Canada : Pour signifier qu’il est «prêt à gouverner», le NPD jette la lumière sur ses similarités avec Obama

Par Keith Jones
26 avril 2013

L’opposition officielle au Canada et allié des syndicats, le Nouveau Parti démocratique (NPD), a profité de son récent congrès pour montrer qu’il était «prêt à gouverner» en adoptant des politiques «pragmatiques», en «modernisant» son discours et en soulignant les similarités qui existaient entre le NPD et d’autres partis «progressistes» comme les démocrates de Barack Obama et le Parti travailliste australien.

Autrement dit, les sociaux-démocrates du Canada ont utilisé ce congrès pour démontrer une fois de plus à la classe dirigeante qu’ils pourraient remplacer le Parti libéral – un parti qui a recours aux paroles creuses de justice sociale et d’égalité des chances pour masquer son programme d’austérité sociale et de guerre impérialiste – en tant que parti de gouvernance «de gauche».

Lors du congrès, le chef du NPD au niveau fédéral, Thomas Mulcair, a été confirmé dans son rôle par 92,3 pour cent des délégués. Muclair qui était ministre du Parti libéral du Québec de 2003 à 2006, a jonglé en 2007 avec l’idée de rejoindre les conservateurs de Stephen Harper avant d’accepter plutôt le poste de lieutenant pour le Québec sous Jack Layton, le chef du NPD à cette époque.

Dans un discours adressé au congrès, Mulcair a fait des critiques pour la forme sur la croissance de l’inégalité sociale et l’assaut du gouvernement conservateur sur l’assurance-emploi et les droits des travailleurs. Il va sans dire qu’il a oublié de mentionner qu’il avait voté avec les libéraux du Québec pour imposer une convention collective d’une durée de sept ans à un demi-million de travailleurs du secteur public, réduisant les salaires réels et pour faciliter la sous-traitance.

Pour prouver qu’il était prêt à gouverner de manière responsable, le NPD a dressé le bilan des gouvernements néodémocrates provinciaux, affirmant qu’ils avaient établi un modèle de «bonne administration publique». En fait, les gouvernements provinciaux du NPD des deux dernières décennies portent leur part de responsabilité quant à la croissance de l’inégalité sociale et de l’insécurité économique. Ils ont réduit les dépenses publiques, augmenté les frais aux usagers pour les services gouvernementaux, imposé des baisses de salaire aux travailleurs du secteur public et offert d’importantes baisses d’impôt et autres avantages au patronat.

Mulcair a personnellement promis qu’un gouvernement fédéral du NPD n’allait pas augmenter l’impôt sur les revenus personnels ou sur les gains en capitaux des riches et qu’il allait respecter la promesse des conservateurs d’éliminer le déficit budgétaire annuel d’ici l’exercice financier 2015-16.

Mulcair s’est vanté que le succès électoral inattendu du NPD au Québec (le parti avait remporté 59 des 75 sièges de la province lors des élections fédérales de 2011), avait renforcé les forces fédéralistes, soulignant ainsi que le NPD est du côté de la classe dirigeante canadienne dans sa partie de bras de fer réactionnaire avec la faction de l’élite québécoise qui favorise la création d’une république capitaliste québécoise indépendante. Bien sûr, toutes les sections du patronat au Québec et au Canada s’entendent sur la nécessité de rejeter le fardeau de la plus grande crise du capitalisme depuis la Grande Dépression sur la classe ouvrière. Dans son discours, Mulcair s’est implicitement opposé aux demandes faites au sein de son parti et par ses alliés syndicaux pour une alliance électorale avec les libéraux en promettant que le NPD allait présenter des candidats dans les 338 circonscriptions aux élections de 2015. Mais lorsqu’on lui a parlé en marge du congrès de la possibilité d’une alliance avec les libéraux, Mulcair a dit que, parce que le NPD «avait établi comme priorité de remplacer Stephen Harper», il avait tenté d’établir une coalition avec les libéraux en 2008 – une coalition dans laquelle le NPD aurait été le partenaire junior d’un gouvernement voué à la responsabilité financière, à la mise en œuvre d’un plan libéral-conservateur de baisse d’impôts de 50 milliards $ et à la poursuite de la guerre en Afghanistan.

En Ontario, le NPD en déjà en alliance avec le Parti libéral : il maintient au pouvoir un gouvernement libéral minoritaire qui a réduit les dépenses sociales de plusieurs milliards et imposé par décret des contrats de concessions aux enseignants de la province.

Déjà sous Layton, et maintenant Mulcair, le NPD a souligné combien il était proche du Parti démocrate américain. La direction du NPD n’a que des louanges à donner à l’administration démocrate de Barack Obama – une administration qui est venue à la rescousse de l’aristocratie financière, qui a amputé les dépenses sociales de billions de dollars, qui a mené des guerres prédatrices en Asie centrale et au Moyen-Orient et qui a intensifié l’assaut de l’administration Bush sur les droits démocratiques en s’arrogeant entre autres le droit d’assassiner sommairement des citoyens américains à l’aide de drones.

Le NPD a aussi développé d’étroits liens organisationnels avec les démocrates. Le directeur national de la campagne «Obama for America», Jeremy Byrd, était l’un des principaux conférenciers du congrès. Il y avait aussi l’ancien conseiller de Clinton et économiste Joseph Stiglitz, l’entrepreneure Ruma Bose ainsi qu’un membre important du gouvernement du Parti travailliste d’Australie (ALP), le ministre de l’Emploi et des Relations en milieu de travail, Bill Shorten.

L’ALP a mené toute une série de restructurations capitalistes qui ont entraîné la privatisation de vastes pans du système de santé, des diminutions de salaire et une croissance marquée du recours à la sous-traitance. Il a récemment adopté une loi qui criminalise presque tout mouvement de revendication des travailleurs. Le gouvernement de l’ALP joue aussi un rôle important dans les préparatifs de guerre contre la Chine de l’administration Obama. Il a autorisé que des troupes américaines soient déployées en Australie.

Le précédent préambule de la constitution du NPD ne l’a jamais empêché, lui et ses alliés des syndicats, de réprimer systématiquement la lutte des classes en votant pour des lois antigrève, en réduisant les dépenses sociales ou en appuyant la participation du Canada dans des guerres impérialistes, que ce soit en Afghanistan, en Libye ou au Mali.

Néanmoins, la direction du parti était déterminée à s’en débarrasser pour démontrer encore une fois son orientation de plus en plus à droite. Dans un éditorial publié avant le congrès, le Globe and Mail, le porte-parole traditionnel de l’élite financière canadienne, soutenait que «Les racines du NPD, telles que définies dans sa présente constitution, sont plantées dans une terre empoisonnée et elles doivent être absolument abandonnées.»

Les grands médias ont écrit beaucoup sur la supposée lutte pour défendre le caractère «socialiste» du NPD menée par des groupes faussement socialistes comme Socialist Caucus ou Fightback. Ces organisations sont tolérées par la direction du NPD, car elles s’efforcent systématiquement de garder les travailleurs sous sa domination politique et celle des syndicats procapitalistes, défendant ainsi ceux qui imposent l’austérité et les gendarmes qui gardent le contrôle sur la classe ouvrière. À la suite de leur défaite, les groupes de la pseudo-gauche se sont rapidement réconciliés avec le NPD, annonçant qu’ils allaient appuyer ce parti et Mulcair lors des prochaines élections. Barry Weisleder, le dirigeant de Socialist Caucus, a déclaré : «Ce serait de la folie que d’abandonner ce parti aux mains de ceux qui accueillent le capitalisme en crise.» En d’autres mots, Weisleder et compagnie veulent continuer d’offrir la couverture politique dont le NPD a désespérément besoin et ainsi étouffer la résistance grandissante de la classe ouvrière.

(Article original paru le 17 août 2013)