Manifestations de masse au Québec pour défendre les services publics:

Les travailleurs ont besoin d'une stratégie socialiste

Par Parti l'égalité socialiste (Canada)
1 décembre 2014

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé ce samedi dans les rues de Montréal et de Québec pour dénoncer l'assaut frontal lancé par le gouvernement québécois sur les services publics et sur les salaires et pensions des employés qui les prodiguent. Ce qui suit est le texte d'une déclaration largement diffusée à la manifestation de Montréal par les sympathisants du Parti de l'égalité socialiste (Canada). 

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Beaucoup de travailleurs et de jeunes sont venus à la manifestation d'aujourd'hui pour exprimer leur opposition pleinement justifiée aux mesures draconiennes d'austérité du gouvernement libéral de Philippe Couillard. 

Mais les organisateurs – le collectif regroupant des associations étudiantes et des groupes communautaires sous l'égide des centrales syndicales – cherchent avant tout à dissiper cette colère populaire et à la détourner sur des voies nationalistes afin de bloquer l'émergence d'un mouvement politique indépendant des travailleurs qui offrirait une véritable alternative à l'ordre social existant. 

Le collectif «refusons l'austérité» écrit dans un communiqué de presse que «le gouvernement actuel s'attaque aux missions fondamentales de l'État québécois, missions qui font du Québec une société unique en Amérique du Nord, plus juste et égalitaire». 

Ce discours nationaliste est de la poudre aux yeux. Loin d'être «unique», le Québec est tout autant traversé par les conflits de classe et les inégalités sociales que l'ensemble de l'Amérique du Nord, l'Europe ou le reste du monde. 

C'est une chose pour des bureaucrates syndicaux – avec leurs salaires à six chiffres, leurs nombreux privilèges et leur contrôle de fonds d'investissement valant des milliards de dollars – de fantasmer sur un Québec «juste et égalitaire». C'est toute autre chose pour les travailleurs ordinaires, confrontés tous les jours à des pertes d'emplois, des baisses de salaires et la détérioration du réseau public de la santé. 

Quant à la «mission fondamentale» de l'État québécois, elle consiste à assurer le maximum de profits à la grande entreprise et à la haute finance en réduisant drastiquement l'impôt sur la richesse, en mettant la hache dans les dépenses sociales, et en attaquant les emplois, les salaires et les pensions des employés qui fournissent les services publics essentiels – en un mot, tout ce que fait le gouvernement Couillard depuis son arrivée au pouvoir. 

Là non plus, ce n'est rien de particulier au Québec. Partout au Canada, aux États-Unis et dans le reste du monde occidental, peu importe l'étiquette politique du parti au pouvoir, chaque classe dirigeante utilise l'État national pour augmenter sa «compétitivité», son accès à des ressources vitales et ses parts de marché. 

Cela se fait sur le dos des travailleurs par des mesures d'austérité qui plongent les masses dans le chômage, le dénuement et la pauvreté; et sur le dos des jeunes, régulièrement envoyés à des milliers de kilomètres pour tuer et se faire tuer dans des guerres néo-coloniales, comme l'Afghanistan en 2001, l'Irak en 2003 et la Syrie et l'Irak aujourd'hui. 

C'est ce lien essentiel entre les mesures d'austérité et la crise historique mondiale du capitalisme que les organisateurs de la manifestation d'aujourd'hui cherchent à cacher lorsqu'ils soutiennent dans leur matériel de campagne que «l'austérité est un choix, non une fatalité». 

En niant la base objective des attaques anti-ouvrières lancées par le gouvernement Couillard, les syndicats justifient leur propre inaction et leur opposition totale à toute tentative de mobiliser les travailleurs du Canada – français, anglais et immigrés – dans une contre-offensive unifiée pour la défense des emplois, des salaires et des services publics. 

Ils poursuivent ainsi une politique vieille de plusieurs décennies qui a mené à d'innombrables défaites et fortement miné les conditions sociales des travailleurs. Elle consiste d'une part à subordonner politiquement la classe ouvrière au parti de la grande entreprise qu'est le Parti québécois; et d'autre part, à étouffer tout sentiment d'opposition venant d'en bas, et à isoler et torpiller les luttes ouvrières et sociales qui éclatent malgré tout – comme la grève des infirmières de 1999, les manifestations de masse de 2003 contre le gouvernement Charest, ou plus récemment la grève étudiante de 2012. 

Cette dernière expérience est particulièrement instructive. Pendant des mois, alors que les étudiants luttaient pour la défense de l'éducation publique, les syndicats les ont laissé affronter seuls la violence organisée de l'État québécois. L'adoption du projet de loi 78, qui criminalisait à toutes fins pratiques toute manifestation sur n'importe quelle question partout au Québec, a provoqué une vive réaction populaire et soulevé la possibilité d'un mouvement social plus vaste mené par les travailleurs. Les syndicats sont alors intervenus, sous le slogan «après la rue, les urnes», pour détourner la grève étudiante derrière l'élection du Parti québécois, qui allait rapidement imposer de sévères coupes budgétaires tout en attisant le chauvinisme anti-musulman avec son projet de «Charte des valeurs québécoises». 

Les travailleurs doivent prendre garde. La situation actuelle au Québec est tout aussi – sinon plus – explosive qu'en 2012, avec le train de mesures anti-ouvrières initiées par les libéraux de Couillard au nom de la lutte au déficit. 

Ces mesures comprennent: des compressions budgétaires de 3,2 milliards de dollars en 2015-16; le pillage des pensions des employés municipaux sous la loi 3; l'élimination de plus d'un millier de postes dans la fonction publique d'ici 2016; la menace réelle de geler ou réduire les salaires du demi-million de travailleurs du secteur public; une hausse substantielle des frais de garderie; et la mise en place d'une commission de révision des programmes qui a proposé des réductions massives dans les transferts aux municipalités, l'aide aux agriculteurs et les services ambulanciers. 

Les syndicats vont tout faire pour contenir et étouffer la colère palpable que ces mesures draconiennes ont déjà provoquée parmi les travailleurs. Ils jouent une fois de plus la carte du nationalisme en qualifiant les mesures du gouvernement Couillard, non pas d'une attaque frontale sur les intérêts les plus fondamentaux des travailleurs, mais d'une attaque sur «le modèle québécois». 

Ce discours est repris par leurs alliés politiques au sein de la supposée «gauche», notamment Québec solidaire. Ce dernier endosse au même moment le principe du déficit zéro en demandant seulement qu'il soit reporté d'un an et, tout comme les syndicats municipaux, il accepte des coupures «négociées» dans les régimes de retraite des employés municipaux. 

Fidèles à leur alliance de longue date avec le PQ, l'autre parti de gouvernement de la classe dirigeante québécoise, les syndicats concentrent toute leur démagogie habituelle sur les libéraux, sans dire un mot des mesures d'austérité semblables adoptées par toute une série de gouvernements péquistes – de Lévesque en 1982-83, à Marois en 2012-14, en passant par Bouchard en 1996-98. 

Le point de départ d'une lutte véritable des travailleurs contre le gouvernement Couillard est une rupture politique et organisationnelle avec les syndicats pro-capitalistes sur la base d'une nouvelle orientation politique. Face au mensonge qu'il n'y a «pas d'argent», il faut développer une réponse unifiée des travailleurs nord-américains impliquant des grèves, des occupations et autres actions militantes. La mobilisation de la force sociale de la classe ouvrière doit se faire autour de la lutte pour un gouvernement ouvrier qui réorganisera l'économie afin de satisfaire les besoins sociaux de tous, et non les profits d'une minorité. 

Nous appelons tous les travailleurs et les jeunes d'accord avec cette perspective à devenir des lecteurs réguliers du World Socialist Web Site, et à entrer en contact avec le Parti de l'égalité socialiste.