Québec: la Commission des relations du travail approuve la suspension de 2000 cols bleus

Par Laurent Lafrance
4 janvier 2016

La Commission des relations du travail du Québec (CRT) a rejeté la demande du syndicat des cols bleus de Montréal de lever les sanctions imposées aux 2000 travailleurs municipaux qui avaient participé à une réunion syndicale durant les heures de travail au début décembre. C’est la deuxième fois en un mois que la CRT donne raison à la Ville de Montréal dans son attaque contre les travailleurs municipaux.

Le 8 décembre dernier, deux mille cols bleus ont participé à une assemblée générale spéciale d’une heure et demie convoquée par leur syndicat durant les heures de travail. Les travailleurs de tous les quarts de travail étaient ainsi appelés à discuter des coupes draconiennes dans les régimes de retraite contenues dans la récente loi 15, ainsi que du «pacte fiscal» de 2016 entre les villes et le gouvernement du Québec qui va donner aux municipalités le pouvoir de décréter les conditions de travail de leurs employés.

La veille, la Commission des relations du travail avait émis, à la demande du maire de Montréal, Denis Coderre, une ordonnance interdisant la tenue de cette assemblée, qualifiée d’«illégale». Les travailleurs ont défié l’ordonnance de la CRT et le maire Coderre a aussitôt menacé d'imposer des mesures disciplinaires.

Peu de temps après, la Ville de Montréal annonçait que 2000 travailleurs étaient suspendus sans solde pendant une semaine. Les dirigeants du syndicat local, associé au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP-Québec), étaient quant à eux suspendus sans solde pendant un à deux mois.

Le syndicat des cols bleus a demandé à la Commission des relations du travail de surseoir aux suspensions, qualifiées de «lock-out partiel». La CRT, qui avait criminalisé la réunion du 8 décembre, a rejeté la demande du syndicat en déclarant: «Pour la Commission, la Ville utilise son droit de gérance en imposant des suspensions». La CRT a ensuite souligné le droit qu’ont les employeurs, autant au public qu’au privé, de discipliner leurs employés: «Suivre la prétention du syndicat ferait en sorte que des salariés qui se rendraient délibérément coupables de gestes contraires à la convention collective […] ne pourraient pas être sanctionnés comme le désire l'employeur sous prétexte que cela causerait un ralentissement des activités».

En dépit des deux décisions de la CRT en faveur de la ville de Montréal, le syndicat des cols bleus a annoncé qu’il ne prendrait aucune autre action que d’aller en appel.

En maintenant la ligne dure contre ses employés, l’administration Coderre a le plein appui de toute l’élite dirigeante et des médias. Un éditorial paru dans le Montreal Gazette a établi un contraste entre les jours de grève «pacifiques» dans le secteur public et l’assemblée «sauvage» des cols bleus en suggérant que ces derniers ont été «incités à la violence».

Les derniers développements dans le monde municipal représentent un sérieux avertissement pour toute la classe ouvrière, notamment le demi-million d’employés du secteur public à qui le gouvernement du Québec veut imposer un recul majeur dans les conditions de travail. La classe dirigeante veut démontrer qu’elle est prête à mobiliser tout l’appareil répressif de l’État – les lois spéciales, les tribunaux et la police – pour faire passer les mesures d’austérité.

La menace d’une loi spéciale demeure omniprésente à la veille des votes sur l’entente de principe conclue entre le gouvernement libéral de Philippe Couillard et le Front commun inter-syndical, qui représente quelque 400.000 travailleurs du secteur public. Beaucoup de travailleurs sont opposés à cette entente qui diminue les salaires réels, augmente l’âge de retraite et facilite le démantèlement des services publics. Elle a d'ailleurs été rejetée à forte majorité par les délégués de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), le plus important syndicat de la santé.

Bien que le gouvernement libéral mise toujours sur la bureaucratie syndicale pour imposer des coupures draconiennes, il est prêt à imposer un décret si les membres de la base rejettent l’entente et que les syndicats ne parviennent pas à contenir leur colère.

Tout comme l’attaque contre les employés de l’État, l’assaut sur les régimes de retraite et les acquis des employés municipaux fait partie d’un vaste programme d’austérité dirigé contre l’ensemble de la classe ouvrière. L’austérité n’est pas une menace au «modèle québécois» comme le font croire les syndicats, mais la stratégie de classe de la bourgeoisie au Canada et à travers le monde.

Malgré la vive opposition populaire aux compressions sociales et l'apparition d'une série de luttes ouvrières, les syndicats isolent ces luttes les unes des autres, facilitant ainsi l’imposition des coupures. Jamais ils ne mentionnent les attaques qui prennent place contre les travailleurs dans le reste du pays, et encore moins la nécessité d’unir la classe ouvrière dans une contre-offensive pour défendre des emplois et des services publics de qualité.

Le syndicat des cols bleus a dénoncé les sanctions contre les employés municipaux, non pas en tant que violation des droits démocratiques des travailleurs, mais parce qu’elles «privent la population de services auxquels elle a droit». Loin de s'opposer réellement aux sanctions, le syndicat les qualifie seulement d’«abusives, excessives et démesurées» – des critiques également émises par le parti d’opposition de droite, Projet Montréal.

Comme ils le font depuis les années 80 du siècle dernier, les chefs syndicaux pro-capitalistes veulent convaincre l'élite dirigeante que la meilleure façon d'imposer les mesures d'austérité et d'étouffer l'opposition ouvrière est d'utiliser leurs services – la base de leur situation sociale privilégiée.

C'est dans cet esprit que Chantal Raclette, présidente du syndicat des cols bleus, s'est défendue d'avoir «l'air de quelqu'un qui veut se battre», avant de déclarer: «J'ai dit à l'administration que nous sommes prêts à nous asseoir à la table de négociation».