Québec solidaire et le référendum écossais : nouveaux appels en direction du PQ

Par Louis Girard et Richard Dufour
15 octobre 2014

S'inspirant de la campagne démagogique menée par le camp du Oui lors du récent référendum sur la séparation de l'Écosse, Québec solidaire implore le Parti québécois à laisser plus de place aux «forces souverainistes» afin de redonner une crédibilité populaire au projet d'établir un troisième État impérialiste en Amérique du nord. 

Dans un communiqué publié sur son blogue le jour du référendum, Amir Khadir, un des trois députés de Québec solidaire, a appuyé avec enthousiasme la campagne pour le Oui menée par le Scottish National Party (SNP) d’Alex Salmond. «L’idée d’indépendance» en Écosse, écrit Khadir, «repose sur la défense des services publics et sur des politiques sociales généreuses à l’endroit des couches populaires». 

Faisant écho à ces propos, Françoise David, députée et porte-parole de QS, a déclaré que le camp du Oui en Écosse était basé «sur le rejet de l'austérité, sur la promotion d'un système de santé public pour tout le monde et sur la promotion des énergies renouvelables». 

En réalité, loin d'être un parti «progressiste» comme veulent le faire croire les dirigeants de Québec solidaire, le SNP est un parti nationaliste de droite. Il parle pour une section de la classe dirigeante écossaise qui rêve d'attirer les capitaux étrangers et faire de l’Écosse un centre de la finance internationale en créant un nouvel État capitaliste basé sur la main-d'oeuvre à bon marché et les taux de taxe les plus bas. 

C'est pourquoi le SNP a centré sa campagne autour de la promesse d'une réduction massive de l'impôt sur les grandes sociétés. Au même moment, il s'est engagé à faire entrer l'Écosse dans l'OTAN – aujourd'hui au coeur des provocations menées par les forces occidentales contre la Russie en Ukraine – et à demander son adhésion à l'Union européenne, le principal instigateur des mesures draconiennes d'austérité qui font rage en Europe et sèment la dévastation sociale sur tout le continent. 

En faisant l'éloge du SNP, Québec solidaire s'adresse en réalité au PQ. Ce parti de la grande entreprise québécoise prône la souveraineté du Québec en tant qu'outil pour faire valoir ses intérêts économiques lorsqu'ils entrent en conflit avec ceux de la classe dirigeante canadienne, et pour assurer sa domination politique des travailleurs québécois en les divisant de leurs frères et soeurs de classe du reste du Canada et des États-Unis. Québec solidaire offre ses services au PQ pour donner un vernis «progressiste» à ce projet aussi réactionnaire que l'indépendance de l'Écosse. 

C'est ce qui ressort clairement du blogue de Khadir lorsqu'il écrit: «La recette du SNP rappelle la combativité de M. Parizeau qui était très conscient du potentiel émancipateur, proprement à portée sociale, de l’indépendantisme. Il avait fait une large place au mouvement social dans le camp du “Oui” comptant sur les Partenaires de la souveraineté pour créer de l’adhésion, sinon de l’engouement pour l’indépendance.»

Khadir fait référence à la «coalition arc-en-ciel» pour le Oui, mise sur pied par l’ancien premier ministre péquiste Jacques Parizeau à l'occasion du référendum de 1995 sur la séparation du Québec. Cette coalition regroupait le Parti québécois, au sein duquel militaient plusieurs dirigeants actuels de Québec solidaire, le Bloc québécois de l’ex-ministre fédéral conservateur Lucien Bouchard, l’Action démocratique du Québec, un parti populiste de droite qui est devenu la Coalition Avenir Québec, ainsi que les centrales syndicales et la plupart des groupes de la pseudo-gauche au Québec. 

Parizeau, issu d’une famille de la haute bourgeoisie québécoise et aujourd'hui âgé de 84 ans, demeure une figure charismatique du mouvement souverainiste. Dans un discours préenregistré pour un rassemblement souverainiste qui prenait place fin septembre à Montréal, Parizeau a déploré un «manque de clarté» dans le message actuel du PQ et affirmé «qu'il est nécessaire que la cause souverainiste soit portée par un mouvement autonome de la société civile». 

Cet appel a été bien reçu par Amir Khadir qui participait à l'événement, co-organisé par le Conseil de la souveraineté, un organisme dominé par le PQ dont fait partie QS. Constatant lui aussi à regret que «le mouvement souverainiste n'est pas dans une très bonne forme actuellement», Khadir a fait savoir que la solution pour «raviver la flamme indépendantiste» était de «donner l'initiative aux militants et aux militantes de partout au Québec qui ont le goût de réfléchir et de travailler ensemble».

La nouvelle coalition pour la souveraineté préconisée par Parizeau est de la douce musique aux oreilles de Québec solidaire. Mais pour les travailleurs, le projet réactionnaire du PQ et de ses alliés politiques de QS aura des conséquences tout aussi graves qu'en 1995: la «coalition arc-en-ciel» avait alors préparé le terrain politique pour l'élimination, à peine quelques mois après le référendum, de dizaines de milliers d'emplois dans la santé et l'éducation par le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard au nom du «déficit zéro». 

Les années subséquentes de gouvernement péquiste ont été marquées du sceau de l'austérité avec l’imposition de coupes budgétaires massives, combinées à une forte baisse de l’impôt sur les riches et sur la grande entreprise, suivant le modèle établi par le gouvernement libéral fédéral de Jean Chrétien et Paul Martin. Le PQ a perdu le pouvoir en 2003 aux mains des libéraux de Jean Charest, qui allaient intensifier dans la décennie suivante l'assaut tous azimuts lancé par le PQ sur les salaires, les emplois et les services publics. 

Mais ce ne sont pas les mesures anti-ouvrières du PQ qui vont dissuader Québec solidaire de rechercher une alliance électorale avec ce parti de la grande entreprise. Dans son blogue sur l'Écosse, Khadir se fait l'avocat des gouvernements réactionnaires dirigés par le PQ. «Des femmes et des hommes qui ont dirigé ce mouvement ont souvent agi au mieux de leur capacité, en toute sincérité», écrit-il. «Mais des erreurs majeures ont été commises au pouvoir et ont coûté cher au mouvement indépendantiste». 

Pour Québec solidaire, la suppression de dizaines de milliers d'emplois dans les secteurs de la santé et de l'éducation – un coup terrible duquel ces services publics essentiels ne se sont jamais remis – n'est qu'une «erreur», et non pas l'application du programme d'austérité exigé par l'ensemble de la classe dirigeante québécoise et canadienne.

Cette position reflète sa nature de classe en tant parti des classes moyennes privilégiées. Entièrement orienté vers le PQ et les syndicats pro-capitalistes, ce parti craint avant tout un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière contre le système capitaliste discrédité. 

Malgré ses prétentions «de gauche», soigneusement cultivées par la grande presse, Québec solidaire n’hésitera pas à appuyer les pires attaques contre les travailleurs afin de se tailler une place au sein de l'establishment souverainiste. 

Lors de la grève étudiante de 2012, qui a réuni des centaines de milliers de jeunes dans les rues pendant sept mois et risqué de déclencher une vaste mobilisation des travailleurs contre l’austérité capitaliste, Québec solidaire a contribué à détourner ce mouvement sur la voie électorale. Il a aidé le PQ à reprendre le pouvoir à l'élection de septembre 2012 en lui offrant un appui inconditionnel pour un an s’il devait détenir la balance du pouvoir dans un gouvernement péquiste minoritaire.

Québec solidaire a ensuite feint la déception devant les dures coupes budgétaires imposées par le gouvernement péquiste de Pauline Marois afin de continuer son rôle d'aile «gauche» du PQ. Et depuis que le gouvernement libéral élu ce printemps a lancé un nouvel assaut frontal sur les services publics et sur les travailleurs qui les prodiguent, QS a fait savoir qu'il acceptait la nécessité de contrôler les dépenses sociales, endossant ainsi un nouveau train de mesures d'austérité draconiennes. 

La destruction des emplois et des services publics est le programme universel imposé par les marchés financiers mondiaux afin de faire payer les travailleurs pour la crise historique du capitalisme mondial. Pour y faire face, les travailleurs doivent rejeter toutes les tentatives de les diviser selon des lignes ethniques, linguistiques ou nationales – y compris le séparatisme écossais et québécois prôné par Québec solidaire – et bâtir leur unité internationale dans la lutte commune contre le système de profit.