Mossoul, l'Irak, et l’héritage de guerre d’Obama

Par James Cogan
23 décembre 2016

Barack Obama est le premier président américain à avoir mené des guerres pendant chaque jour de ses deux mandats. Il lègue à Trump des combats en cours en Afghanistan, les frappes de drones dans le nord-ouest du Pakistan, la destruction de la Libye suite à la guerre de 2011, une guerre civile en Syrie, le parrainage par Washington de l'intervention brutale de l’Arabie Saoudite au Yémen, et des conflits en Ukraine, dans le Caucase et à travers l'Afrique.

Cet héritage sanglant est le plus visible en Irak. Il y a une ironie amère en cela : Obama doit sa victoire en 2008 en grande partie à ses critiques contre l'invasion et l'occupation de l'Irak par le gouvernement Bush. Ensuite, après avoir continué la guerre pendant presque trois ans, il s'est targué d'avoir finalement mis fin à la guerre, par le retrait officiel des forces américaines en décembre 2011.

Obama a lancé de nouvelles attaques en Irak après la prise de Mossoul par l’Etat islamique en juin 2014, où se déroule actuellement l'un des actes les plus criminels de plus de 25 ans de violences américaines en Irak.

L'armée irakienne soutenue par Washington, les troupes du Gouvernement régional kurde (KRG) et des milices chiites sectaires assiègent cette ville du nord de l'Irak. Leur objectif est de reprendre la ville à l’Etat islamique (EI) sunnite, qui a pu éjecter le régime chiite irakien de Mossoul et d'autres villes grâce aux armes et aux recrues obtenues en Syrie – où l'EI servait de mandataire aux États-Unis et à ses alliés dans la guerre pour renverser Bachar al-Assad.

Obama a exploité ce retour de manivelle provoqué par sa propre politique pour relancer les combats à grande échelle en Irak et intervenir directement en Syrie. Beaucoup d'Irakiens et de Syriens l'ont payé de leurs vies. La villes majoritairement sunnites de Falloujah et de Ramadi dans l'ouest de l'Irak sont déjà effectivement détruites et dépeuplées, suite à la campagne contre l’EI. A présent, on inflige la même destruction à Mosul, la deuxième ville du pays avec environ 1,5 million d'habitants, afin de la « libérer ».

Après deux mois de combats, les reportages de Mossoul font état de pertes civiles très importantes, de grands mouvements de réfugiés, de destructions massives d'infrastructures et de logements, et de souffrances humaines horribles.

Le gouvernement à Bagdad a ordonné aux habitants de Mossoul de rester chez eux et de ne pas fuir la ville. Dans les semaines depuis, les avions américains et britanniques, français, australiens, canadiens, jordaniens et irakiens ont détruit des ponts sur le Tigre et les conduites d'eau potable. L'électricité est coupée dans la plupart des quartiers. L'université et d'autres bâtiments publics sont en ruines, et l'aviation bombarde les routes afin d'empêcher la circulation de véhicules.

Des centaines de milliers de personnes, dont de nombreux enfants, sont piégées et doivent vivre sans eau potable, sans nourriture, et sans accès aux soins. L’EI piège les bâtiments avec des explosifs et envoie des véhicules kamikazes contre les forces gouvernementales qui pénétrent dans la banlieue est. Il a incendié des tranchées remplies de pétrole afin de couvrir la ville d'une épaisse fumée noire et ainsi entraver les attaques aériennes. L'offensive américaine avance lentement en raison de cette résistance féroce.

Les faubourgs les plus peuplés restent au mains de l’EI. Dans les quartiers repris par les forces proaméricaines, seules 100 000 personnes ont pu fuir vers les camps de réfugiés. Les hommes sont séparés de leurs familles et interrogés sur d'éventuelles sympathies envers l’EI. Selon des informations isolées, des civils sunnites seraient tués ou torturés par les milices chiites sectaires. Une fois dans les camps, on empêche les gens de sortir pour des «raisons de sécurité».

Un représentant kurde a déclaré cette semaine que 2.000 habitants de Mossoul s’enfuient chaque jour. Lisa Grande de l'ONU a dit au Washington Post: «Nous sommes très inquiets car nous allons manquer de provisions. Nous n'avons que des stocks limités, et si tout le monde à l'intérieur et à l'extérieur de Mossoul a besoin d'aide, nous n'en aurons pas assez, loin de là. ».

Les secours médicaux ont été submergés par des civils blessés par des tirs ou des explosifs. Le sort de la majorité des blessés, dans une ville où les hôpitaux ne fonctionnent plus, est terrible à contempler.

Le gouvernement et les médias américains, ainsi que des États alliés, ont dénoncé comme un crime de guerre l'offensive du gouvernement syrien soutenue par la Russie qui a délogé d'Alep les "rebelles" islamistes soutenus par Washington. La détresse des civils d'Alep, avec en particulier les images des enfants souffrants, a été largement rapportée.

Mais les hypocrites impérialistes traitent le peuple de Mossoul de «dommage collatéral» méritant à peine un commentaire. Les victimes sont en grande partie imputées à I’EI, accusé d’utiliser des civils comme des «boucliers humains» ou d’attaquer les personnes qui veulent fuir la ville.

Pour résumer la situation, un réfugié a dit au Washington Post: « Les gens de Mossoul ont deux options. Soit rester à l'intérieur et mourir à cause des bombardements ou de faim, soit aller dans les camps, c'est-à-dire en prison. Quoi qu'il en soit, c'est une mort lente. »

Selon l'armée américaine, l'offensive se poursuivra pendant au moins deux à quatre mois, soit bien au-delà du début de la présidence de Trump. On ne connaîtra sans doute jamais le nombre total de morts civils. Quatorze ans depuis l'invasion américaine, l'estimation crédible du Lancet qu'elle a occasionné plus de 650.000 de morts entre mars 2003 et juin 2006 est encore systématiquement rejetée comme exagérée par les apologistes de l'impérialisme américain et de son gouvernement fantoche à Bagdad. Le nombre de morts cette année dans les bains de sang à Fallouja et Ramadi n'a pas été révélé.

Le coût exact en vies humaines est inconnu, mais il n'y a aucun doute quant à la motivation principale derrière la guerre du Golfe de 1991, les années de sanctions contre l'Irak, l'invasion américaine de 2003, jusqu'à la boucherie actuelle à Mossoul; le pétrole.

L'invasion de 2003 était une conspiration criminelle planifiée par Bush et les principaux conglomérats pétroliers, justifiée par des mensonges flagrants que l'Irak menaçait les États-Unis avec des « armes de destruction massive ». La guerre a continué sous Obama, car des années de résistance irakienne avaient empêché les Etats-Unis d’établir sa domination sur les ressources énergétiques du pays ou du Moyen-Orient. Ces trois dernières années, les victoires de l’EI en Irak et la décision de la Russie de rejoindre l'Iran pour appuyer militairement le gouvernement syrien d'Assad ont encore retardé l'agenda américain.

Les intrigues américaines au Moyen-Orient continueront sous Trump. Il s'entoure de figures imbriquées dans la tentative longue de 25 ans de subordonner la région au diktat américain. Il y a le PDG Exxon Mobil, Rex Tillerson, dont la société a voulu racheter une grande partie de l'industrie pétrolière irakienne. A la tête du Pentagone, le général James "Mad Dog" Mattis a commandé l'assaut des Marines à Falloujah en 2004 ; il s'est opposé au retrait américain en 2011 et a préconisé une confrontation avec l'Iran pour briser son influence en Irak et en Syrie.

La mesure dans laquelle le Moyen-Orient sera au centre de l'agression américaine sous Trump sera déterminée par la lutte acharnée qui se déroule au sein de l'establishment américain pour déterminer quel rival majeur cibler d'abord. Les accusations des démocrates et de la plupart des médias américains, selon lesquelles la victoire de Trump est le résultat de « l'ingérence russe », provient de leur inquiétude que Trump pourrait modérer la confrontation avec la Russie au Moyen-Orient et en Europe de l'Est, afin de davantage cibler la Chine.

Quelle que soit la cible que choisira finalement un gouvernement Trump, l'héritage de Barack Obama est un danger accru d'une Troisième Guerre mondiale.

(Article paru en anglais le 22 décembre 2016)