Québec: le gouvernement va réduire drastiquement les prestations d'aide sociale

Par Louis Girard
22 mars 2016

Le projet de loi 70 du gouvernement libéral québécois, maintenant en phase finale d'adoption, représente une attaque frontale sur l'aide sociale et un pas de plus vers son abolition pure et simple. Il fait partie d'un assaut plus large sur les travailleurs, les jeunes et les plus démunis, dont la mise en place a été facilitée par les syndicats du secteur public avec leur récente signature d'une entente de trahison qui laisse le champ libre au démantèlement accéléré des services publics. 

Le projet de loi force les nouveaux demandeurs de l'aide sociale, qui sont principalement des jeunes, à adhérer à un programme de recherche d'emploi en échange d'un montant dérisoire de 250$ de plus par mois. Par contre, un demandeur qui se trouve incapable d'accepter immédiatement une offre d'emploi – que ce soit pour des raisons de santé, de détresse psychologique ou autres – subira une réduction drastique de son allocation d'aide sociale, pouvant aller jusqu'à la moitié du montant.

Le chèque de base pour une personne seule sur l'aide sociale, actuellement de 623 dollars par mois (moins que la moitié du seuil de pauvreté fixé en 2011 à 1498$), pourrait donc être réduit à 314 dollars par mois. Autrement dit, soit la personne accepte un emploi précaire et mal rémunéré, soit elle est condamnée à la rue. La prochaine étape serait la police et la prison. 

En privant des milliers de jeunes dans des situations précaires d'un revenu déjà très maigre mais vital, le gouvernement Couillard se vante d'économiser jusqu'à 50 millions de dollars. 

Serge Petitclerc, porte-parole du collectif «Pour un Québec sans pauvreté», a expliqué que les gens à qui l'on force de se trouver un emploi le perdent rapidement, dans la mesure où ils en trouvent. «Ils sortent de l'expérience encore plus maganés par la vie». Selon les organismes communautaires, les emplois proposés aux assistés sociaux sont souvent «mal rémunérés, précaires et aux horaires atypiques». 

De plus, les jeunes ayant recours à l'aide sociale doivent se trouver du travail en période de profonde crise du système capitaliste. Les données de Statistiques Canada montrent que Montréal, de loin la plus grande ville de la province de Québec et deuxième plus grande au pays, est maintenant la capitale du chômage, avec un taux de11 pour cent. Dans l'ensemble de la province, le taux s'élève à 7,6 pour cent. Depuis février 2015, 70 000 emplois à temps partiel se sont substitués aux emplois à temps plein. 

Le projet de loi 70 est une attaque contre les personnes les plus vulnérables et n'a rien à voir avec une tentative de les réinsérer sur le marché du travail. Cela est montré par le fait que les mesures de réinsertion à l'emploi, comme tous les autres programmes sociaux, ont reçu la hache de tous les gouvernements. Les centres locaux d'emploi (CLE) ont vu leurs effectifs coupés de 25 pour cent, ce qui réduit énormément la capacité du personnel d'offrir un véritable suivi aux demandeurs d'aide. 

Comme pour toutes les coupes précédentes dans l'aide sociale, le gouvernement a cherché à ériger un mur entre les gens qui reçoivent l'aide sociale et les travailleurs. Dans le discours gouvernemental, «le payeur de taxes québécois fait un effort envers les personnes» et «on demande à l'autre personne de faire un effort pour elle». La prétendue défense du «payeur de taxes», ressassée sans relâche par les médias à sensation comme le Journal de Montréal, est une fraude. Les travailleurs, les chômeurs et les assistés sociaux font tous face aux attaques d'une seule et même classe capitaliste dirigeante, qui est en train de s'enrichir à leurs dépens. 

Quant aux jeunes dits «aptes» au travail, de nombreux organismes communautaires opposés au projet de loi 70 ont fait remarquer les situations très précaires auxquelles font face les jeunes demandeurs de l'aide sociale. 

Isabelle Renaud, coordonnatrice de la Maison Le Tournant, une auberge située à Montréal et qui accueille des jeunes hommes en difficulté, décrit le type de jeunes qui demande refuge chez eux: «Ils sont sans revenu ou enchaînent les jobs précaires, ont souvent un lourd bagage familial, ont connu la violence, ont parfois eu des problèmes de dépendance». Elle ajoute que ces jeunes veulent intégrer le marché du travail, mais qu'ils ont besoin de temps. L'aide sociale est leur seul revenu pendant toute cette période de leur vie.

Une réduction de moitié du montant d'aide sociale pour ces jeunes vivant une situation économique, sociale et psychologique déjà très précaire aurait des conséquences désastreuses. Selon Jean-François Mary, coordonnateur du Réseau Social Itinérance Québec, «Avec le projet de loi 70, le gouvernement va pousser un grand nombre [de nouveaux prestataires d'aide sociale] directement à la rue...».

Le projet de loi 70 fait suite à une série de coupes dans les programmes d'aide aux chômeurs et aux démunis. Des gouvernements fédéraux successifs, tant libéraux que conservateurs, ont quasiment éliminé les programmes de logement social et mis la hache dans l'assurance-chômage à tel point que moins de 40 pour cent des travailleurs ayant perdu leur emploi reçoivent des prestations de chômage. 

En 2013, Le Parti québécois a coupé les montants supplémentaires d'aide sociale dont bénéficiaient certaines catégories, dont les toxicomanes, les parents d’enfants de moins de 5 ans, et les personnes âgées de 55 à 58 ans. 

De concert avec le PQ, Québec solidaire pose en opposant au projet de Loi 70. Sa porte-parole Françoise David déplore que le nouveau ministre de l'Emploi, François Blais «n'a aucune idée des impacts désastreux de sa réforme». En fait, comme tous les représentants de l'élite dirigeante au Canada et à travers le monde, le gouvernement Couillard agit consciemment pour «résoudre» la crise du système capitaliste sur le dos des travailleurs et des plus démunis. 

Québec solidaire a pour rôle d'aider la bureaucratie syndicale à étouffer l'opposition des travailleurs à l'austérité capitaliste. Il a ainsi accueilli avec enthousiasme l'entente conclue en décembre dernier par le Front commun intersyndical – une entente qui trahit toutes les revendications des employés du secteur public et sabote une lutte ouvrière qui avait le potentiel de déclencher une contre-offensive pour la défense des emplois, des conditions de travail et des services publics.

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