Ontario: Le gouvernement annonce encore plus d'austérité

Par Carl Bronski
12 juillet 2014

La première ministre de l'Ontario, Kathleen Wynne, tout de suite après la victoire de son Parti libéral en juin, a annoncé que les travailleurs du secteur public doivent s’attendre à des années de gels de salaire et d’autres concessions.

«Le budget que nous allons réintroduire dans les prochaines semaines», a dit Wynne aux journalistes, «est le même budget que nous avons présenté au début du mois de mai et il n’y a pas d’argent frais pour les salaires. Alors, les groupes ou les individus qui nous ont appuyés le savaient ou ils le savent maintenant.»

La dernière phrase de la déclaration de Wynne était dirigée directement vers les nombreux chefs syndicaux qui ont donné leur appui aux libéraux, un parti de la grande entreprise. Les chefs syndicaux avaient proclamé que leur budget préélectoral était le plus «progressiste» depuis des années.

Après avoir regagné une majorité parlementaire en se présentant cyniquement comme des défenseurs des services publics, Wynne et les libéraux vont maintenant mettre en oeuvre un programme de coupes massives dans les dépenses sociales et vont mener une campagne, qui est discutée depuis longtemps dans les coulisses du gouvernement, pour privatiser et sous-traiter les services publics tout en intensifiant leur programme de restrictions salariales.

Cela fut réitéré par Deb Matthews, celle que Wynne a choisie comme présidente du Conseil du Trésor. Matthews a dit au Globe and Mail qu’elle s’attend à ce que les syndicats «modèrent» leurs attentes. Cependant, s’ils rechignent devant les concessions demandées par le gouvernement, elle a dit qu’elle est prête à «les défier».

Le budget, que les libéraux ont présenté en mai et que les syndicats ont célébré comme étant le budget le plus «progressiste» depuis des décennies, stipule qu’il n’y aura pas d’augmentation dans les dépenses du gouvernement pendant trois ans à partir de 2015. Vu l’inflation et l’augmentation de la population, ce gel nominal des dépenses se traduira en des coupes réelles et généralisées par personne de 5,3% par année ou de plus de 16% d’ici 2018.

L’Ontario, tout comme Wynne s’en est vantée pendant la campagne électorale, est la province qui dépense le moins par personne dans les services publics et les programmes sociaux. De plus, après des années de baisses d’impôt pour la grande entreprise et les riches, l’Ontario recueille maintenant le plus bas montant par personne en revenu d’impôt par rapport à toutes les autres provinces. Cela entraîne des déficits «structurels» que la grande entreprise et l’élite politique invoquent régulièrement pour justifier encore plus de coupes dans les dépenses sociales.

Ce bilan des libéraux ainsi que leur objectif de coupes qui vont éclipser celles des conservateurs de Mike Harris des années 1990, n’ont pas dissuadé la Fédération du travail de l’Ontario (OFL) de faire campagne agressivement pour un vote «intelligent», c’est-à-dire prolibéral, le 12 juin. L’OFL et la Coalition des familles ouvrières – un groupe prolibéral créé à la fin des années 1990 par les Travailleurs canadiens de l’automobile, le syndicat des enseignants et d’autres syndicats – ont encouragé fortement les électeurs à voter «stratégiquement» dans le but d’empêcher le Parti progressiste-conservateur, très à droite, de Tim Hudak de prendre le pouvoir. Hudak a exigé la suppression de 100.000 emplois dans le secteur public et des coupes encore plus importantes que celles proposées par Wynne.

L’appel au vote «stratégique» voulait dire, pour les syndicats, de donner leur appui aux candidats libéraux et de mettre leur machine organisationnelle à leur disposition dans la plupart des circonscriptions électorales de la province, tout en appuyant les candidats sociaux-démocrates du Nouveau Parti démocratique (NPD) dans la vingtaine circonscriptions que le NPD détenait déjà ou dans les comtés où les candidats du NPD étaient les principaux rivaux des conservateurs.

Avant le déclenchement des élections, une bonne partie des autorités syndicales avaient fait pression sur le NPD pour qu’il continue de soutenir le gouvernement libéral minoritaire, comme il l’avait fait depuis 2011. Le président de l’OFL, Sid Ryan, tout comme son homologue Jerry Dias d’Unifor, le plus grand syndicat industriel du Canada, ont applaudi le budget 2014-2015 que les libéraux ont présenté le 1er mai en encourageant fortement le NPD d’assurer son adoption.

Avec enthousiasme, Ryan a décrit le budget comme un «budget du NPD» et Dias a prétendu qu’avec le «leadership de Kathleen Wynne et de la chef du NPD Andrea Horwath, l’Ontario a la possibilité de se reconstruire et de s’assurer que tous les Ontariens puissent prospérer».

Horwath a finalement choisi de ne pas écouter les syndicats et de retirer son appui au gouvernement minoritaire de Wynne parce qu’elle craignait que l’association étroite avec les libéraux se retourne contre elle au scrutin et que plusieurs électeurs en viennent à la conclusion correcte qu’il n’y avait rien de fondamentalement différent entre ces deux partis de la grande entreprise. Plus tôt ce printemps, Horwath avait eu des entretiens privés avec des représentants de la grande entreprise afin de les rassurer, selon le Globe and Mail, qu’elle était prête à faire «tout ce qu’il faut pour rééquilibrer les finances de la province en quatre ans – incluant de couper les dépenses gouvernementales et de ne pas reculer devant les syndicats du secteur public.»

Le chef du Syndicat des employés du service public de l’Ontario, Warren “Smokey” Thomas, a fait le même pari pendant les élections. Lors de la dernière ronde de négociations, Thomas avait accepté les demandes des libéraux pour que les salaires des fonctionnaires soient gelés sur deux ans. Mais, vu que les libéraux ont promis des baisses du salaire réel pendant des années pour les 120.000 membres du Syndicat des employés du service public de l’Ontario, le président a crû bon de se distancer de Wynne et de son gouvernement. Tant avant qu’après les élections, il a fait l’éloge d’Horwath et du NPD.

Lors d’une dispute avec le chef de l’OFL Sid Ryan et le chef d’Unifor Jerry Dias, Thomas a accusé ses collègues syndicalistes de «vendre leur âme» aux libéraux.

En référence à Ryan, Thomas a dit: «Le chef du mouvement ouvrier vient tout juste d’accepter un gel des salaires sur quatre ans.»

Thomas aurait préféré un autre gouvernement minoritaire libéral appuyé par le NPD ou une coalition formelle entre les libéraux et le NPD. Il a déclaré: «Nous allons vraiment regretter que les libéraux soient majoritaires. Kathleen Wynne en a trompé plusieurs dans le mouvement ouvrier.»

Dias, outré, a répondu en affirmant que l’appui des syndicats pour Wynne avait sauvé des «milliers» d’emplois des membres du Syndicat des employés du service public de l’Ontario. Il a aussi fait l’éloge des promesses vides de Wynne de ne pas décréter des restrictions salariales comme une preuve que son gouvernement serait un partenaire viable des syndicats.

Cherchant à détourner l’attention de l’empressement de son propre syndicat à collaborer avec les libéraux pour imposer l’austérité, incluant des coupes de salaires et des suppressions d'emplois dans le secteur public et le démantèlement des services publics, Dias a commenté sur une offre jusque-là peu connue. Celle-ci provenait du Syndicat des employés du service public de l’Ontario et d’un partenaire du secteur privé qui consistait en l'achat de la Régie des alcools de l’Ontario (mieux connue par son acronyme, LCBO, une société détenue par le gouvernement qui fait le commerce des vins et liqueurs) si le gouvernement décidait de le privatiser comme il l'avait annoncé. «La privatisation de LCBO, a dit Dias, voudrait dire que des milliers de membres du Syndicat des employés du service public seraient sans emploi – et les gens de l’Ontario perdraient un actif public de grande valeur. Où s’en va-t-on dans ce monde lorsque le chef du Syndicat des employés du service public appelle secrètement à la privatisation?»

La réalité est que toutes les sections de la bureaucratie syndicale et du NPD ont été complices dans l’imposition de concessions contre les travailleurs des secteurs publics et privés et dans le démantèlement des services publics.

Le NPD – et même la presse capitaliste l’a noté – a mené la campagne électorale la plus à droite de son histoire. Horwath a égalé la promesse des libéraux d’éliminer le déficit budgétaire annuel de 12 milliards $ d’ici 2017 et d’établir un nouveau poste de cabinet dédié à trouver au moins 600 millions $ en coupes additionnelles chaque année. Incapable et sans volonté de se différencier du passé antiouvrier et d’austérité des deux partis de la grande entreprise, le NPD a concentré sa campagne sur les dénonciations de la «corruption» des libéraux et du «gaspillage» gouvernemental.

(Article original paru le 3 juillet 2014)