Élections québécoises: les enjeux pour la classe ouvrière

Par Guy Charron
19 mars 2014

Il y a 18 mois, les syndicats, Québec solidaire et les associations étudiantes accueillaient l’élection du PQ comme une «victoire» apportée par la grève étudiante de 2012. Le Parti de l’égalité socialiste expliquait, quant à lui, que c'était «le moyen utilisé par l’élite dirigeante pour détourner l'opposition populaire dans des voies inoffensives pour l’ordre établi».

Le bilan d’à peine 18 mois de gouvernement péquiste ne laisse aucun doute sur laquelle des deux analyses était exacte. Parmi les faits saillants d’une longue liste de mesures de droite du PQ, on note l’augmentation des frais de scolarité, une loi anti-grève contre les travailleurs de la construction et des compressions budgétaires de centaines de millions dans la santé et l’éducation, les pires depuis une vingtaine d'années.

Dans un signal clair à la grande bourgeoisie qu'il est prêt à intensifier son assaut sur les travailleurs, le PQ a choisi comme candidat-vedette dans le comté de St-Jérome nul autre que le milliardaire Pierre-Karl Péladeau – un ultra-droitiste qui utilise depuis des années son empire médiatique pour faire la promotion des mesures les plus réactionnaires. Parmi celles-ci, figure la «charte des valeurs québécoises» mise de l'avant par le gouvernement Marois pour détourner la colère populaire face à ses mesures d'austérité en attisant les conflits ethniques sous couvert d’égalité entre les hommes et les femmes.

Pourquoi ce sombre hiver de réaction sociale alors qu’il y a deux ans seulement, le printemps québécois ravivait tous les espoirs? La réponse à cette question est vitale pour préparer les grandes luttes sociales à venir, peu importe la composition du prochain gouvernement.

Les centrales syndicales portent la principale responsabilité pour la défaite de la grève étudiante du printemps 2012, qui avait le potentiel de déclencher une contre-offensive unifiée des jeunes et des travailleurs contre la destruction des emplois et le démantèlement des services publics.

Les dirigeants syndicaux ont tout fait en leur pouvoir pour empêcher que les travailleurs se joignent aux étudiants. Lorsque le gouvernement Charest a adopté le projet de loi 78 (devenue loi 12) qui interdisait les manifestations et visait à faire des enseignants des briseurs de grève, les dirigeants syndicaux ont indiqué qu’ils s’y conformeraient entièrement. Le président de la FTQ, Michel Arsenault, est allé jusqu'à écrire officiellement aux syndicats hors Québec pour exiger qu'ils cessent tout appui aux étudiants. Pendant ce temps, la FTQ et les autres syndicats menaient une campagne active pour faire élire le PQ sous le slogan: «Après la rue, les urnes».

Depuis les années 80, les syndicats acceptent l’élimination des emplois, les diminutions salariales et autres attaques sur les conditions de travail et le niveau de vie de la classe ouvrière en échange de positions et d’avantages pour la bureaucratie syndicale. Le Fonds de solidarité, géré par les dirigeants de la FTQ et valant aujourd'hui 9 milliards de dollars dont plus des deux tiers sont investis dans 2400 compagnies du Québec, est un exemple de ce virage.

Le rôle que les syndicats ont joué dans la grève étudiante de 2012 était tout à fait en ligne avec celui qu’ils ont joué en 1996 en donnant leur plein appui au «déficit zéro» du gouvernement péquiste de Lucien Bouchard au nom de la compétitivité du Québec; puis en 2003-04 en étouffant le mouvement d’opposition des travailleurs contre Charest au nom de la paix sociale; et également en 2005, en étranglant la précédente grande grève étudiante.

Quant aux associations étudiantes, les dirigeants de la FEUQ et de la FECQ ont agi comme les plus proches alliés des syndicats et du PQ. (Ils ont été récompensés en conséquence, Léo Bureau-Blouin de la FECQ se faisant élire comme député péquiste à l'élection de 2012, et Martine Desjardins de la FEUQ se présentant cette année comme candidate pour le PQ).

De son côté, la CLASSE, la plus militante des associations étudiantes, s'est contentée de faire pression sur le gouvernement Charest sur la seule question des frais de scolarité. Rejetant la perspective que les étudiants doivent se tourner vers les travailleurs, la seule force sociale capable d'offrir une alternative progressiste à l'austérité capitaliste, ses dirigeants n'ont fait aucun effort pour mobiliser les travailleurs indépendamment des syndicats, et ont vite abandonné leur timide appel à une «grève sociale» devant la fin de non-recevoir des chefs syndicaux.

La CLASSE a embrassé le nationalisme québécois en restant dans le cadre de la politique provinciale, bien que le programme de droite des libéraux n'était que la version québécoise des mesures anti-ouvrières appliquées partout au Canada et sur une échelle internationale. En fin de compte, la CLASSE a participé au détournement de la grève étudiante derrière le Parti québécois, son principal porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois appelant à la «défaite des néo-libéraux» et du gouvernement Charest.

Le parti supposément «de gauche» Québec solidaire a joué un rôle clé pour légitimer la campagne visant à remplacer les libéraux par les péquistes. En discussion constante depuis des années avec le PQ pour former une alliance électorale, QS a offert aux élections de 2012 son soutien inconditionnel à un éventuel gouvernement péquiste minoritaire.

Selon Québec solidaire et les syndicats, le PQ est progressiste parce qu’il est indépendantiste. Ils veulent tous cacher le fait que la formation d’un autre État capitaliste en Amérique du Nord est un projet d’une section de la bourgeoisie québécoise, qui espère attirer le capital international par un faible niveau de taxes (en démantelant ce qui reste de l'État-providence), tout en alignant la politique gouvernementale encore plus directement sur ses intérêts économiques et géopolitiques.

Pour s'opposer à l'austérité capitaliste, il faut rejeter autant le nationalisme québécois que le nationalisme canadien. Les travailleurs français, anglais et immigrés du Canada doivent mener une lutte unifiée pour un gouvernement ouvrier qui réorganisera la production sur la base des besoins sociaux, et non les profits d'une minorité. Nous appelons tous les jeunes et les travailleurs en accord avec ce programme à participer à notre conférence publique du 20 mars et à prendre la décision cruciale d'adhérer au Parti de l’égalité socialiste.