Le gouvernement péquiste intensifie les mesures d’austérité exigées par la grande entreprise

Par Keith Jones
8 mars 2014

Le gouvernement minoritaire du Parti québécois a présenté un budget d’austérité le mois dernier dans le but de rallier le soutien de la grande entreprise pour remporter une majorité parlementaire lors d’une possible élection ce printemps. Le budget engage le gouvernement à des années de coupes dans les dépenses sociales et impose des hausses importantes dans les tarifs d’électricité et les garderies, tout en maintenant les taux d’imposition pour la grande entreprise, les riches et les super-riches aux niveaux les plus bas historiquement. Le gouvernement péquiste s’engage à limiter la hausse annuelle dans les dépenses de programmes à seulement 2 pour cent par an pour les trois prochaines années. En raison de l’inflation et de la croissance de la population, il s’agit d’une coupe significative dans les dépenses par habitant dans des conditions où les services publics et les infrastructures ont déjà été ravagés par des années de volonté d’atteinte du «déficit zéro» tant sous le PQ que sous le Parti libéral. Pour l’année à venir, le gouvernement réduira de 0,8 pour cent ses dépenses totales pour tous les programmes autres que les soins de santé et l’éducation.

Au même moment, les tarifs d’électricité (la majorité des Québécois utilisent l’électricité pour chauffer leur maison) augmenteront de presque 6 pour cent dans la prochaine année et les frais de garderie augmenteront de 20 pour cent d’ici septembre 2015.

Le ministre des Finances Nicholas Marceau a aussi averti que le gouvernement adoptera la ligne dure dans les négociations avec les travailleurs de la fonction publique de la province, exigeant probablement des coupes dans les retraites et d’autres acquis. Les contrats pour près d’un demi-million de fonctionnaires, d’enseignants, d’employés de soutien dans les écoles, d’infirmières et de travailleurs hospitaliers expirent en mars 2015.

Même si Marceau s’est vanté de la détermination du gouvernement à imposer la discipline fiscale, il a affirmé avec cynisme que le PQ pouvait «restreindre» les dépenses gouvernementales sans qu’il n’y ait d’impact sur les services publics. Dans le but de dissimuler l’ampleur des coupes à venir, le PQ a rompu avec la tradition et n’a pas présenté ses prévisions de dépenses départementales avec son budget.

La première ministre Pauline Marois et le Parti québécois ont signalé depuis des semaines qu’ils avaient l’intention de tenir des élections. Il y a deux raisons pour lesquelles le PQ pro-indépendance était impatient de déclencher des élections. Premièrement, il souhaite aller aux urnes avant que sa dernière série de coupes budgétaires prenne effet et avant que l’économie du Québec ne se dégrade davantage. Au cours de la période de douze mois qui a pris fin en janvier 2014, seulement dix milles nouveaux emplois, tous à temps partiel, ont été créés au Québec, laissant la province avec un taux de chômage officiel de 7,5 pour cent.

Deuxièmement, le PQ espère tirer profit de la campagne chauvine autour de sa «Charte des valeurs québécoises» qu’il a menée avec le soutien des quotidiens et tabloïds de droite. Le PQ a alimenté l’animosité contre les immigrants et les minorités religieuses dans le but de détourner l’attention de son programme d’austérité, polarisant ainsi l’électorat et se présentant comme le «défenseur» de la majorité francophone du Québec.

Selon le projet de loi 60 du PQ, il sera interdit aux 600,000 travailleurs de la fonction publique et parapublique de la province, sous menace de renvoi, de porter tout symbole religieux «ostentatoire» et de couvre-chef (comme le turban, la kippa ou le foulard). De plus, les femmes musulmanes qui portent le voile intégral ne pourront recevoir de services publics, y compris l’éducation et les soins de santé, sauf en cas d’«urgence».

Le PQ affirme que le projet de loi 60 défend la laïcité et protège le droit des femmes. Cette affirmation est fausse et hypocrite. Les femmes musulmanes, comme plusieurs critiques l’ont noté, constituent le plus important groupe menacé de perdre leur emploi dans la fonction publique. De plus, le projet de loi 60 a été rédigé de façon à permettre le port du crucifix et de protéger, au nom de l’«héritage» québécois, les symboles catholiques qui abondent dans la sphère publique.

Le PQ affirmera qu’il a besoin d’une majorité à l’Assemblée nationale pour adopter les projets de loi 60 et 14. Ce dernier, que le PQ a abandonné en automne dernier faute de soutien parlementaire, élargirait la portée les dispositions de la Charte de la langue française (loi 101) aux entreprises de 26 à 49 employés, les forçant à utiliser le français dans toutes communications internes. Il restreindrait aussi le droit des francophones de souche de fréquenter un cégep (collèges préuniversitaires et techniques) anglophone et permettrait au gouvernement de retirer plus facilement le statut de ville «bilingue» aux municipalités qui ont traditionnellement accueilli un grand nombre d’anglophones.

Les sondages indiquent que le PQ a été capable d’accroître son soutien populaire d’environ 30 pour cent à 40 pour cent (assez pour remporter la majorité parlementaire selon le scrutin majoritaire uninominal à un tour) en détournant le support pour le parti de droite Coalition Avenir Québec (CAQ).

Le principal parti d’opposition, le Parti libéral (PLQ), est identifié à la grande entreprise. En 2012, le gouvernement libéral de Jean Charest a utilisé une répression étatique sans précédent, y compris des arrestations de masse, l’armement des policiers avec des balles de caoutchouc, et l’adoption d’une loi digne d’un État policier (loi 78) dans le but de briser la grève militante des étudiants de cégeps et d’universités à travers la province. Les libéraux étaient déterminés à imposer une hausse des frais de scolarité dans le cadre de leur tentative d’imposer le principe réactionnaire d’«utilisateur-payeur» pour les services publics.

La campagne du PQ autour de sa Charte des valeurs a créé de la confusion dans les rangs des libéraux fédéralistes. Le chef du parti, Philippe Couillard, a initialement affiché sa vigoureuse opposition, jurant qu’il faudrait lui «passer sur le corps» pour adopter la charte. Mais après des mois de lutte à l’intérieur du parti, les libéraux ont adopté une politique qui, à certains égards, est encore plus anti-musulmans que celle du gouvernement et ont attaqué le PQ pour avoir (apparemment) voulu abolir la religion de la sphère publique. (Voir : Québec: les libéraux alimentent la campagne antidémocratique du PQ autour de sa charte)

Toutefois, c’est aux syndicats et au parti de la pseudo-gauche Québec solidaire que revient la principale responsabilité pour le fait que le PQ est positionné pour remporter un gouvernement majoritaire, et ce en ayant recours à une campagne réactionnaire nationaliste et anti-immigrants.

Pendant des décennies, les syndicats pro-capitalistes ont subordonné politiquement la classe ouvrière au Parti québécois et l’ont systématiquement divisée des autres travailleurs du reste du Canada, tout en promouvant le projet politique réactionnaire d’une section de la bourgeoisie québécoise de créer une République du Québec qui serait un partenaire au sein de l’OTAN, NORAD et l’ALENA.

Craignant que la grève étudiante de 2012 ne devienne le catalyseur d’une contre-offensive de la classe ouvrière contre le programme d’austérité de la grande entreprise, les syndicats, avec le slogan «Après la rue, les urnes», l’ont étouffée et ont détourné l’opposition à Charest derrière le PQ.

Dans cette manœuvre, les syndicats ont été assistés de Québec solidaire (QS), un parti pro-indépendance qui se dit de «gauche». En juin 2012, QS avait proposé au PQ de former une alliance électorale et, juste quelques jours avant l’élection provinciale de septembre 2012, avait annoncé qu’il soutiendrait le gouvernement péquiste pendant au moins un an s’il détenait la balance du pouvoir dans un gouvernement minoritaire, sans exiger un seul engagement politique.

Comme les syndicats, QS a légitimé le projet de loi 60 antidémocratique du PQ en appuyant la fausse affirmation que les «valeurs québécoises» sont menacées par des minorités religieuses et en présentant sa propre proposition, légèrement moins draconienne, pour une «Charte de la laïcité». QS appuie le refus d’offrir des services publics aux femmes voilées, mais affirme que l’interdiction des symboles religieux ne devrait être appliquée qu’aux juges, policiers et autres représentants de l’État ayant un pouvoir coercitif.

Pendant des décennies, le PQ a mis en œuvre des mesures d’austérité et utilisé des lois draconiennes pour criminaliser les luttes ouvrières et imposer des coupes. Toutefois, tant la bureaucratie syndicale que QS affirment avoir été choqués et déçus par le budget d’austérité.

Camouflant le fait que le PQ n’est pas moins un parti de la grande entreprise que les libéraux ou que les conservateurs de Stephen Harper, le député de QS Amir Khadir a critiqué le PQ pour avoir «cédé» à la pression du patronat. «Après toutes les promesses électorales qu’il a faites en 2012, nous aurions pu nous attendre à ce que le PQ démontre une plus grande indépendance face à l’élite patronale et ses puissants groupes de pression et pense d’abord à la classe moyenne», s’est plaint Khadir.

(Article original paru le 26 février 2014)