La Grèce et Detroit – une nouvelle étape de la contre-révolution sociale

Par Stefan Steinberg
29 juillet 2013

Cette semaine a vu une nouvelle série de licenciements massifs chez les travailleurs du secteur public en Grèce. Lundi, 2000 enseignants ont été suspendus de leur emploi et 2500 travailleurs de la santé ont reçu une notification de leur transfert vers un plan de « mobilité du travail » lié aux mesures d'austérité, soit une courte période de placard avant le chômage. L'objectif est de pousser 27.000 travailleurs dans ce plan de mobilité d'ici la fin de l'année. La plupart de ces travailleurs vont rejoindre les 15.000 employés du secteur public déjà mis au chômage ou licenciés au cours des six premiers mois de l'année.

L'objectif total de ces réductions d'effectifs en cours, décidées par l'Union européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne est de 150.000 d'ici 2015.

La suppression de la garantie de l'emploi pour les travailleurs du secteur public en Europe fait partie d'une offensive du capital financier contre la classe ouvrière. Elle intervient au moment même où, aux États-Unis, la ville de Detroit a été placée en faillite par l'administrateur d'urgence Kevyn Orr, qui se prépare à tailler dans les retraites et à vendre les biens de la ville. De par le monde, l'élite financière considère tous les droits sociaux gagnés par la classe ouvrière dans des luttes âpres comme un obstacle intolérable à ses profits et à sa richesse.

Athènes a accédé, la semaine dernière, aux exigences de la banque internationale et de la troïka de licencier 27.500 employés publics, quand le chômage en Grèce dépasse déjà 30 pour cent. Ils perdront les droits à la santé et à la retraite. 40 pour cent de la population grecque a déjà perdu son droit à l'assurance santé, après sept budgets d'austérité passés en quatre ans. L'UE a demandé que les travailleurs handicapés soient incorporés dans les objectifs du plan de mobilité.

Le ministre de la Fonction publique Kyriakos Mitsotakis, qui travaillait par le passé pour l'agence de consultants McKinsey, entreprise bien connue pour ses activités de liquidation des actifs d'entreprises en difficulté, s'occupe des licenciements.

Dans le cas de la Grèce comme de Detroit, les travailleurs sont bombardés d'une propagande disant que le pays et la ville sont en faillite et que l'Etat ne peut plus se permettre de verser un salaire suffisant pour vivre et des aides sociales. C'est un mensonge pernicieux !

Quand il a été question de renflouer les banques en 2008, Washington et les capitales européennes ont pu mobiliser des milliers de milliards du jour au lendemain pour couvrir les pertes spéculatives de Wall Street et des grandes banques européennes. Maintenant, les marchés financiers de Wall Street et d'Europe occidentale s'envolent, et les grandes banques des deux côtés de l'Atlantique affichent des profits proches de leurs records.

La seule manière d'aller de l'avant pour la classe ouvrière est une reprise des luttes de classes combatives par lesquelles les droits sociaux, qui sont maintenant attaqués, furent originellement gagnés. Aux États-Unis, le droit à un salaire décent, à des droits sociaux et à l'assurance-santé a été arraché aux employeurs au cours d'âpres luttes des classes qui ont commencé dans les années 1930 et qui souvent étaient menées par des travailleurs à l'esprit socialiste.

Les réussites sociales obtenues par les travailleurs européens après la Deuxième Guerre mondiale ont été concédées à contrecœur par une classe dirigeante profondément discréditée par le soutien qu'elle avait apporté au fascisme et qui craignait que, en raison du prestige de la Révolution d'octobre dans la classe ouvrière, des luttes de classes de plus en plus fortes ne se transforment en une révolution.

En Grèce, ce fut la résistance décisive de la classe ouvrière qui entraîna la chute de la junte militaire en 1974 et qui força le gouvernement PASOK qui suivit à faire des concessions majeures, en particulier une expansion significative de l'emploi dans le secteur public.

S'il a été possible à l'élite financière et à ses sbires politiques de Washington, Bruxelles, et Athènes d'attaquer ces acquis, c'est à cause du rôle réactionnaire des partis de la pseudo-gauche et des vieilles bureaucraties travaillistes qu'ils soutiennent. Ils ont réagi à la reprise des luttes ouvrières après 1968 et au développement de la mondialisation en s'alignant sur les employeurs et sur les banques.

Après l'effondrement de l'URSS et des régimes staliniens d'Europe de l'Est, ils ont rejeté tout lien, aussi ténu soit-il, qu'ils pouvaient encore avoir avec les idées socialistes.

Depuis des décennies maintenant, le syndicat United Auto Workers répète sa litanie que les concessions aux patrons et la confiance dans le Parti démocrate sauveraient Detroit du pire. En Grèce, les syndicats ont promu les illusions que des grèves de protestation inoffensives, dont un grand nombre de grèves nationales d'une journée, encourageraient le gouvernement grec à entendre raison à et faire marche arrière sur l'austérité.

La classe ouvrière, aux États-Unis et en Europe, doit tirer ses propres conclusions et orienter ses luttes en s'appuyant sur une perspective révolutionnaire indépendante.

Elle ne peut placer aucune confiance dans les syndicats, dans les partis bourgeois "de gauche" comme le Parti démocrate aux États-Unis, ou le parti social-démocrate en Europe, ni dans les organisations de la pseudo-gauche comme le parti SYRIZA en Grèce. SYRIZA prétend que, en collaboration avec l'Union européenne et les banques, il est possible de réorganiser l'austérité d'une manière moins brutale.

Le contexte est prêt pour de nouveaux conflits de classes explosifs. Bien conscientes que des attaques aussi frontales contre les droits sociaux fondamentaux sont incompatibles avec les droits démocratiques, les élites dirigeantes passent à des méthodes autoritaires d'exercice du pouvoir. Cela a été confirmé encore récemment par des documents publiés par Edward Snowden, révélant que les Etats européens ont développé leurs propres méthodes de surveillance comparables à celles de la NSA américaine.

Les traditions socialistes du passé doivent être ravivées pour préparer la résistance des travailleurs aujourd'hui. Il n'existe qu'une seule tendance politique sur la planète qui représente cette continuité de la lutte pour l'internationalisme socialiste : les Partis de l'égalité socialiste (Socialist Equality Party, SEP) de par le monde, et leur voix politique, le World Socialist Web Site.

Aujourd'hui, le SEP des États-Unis lutte pour mobiliser les travailleurs de Detroit et de tout le pays. En Allemagne, le SEP a placé une campagne paneuropéenne pour la défense des emplois au cœur de sa campagne pour les élections fédérales de septembre. Nous encourageons fortement les travailleurs et les jeunes à étudier notre site web et à contribuer à la construction d'une nouvelle direction révolutionnaire dans la classe ouvrière.

(Article original paru le 27 juillet 2013)