-Germain, «la situation a atteint un point critique, dans le sens où de plus en plus de citoyens sont en liste d’attente pour recevoir des soins de santé».

Les libéraux sont aussi intervenus pour réécrire les lois du travail dans le monde municipal. Avec le plein appui de Denis Coderre et de Régis Labeaume, les maires des deux principales villes de la province (Montréal et Québec), le gouvernement Couillard a fait adopter la loi 110 qui réduit le processus de négociation et donne quasiment les pleins pouvoirs aux villes et au gouvernement pour imposer les conditions de travail. L’année 2017 a débuté avec la fin de l’indexation des pensions pour une majorité de travailleurs municipaux, sur la base de la loi 3 imposée par le gouvernement Couillard en décembre 2014 dans une attaque frontale sur les plans de pensions.

Réagissant à la loi 110, les syndicats ont déploré qu’elle pourrait provoquer plus de grèves, ce qu’ils veulent éviter à tout prix. Sur son site web, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) a déclaré que «cette loi ne menace rien de moins que la paix industrielle… qui règne dans ces secteurs depuis des décennies».

Cette déclaration n’est pas surprenante. Les syndicats agissent depuis des décennies comme une police industrielle grassement rémunérée pour imposer de vastes concessions et reculs aux travailleurs.

Une autre composante de l’assaut tous azimuts sur la classe ouvrière est le tournant identitaire de l’élite dirigeante québécoise. Le Parti libéral y participe pleinement avec son projet de loi 62 sur la «neutralité religieuse», qui vise notamment à priver les femmes musulmanes portant le voile intégral des services publics essentiels tels que les soins de santé. Même s’il est critiqué par les autres partis pour ne pas aller assez loin, ce projet de loi empreint de chauvinisme vise à détourner les travailleurs des véritables enjeux de classe auxquels ils font face en encourageant les préjugés antimusulmans.

L’assaut contre les travailleurs va maintenant s’intensifier. Le gouvernement a récemment mis sur pied un «comité consultatif sur l’économie et l’innovation», essentiellement composé de l’élite financière et entrepreneuriale, dont le but est d’améliorer la «compétitivité des entreprises», c’est-à-dire abaisser les salaires, précariser la main d’œuvre, augmenter le rythme de travail et réduire encore davantage les avantages sociaux et les retraites.

Suite aux attaques massives contre la classe ouvrière et les sections les plus vulnérables de la population, le gouvernement compte maintenant utiliser les surplus budgétaires importants pour réduire drastiquement les impôts des entreprises et des plus riches. Selon le ministre des Finances, Carlos Leitão, les entreprises bénéficieront en 2017-2018 d’une réduction de leur taux d’imposition de 11,9 à 11,5%, un allégement fiscal représentant des dizaines de millions de dollars. Dans les années 1990, le gouvernement provincial de Lucien Bouchard et le gouvernement fédéral de Jean Chrétien et Paul Martin avaient baissé massivement les impôts pour les entreprises et les plus riches après avoir fait des coupes budgétaires sans précédent.

Pendant que les travailleurs encaissent tout le poids des nouvelles mesures d’austérité du gouvernement, les syndicats préparent de nouvelles trahisons. Parlant des élections provinciales québécoises de 2018, Daniel Boyer, le président de la FTQ, a dit que «si les élections avaient lieu demain matin, on reprendrait exactement la même stratégie qu’on a prise pour débarquer (Stephen) Harper: n’importe qui sauf les libéraux».

Ceci est un piège pour les travailleurs, qui vise à les garder attachés au Parti québécois (PQ) – le parti de la grande entreprise auquel les syndicats subordonnent politiquement la classe ouvrière depuis des décennies et qui a mené les plus grandes attaques sur les programmes sociaux et les droits ouvriers chaque fois qu’il a été porté au pouvoir. Étant donné les propos de Boyer et le tournant à droite des syndicats, il n’est pas non plus exclu que le bloc «anti-Couillard» des syndicats s’étende jusqu’à la Coalition Avenir Québec (CAQ), un parti populiste de droite.

Au niveau fédéral, cette «stratégie» a favorisé l’élection des Libéraux de Trudeau qui, malgré certaines différences tactiques avec les Conservateurs, appliquent le même programme anti-ouvrier, militariste et anti-démocratique.

Quant à Québec solidaire, le parti des classes moyennes aisées qui se présente comme une alternative de «gauche» à l’establishment, il se rapproche toujours plus du PQ. Lors de son dernier Conseil national, il a ouvertement admis qu’il est prêt, au nom de la «lutte contre les Libéraux» à discuter d’une alliance électorale avec le Parti québécois.

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