Le risque de guerre augmente avec les préparatifs russes d’une intervention en Ukraine orientale

Par Alex Lantier
14 août 2014

Les préparatifs d’une intervention humanitaire russe en Ukraine orientale créent les conditions d’une confrontation militaire entre la Russie et le régime ukrainien soutenu par les États-Unis. Tandis qu’augmente la confusion quant à la position des différentes puissances impliquées dans la guerre civile ukrainienne, le risque d’une escalade vers une guerre mondiale est bien réel, le régime ukrainien à Kiev allant probablement faire appel aux États-Unis et à leurs alliés européens contre la Russie.

Lundi, le ministre des Affaires étrangères russe Sergei Lavrov a affirmé que Kiev était revenu sur sa position et avait accepté les propositions russes d’une mission humanitaire pour apporter des fournitures de première nécessité dans les villes de Donetsk et Lougansk, que les forces fascistes loyales à Kiev ont encerclées et bombardent sans merci.

«Avec un optimisme mesuré, je pense pouvoir dire maintenant que tous les prétextes possibles et impossibles ont été écartés. J’espère que dans le futur le plus proche, cette action humanitaire aura lieu sous l’autorité de la Croix rouge», a déclaré Lavrov. Cette mission a apparemment pour but d’apporter des fournitures de première nécessité aux deux villes qui sont maintenant privées d’électricité, d’eau et de ravitaillement en nourriture. Plus d’un million de gens risquent la famine et les épidémies. Plus de 700.000 Ukrainiens ont déjà fui vers la Russie.

Tout en insinuant que Moscou croyait avait reçu l’approbation pour cette mission de la part du régime fantoche des États-Unis à Kiev, Lavrov a dénoncé des déclarations cette semaine de la part des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne qui s’opposaient à une telle mission. «Si ce qui a été dit était vrai, et que ces trois dirigeants s’accordent à dire qu’il n’y a pas besoin d’une mission humanitaire vers l’Ukraine du Sud-est, parce que toutes les mesures nécessaires auraient déjà été prises, alors ce serait clairement du cynisme», a-t-il dit.

D’après une déclaration du Kremlin, le président russe Vladimir Poutine aurait également appelé le président de la Commission européenne José Manuel Barroso pour lui dire que «la Russie, en collaboration avec des responsables internationaux de la Croix rouge, envoie un convoi humanitaire vers l’Ukraine». Barroso aurait dit à Poutine de ne pas engager «la moindre action militaire unilatérale» en Ukraine.

Le président américain Barack Obama a appelé le président ukrainien Petro Poroshenko lundi pour discuter de l’intervention russe. Obama a «exprimé son fort soutien pour la souveraineté de l’Ukraine et son intégrité territoriale», d’après une déclaration de la Maison-Blanche et a ajouté que l’intervention russe serait inacceptable pour les États-Unis et, selon Washington, violerait le droit international.

Obama a cependant maintenu une certaine ambiguïté sur la position américaine, suggérant qu’une intervention russe pourrait être acceptable pour le gouvernement des États-Unis si Kiev consentait à l’opération.

Cela revient à un virage inexpliqué à 180° de la part des États-Unis sur une intervention de la Russie en Ukraine. Vendredi, l’ambassadrice aux Nations unies, Samantha Power, avait dit: «Toute autre intervention unilatérale de la Russie sur le territoire ukrainien, y compris sous le prétexte d’apporter de l’aide humanitaire, serait complètement inacceptable et serait considérée comme une invasion de l’Ukraine.»

Kiev a adopté de multiples positions contradictoires. Le porte-parole Valeriy Chaly a d’emblée rejeté une intervention russe, écrivant sur sa page Facebook : «Nous n’attendons aucun convoi humanitaire d’aucune sorte.»

D’autres responsables du régime de Kiev, s’adressant à l’Associated Press, ont lancé l’affirmation absurde que c’est de Kiev même que viendrait l’initiative d’une intervention humanitaire – pour aider les villes qu’il tente d’isoler et d’écraser avec d’intenses bombardements d’artillerie.

Le communiqué du ministère des Affaires étrangères ukrainien semblait se réjouir de l’intervention russe, affirmant qu’elle faisait partie d’un effort humanitaire international. «Mis à part l’aide offerte par l’Ukraine, la mission aura un aspect international, dont de l’aide fournie au Comité international de la Croix rouge par les États-Unis, l’UE et la Russie», déclarait ce communiqué.

Les responsables russes ont donné des explications contradictoires sur les objectifs de leur mission «humanitaire». Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré que le convoi humanitaire russe pourrait entrer en Ukraine cette semaine et qu’il n’aurait pas d’escorte militaire – ce qui serait une stratégie suicidaire, étant donné l’hostilité violente envers la Russie des milices fascistes qui se battent pour le compte de Kiev en Ukraine orientale.

En même temps, les responsables militaires russes se préparent manifestement à d’importants combats le long de la frontière ukraino-russe. L’OTAN a affirmé que 45.000 soldats russes se massaient le long de la frontière et la Russie a organisé d’importants exercices aériens la semaine dernière. Quand il a rendu visite à la 15e brigade d’infanterie motorisée, le ministre de la Défense russe Sergei Shoigu a déclaré aux troupes: «Le monde a changé radicalement. Comme vous le savez d’après les incidents passés, dont l’expérience de cette brigade, les unités de maintien de la paix pourraient devoir être déployées subitement.»

L’offensive soutenue par l’Occident et menée par le régime de Kiev en Ukraine orientale place l’Europe et le monde au bord d’une guerre. Des questions sérieuses sont soulevées par le changement soudain de position de Washington et du régime de Kiev pour permettre éventuellement une intervention humanitaire de la Russie en Ukraine. Même si ces déclarations étaient faites de bonne foi, ce qui n’est absolument pas clair, rien ne garantit qu’Obama ou Poroshenko aient un contrôle effectif sur les agents de la CIA, les mercenaires de Blackwater et les milices fascistes ukrainiennes qui seraient confrontés à un convoi humanitaire russe sur le terrain.

Quelles que soient les déclarations de Moscou ou de Kiev, les affirmations que la Russie pourrait mener une opération humanitaire en Ukraine orientale sans déclencher une réaction militaire de la part des milices fascistes antirusses ukrainiennes qui se battent dans la région ne sont tout simplement pas crédibles. Le régime de Kiev a déjà dirigé à maintes reprises des tirs d’artillerie contre des postes frontière russes.

Le risque de guerre auquel fait face la classe ouvrière européenne et mondiale ne pourrait pas être plus net. Il faut partir du principe qu’une intervention russe en Ukraine – même si elle commençait par une opération «humanitaire», supposément pacifique – entrainera l’éclatement d’une guerre entre la Russie et l’Ukraine. Cela pourrait rapidement se développer en un conflit entre la Russie et l’OTAN, qui a renforcé ses forces dans toute l’Europe de l‘Est et en mer Noire depuis que la crise a éclaté.

La responsabilité principale de cette situation incombe aux puissances impérialistes en Amérique du Nord et en Europe. Elles ont soutenu les manifestations et le putsch de février menés par des forces fascistes qui ont fait tomber le président ukrainien prorusse Viktor Ianoukovitch. L’installation d’un régime violemment anti-russe directement à la frontière russe était calculée pour provoquer une opposition massive, en particulier en Ukraine orientale près de la Russie, où Ianoukovitch a son bastion, et appliquer une pression énorme sur le Kremlin.

L’hypocrisie des critiques américaines contre la mission «humanitaire» des Russes en Ukraine orientale est tout simplement ahurissante. Dans des pays où il y a eu bien moins de souffrances humaines et de sang répandu, Washington s’est donné le droit de bombarder et d’attaquer qui il voulait – notamment en attaquant la Libye en 2011, affirmant alors que c’était nécessaire pour éviter le risque d’une répression étatique contre un soulèvement appuyé par les États-Unis à Benghazi.

Rien de tout cela ne saurait donner un caractère progressiste aux actions du Kremlin et de l’oligarchie capitaliste dégénérée de la Russie. Incapable de s’adresser aux sentiments antiguerre de la classe ouvrière américaine, européenne et ukrainienne, et en fait hostile à une telle idée, elle tente uniquement de mobiliser l’opposition nationaliste russe à l’OTAN et au massacre commis par les fascistes ukrainiens. Ayant vu Kiev massacrer ses opposants, elle prépare maintenant sa propre intervention qui pourrait rapidement se développer en une guerre totale.

(Article original paru le 12 août 2014)