Plus de 450 civils tués par des frappes aériennes américaines en Irak et en Syrie

Par Will Morrow
6 août 2015

Un article publié lundi par un groupe de journalistes révèle qu'au moins 459 civils, et probablement beaucoup plus, ont été tués dans des frappes aériennes entre août 2014 et juillet 2015 au cours de la guerre menée par les Etats-Unis en Irak et en Syrie.

L’article publié par airwars.org est paru au moment où l'administration Obama annonçait une escalade majeure de ses frappes aériennes en Syrie. Obama a donné aux forces américaines l’autorisation générale de bombarder toutes cibles – y compris les forces gouvernementales syriennes – qui entrent prétendument en conflit avec une petite brigade de mercenaires américains opérant dans le pays. La décision marque une escalade majeure de la guerre de changement de régime des Etats-Unis contre le président syrien Bachar al-Assad et fera que le nombre de victimes civiles de l'intervention impérialiste dans la région s’accélérera considérablement (voir: " Obama autorise l'escalade de la guerre des États-Unis contre la Syrie ").

Dans la période couverte par l’article, les Etats-Unis et leurs alliés ont effectué près de 5.000 frappes aériennes en Irak et en Syrie, larguant environ 17.000 bombes et missiles et détruisant 2.000 bâtiments.

Airwars.org a compilé ses informations à partir d’un examen précis de la couverture médiatique et des déclarations publiées par un large éventail d'organisations en Syrie, en Irak et à l'étranger. Elles ont ensuite été recoupées avec les déclarations faites par le Commandement central (CENTCOM) et les autres alliés dans la campagne de bombardement.

Même après ce fort processus de filtrage, le groupe a identifié au moins 52 incidents distincts dans lesquels entre 459 et 591 civils avaient été tués, dont des femmes et plus de 100 enfants, soit une moyenne d'une dizaine de personnes par incident. Entre 233 et 732 personnes ont été tuées en Irak et entre 226 et 354 en Syrie.

Ces chiffres ne comprennent toutefois que les cas d’informations émanant de « deux sources ou plus, généralement considérées comme crédibles (souvent offrant des preuves biographiques, photographiques ou vidéos) » et concernant « des frappes confirmées de la coalition dans les environs proches pour cette date ». Lorsque sont prises en compte les informations de civils tués ayant reçu moins de couverture ou non corroborées par des frappes aériennes de la coalition, le nombre estimé des morts s’élève à 1.086.

Il ressort clairement de l’article que le chiffre réel est sans aucun doute bien plus élevé parce que les Etats-Unis et leurs alliés suppriment et nient délibérément la divulgation de morts civiles dues à leurs bombardements.

Un exemple particulièrement flagrant le souligne. Le 28 décembre 2014, un raid aérien de la coalition a détruit un bâtiment à Al Bab, dans la banlieue d’Alep en Syrie, censé être utilisé comme prison temporaire par l’Etat islamique. L'attaque a tué au moins 58 civils, dont au moins quatre femmes et un certain nombre d'adolescents. L'utilisation du bâtiment comme prison pour civils avait été largement rapportée avant l'attaque.

Pendant les deux semaines qui ont suivi cet acte criminel, les Etats-Unis et leurs alliés ont dissimulé qu'ils avaient effectué des frappes aériennes à Al Bab ce soir là. C’est seulement après « des demandes d’information répétées » par l’agence de presse McClatchy qu’un porte-parole de CENTCOM a concédé qu'un bombardement à Al Bab avait bien eu lieu ce jour-là.

La position officielle de l'administration Obama et de l'armée américaine qui avancent le chiffre, manifestement faux, de deux civils tués au total en Syrie et aucun en Irak, contraste fortement avec le nombre minimum de 459 morts civiles, pour lequel airwars.org a trouvé des preuves solides. Le site note qu’« à d'autres occasions la Coalition n’a pas identifié des frappes sur une ville particulière et les alliés en ont fait état individuellement plus tard. »

La détermination de l'administration Obama et de ses alliés à supprimer les preuves de la mort de civils montre leur crainte de l'opposition de masse à la guerre dans leurs propres populations et leur compréhension que ces preuves démolissent les mensonges « humanitaires » selon lesquels la guerre viserait à combattre l’EI.

L’article est conçu pour être lu en conjonction avec une base de données dynamique en ligne qui comprend toutes les informations sur des civils tués par des frappes aériennes en Irak et en Syrie, ainsi que toute information biographique disponible sur les victimes, y compris des photographies et des vidéos.

Pris dans son ensemble, ce matériel s’ajoute à la montagne sans cesse croissante d’éléments de preuves à utiliser dans un futur procès pour crimes de guerre contre les responsables de la planification, du lancement et de la justification de la guerre illégale en Irak et en Syrie. Parmi ceux-ci, l'administration Obama et les gouvernements alliés de l’Angleterre, de l'Australie, du Canada, de la France, de la Belgique, des Pays-Bas, du Danemark, de l'Arabie saoudite, des Émirats arabes unis, de la Jordanie et de Bahreïn.

Si l’article ne comprend que les chiffres jusqu'à la fin de juin, il note que juillet 2015 « s’est avéré pour l’instant comme le mois le plus intensif des bombardements de la coalition avec 371 impacts signalés pour la seule Syrie. Les signalements de victimes civiles ont également atteint un pic, avec 14 incidents allégués nouveaux signalés pour la Syrie et huit pour l'Irak – un nouveau et sinistre record ».

Dans le pire de ces incidents, 70 civils ont été tués par un raid aérien sur la ville irakienne de Hawijah début juin. De plus, l’article indique de nombreux «incidents de pertes massives» en Syrie. Dans la première nuit du bombardement de la Syrie, le 23 septembre 2014, l'aviation américaine a tué jusqu'à 15 civils dans le village de Kfar Daryan. Le 30 avril, un autre raid aérien a tué 64 civils à Ber Mahli. En seulement trois incidents distincts, 106 victimes civiles ont jusqu'à présent été nommées publiquement, dont 38 enfants.

Dans un autre incident détaillé, une frappe aérienne dans le gouvernorat d'Al Hassakah en Syrie a tué Ibrahim al-Mossoul, un berger d’une soixantaine d’années et ses deux filles, Jozah (27) et Zahra (25). Le 4 avril, un raid aérien sur Fadhiliya en Irak a tué une enfant de huit ans Danya Laith Hazem et les quatre membres de famille.

Les faits relatés dans l’article sont d'autant plus accablants qu’il n’a pas été produit par des adversaires de la guerre. Le groupe de journalistes précise qu'il ne conteste pas la guerre en Irak et en Syrie mais craint que « le déni quasi-total de la Coalition d'avoir causé des victimes civiles continue à nuire à sa propre crédibilité ».

Acceptant les justifications frauduleuses de la guerre, l’article fait des recommandations toutes superficielles; il appelle les différents partenaires de la coalition à améliorer leur prise en compte des victimes civiles et leur communication.

En réalité, l'assassinat de masse de civils en Irak et en Syrie n’est pas une aberration ou un sous-produit regrettable de la guerre, mais découle logiquement du caractère criminel et néo colonial de l'intervention impérialiste qui vise à assurer la domination américaine sur cette région riche en énergie et géo-stratégiquement vitale.