Appel à l'action

Il faut refuser la dictature des banquiers à Detroit !

Par Le Parti l'égalité socialiste
13 avril 2013

Le parti de l'égalité socialiste appelle les travailleurs et les jeunes de la région de Detroit à se mobiliser pour s'opposer à l'administrateur d'urgence [Emergency Financial Manager - EFM] nouvellement nommé et aux projets de mener une nouvelle série d'attaques dévastatrices contre la classe ouvrière. 

Kevyn Orr n'a pas été installé pour « sauver » Detroit, mais pour la détruire. Pour une période indéfinie, il peut édicter des règlements, remplacer tous les représentants élus, déployer la police, rompre des contrats et prendre à son compte tous les pouvoirs du conseil municipal. Il se servira de ces pouvoirs dictatoriaux pour détruire les salaires et les aides sociales des travailleurs de la ville, fermer des services essentiels et vendre les biens publics comme le réseau d'eau, le zoo et les musées. 

Tout peut être supprimé. Tous les contrats passés n'ont plus aucune valeur, sauf pour une chose : Orr est nommé pour s'assurer que les dettes de la ville sont payées entièrement et que les banques et les riches détenteurs d'obligations récupèrent tout leur argent. Cette exigence fait partie de la loi qui encadre l'action des administrateurs d'urgence. Ce n'est pas par hasard que son précédent cabinet juridique – Jones Day – travaille pour Bank of America, UBS et JP Morgan Chase, ces mêmes compagnies de Wall Street qui ont tondu la ville depuis 2005 à hauteur de 474 millions de dollars pour rembourser la dette. 

Ce qui arrive à Detroit est un crime social, et il servira de modèle dans tout le pays. La fermeture des écoles publiques, les coupes dans les services de pompiers et d'ambulances ainsi que les coupures de l'électricité et du gaz ont déjà produit des tragédies. Une nouvelle série de coupes éliminerait tout ce qu'il reste de protection sociale et condamnerait des milliers de gens à une fin rapide. 

Mais tout cela n'est d'aucun intérêt pour les grandes banques ou les hommes politiques qui leur servent de façade. Que ce soient le gouverneur républicain Rick Snyder, le trésorier de l'Etat Andy Dillon ou le maire Bing et tout le conseil municipal, ils sont tous du même avis pour faire payer à la classe ouvrière la crise économique que nous n'avons pas créée. Le conseil municipal et les syndicats, tout en se posant en adversaires de l'administrateur d'urgence, insistent pour dire qu'ils feraient mieux que lui ce travail d'attaque des travailleurs et de démantèlement de la ville. 

L'installation de cet EFM non-élu est une parodie de démocratie. En novembre, les électeurs du Michigan ont voté non au Public Act 4 qui devait accorder aux EFM des pouvoirs étendus. « Au diable les souhaits du peuple ! » ont alors décidé les représentants politiques des banques et des grands groupes. Le gouvernement de l'Etat du Michigan a promptement fait voter une nouvelle loi, pratiquement la même que celle qui venait d'être rejetée. 

L'unique section de la population qui n'a pas eu son mot à dire pour déterminer l'avenir de Détroit, c'est la grande majorité : la classe ouvrière – employés et chômeurs, noirs et blancs, jeunes et vieux, qu'ils soient de Detroit même ou de l'agglomération. Il est temps pour les travailleurs de se dresser et de présenter notre propre solution.

Une crise mondiale

Ce qui arrive à Detroit est l'expression de la crise du système capitaliste ainsi que du déclin et du parasitisme de l'élite dirigeante américaine. Au cours des trente dernières années, la classe capitaliste a systématiquement fermé les industries essentielles et détourné les investissements vers la bourse, les marchés dérivés et autres arnaques financières, qui ne produisent rien d'autre que des profits massifs pour les super-riches. 

En 2008, la bulle spéculative de Wall Street a éclaté. La réaction de Bush puis de Obama a été d'accorder des milliers de milliards de dollars aux banques. Pas un seul banquier n'est allé en prison pour ses crimes. Au contraire, les profits des grandes entreprises, les cours de la bourse et les salaires des dirigeants ont été entièrement rétablis, et l'inégalité sociale a grimpé à son plus haut niveau depuis la grande dépression des années 1930. 

Dans tout le pays et dans le monde entier, la situation est la même : de la fermeture des écoles publiques à Chicago, Philadelphie et New York, jusqu'aux coupes dans les programmes Medicare (santé pour les personnes âgées), Medicaid (santé pour les plus démunis), et de sécurité sociale (assurance vieillesse et chômage), effectuées par les Démocrates et les Républicains à Washington, jusqu'à l'imposition de conditions dignes de la dépression à la Grèce et à Chypre. 

En Europe, comme à Detroit, l'élite financière a de plus en plus recours à des formes de pouvoir dictatoriales pour faire appliquer des mesures auxquelles la population est opposée dans sa très grande majorité. Les économies des travailleurs et de la classe moyenne sont menacées de saisie, les retraites leur sont volées, les systèmes de santé et d'enseignement public sont démantelés et toujours plus d'argent est investi dans les comptes en banque de l'aristocratie financière. 

Il faut former des comités d'action dans chaque usine et chaque quartier !

Une riposte est nécessaire. Le Parti de l'égalité socialiste appelle à la formation de comités d'action des travailleurs sur chaque lieu de travail, chaque quartier et chaque école pour donner une expression authentique à la volonté de démocratie du peuple. La ville et ses biens devraient appartenir à la classe ouvrière, la vaste majorité de la population, et non aux spéculateurs de Wall Street. 

Il faut former des comités d'action parmi les employés de la ville, les travailleurs de l'automobile, les pompiers, les enseignants, les travailleurs de la santé, dans les zones ciblées pour les fermetures d'écoles, dans les lycées et les campus universitaires de toute la région. Ces comités devraient coordonner la lutte contre les réductions de salaires et contre l'abandon des services publics, ils devraient construire l'impulsion vers une grève générale de tous les travailleurs. 

Il faut rejeter toutes les coupes ! Il faut refuser la dette !

Une lutte doit s'appuyer sur un programme politique et une perspective clairs. Cela commence par le rejet de l'affirmation des représentants des riches selon laquelle la population de Detroit, la grande ville la plus pauvre des États-Unis, aurait soi-disant « vécu au-dessus de ses moyens. » L'affirmation qu'il n'y a pas d'argent pour les services sociaux fondamentaux, les retraites et les emplois est un mensonge méprisable. Les neuf milliardaires de cet Etat ont un capital net d'impôts de 24 milliards de dollars, soit près de 75 fois le déficit budgétaire de la ville. Cela inclut des gens comme Mike Ilitch (2,7 milliards), propriétaire des pizzas Little Ceasars et Daniel Gilbert (1,9 milliard), qui ont acheté des terrains à des prix sacrifiés dans l'espoir de profiter des mesures de l'administrateur d'urgence. Les milliardaires essaient de transformer le centre ville de Detroit en terrain de jeu pour les riches, pendant qu'on laisse de grandes parties de la ville s'enfoncer encore plus dans la pauvreté et le délabrement. 

En plus du renflouement des banques, Bush et Obama ont gaspillé une somme estimée à 6 000 milliards de dollars dans les guerres d'Afghanistan et d'Irak. Pendant ce temps, la réserve fédérale accorde à Wall Street 85 milliards de dollars par mois pour alimenter un autre boom spéculatif. 

Les banques, les détenteurs d'obligations et les représentants politiques ne devraient pas être récompensés pour leur comportement socialement destructeur, ils devraient être poursuivis en justice. Toutes les dettes qui sont dues aux banques devraient être annulées. Pour financer entièrement les retraites, la santé, l'éducation et les autres droits fondamentaux, nous appelons à une redistribution massive de la richesse, y compris par l'imposition d'une taxe à 90 pour cent sur tous les revenus dépassant un million de dollars. 

Rompre avec les deux partis du grand patronat et les syndicats !

Le Parti démocrate n'est pas un « Parti du peuple, » c'est l'un des deux partis des grandes entreprises et des riches. Les Démocrates ont dirigé Detroit pendant des dizaines d'années, appauvrissant la classe ouvrière tout en enrichissant une minorité de riches, aux côtés d'une section corrompue d'hommes d'affaires, de prêcheurs et de politiciens afro-américains, comme Kwame Kilpatrick [ancien maire condamné pour de nombreuses fraudes, ndt]. 

Loin de mener un combat sérieux contre l'administrateur d'urgence, le conseil municipal, ainsi que des affairistes en politique comme Jesse Jackson, Al Sharpton et Wendell Anthony, se mettent en quatre pour démontrer leur utilité à l'élite patronale. 

Les politiciens démocrates de Detroit et leurs partisans ont promu une politique fondée sur l'identité ethnique pendant des dizaines d'années pour diviser la classe ouvrière. On nous dit que c'est une question de « Detroit la noire » contre « Lansing la blanche » [capitale du Michigan, ndt]. Cela dans un contexte où le maire, l'EFM et le président des États-Unis sont tous afro-américains ! 

Dans l'agglomération de Detroit, les travailleurs sont confrontés aux mêmes conditions – la fermeture des écoles, les attaques contre les salaires et les aides sociales, le chômage et la pauvreté, et l'installation d'un EFM à Allen Park. La ligne de partage fondamentale n'est pas l'origine ethnique mais la classe sociale. Pour vaincre ces attaques, la classe ouvrière doit s'unir et développer un mouvement politique indépendant des démocrates et des républicains et qui s'oppose au système d'exploitation qu'ils défendent. 

Les syndicats United Auto Workers, AFSCME [fédération des fonctionnaires, ndt], et la Detroit Federation of Teachers (DFT), avec d'autres, ont collaboré à ces attaques contre la classe ouvrière Ces organisations ne parlent pas au nom de la classe ouvrière, ce sont des entreprises dont l'activité consiste à protéger les intérêts de leurs dirigeants privilégiés qui appartiennent à la classe supérieure. Le président de l'UAW, Bob King, président de la section du Michigan de l'AFSCME, Al Garrett, et le président de la DFT, Keith Johnson, empochent autour de 200 000 dollars par an de salaires et autres primes dont on ne connaît pas le détail, tout en imposant à leurs adhérents des réductions de salaire et d'aides sociales.

Pour les droits sociaux de la classe ouvrière, et non les profits des banques !

La défense des droits démocratiques et l'opposition au dictateur financier doivent être liée à une lutte pour défendre les droits sociaux de toute la classe ouvrière. Chaque travailleur a le droit à un emploi avec un salaire décent, le droit à l'éducation, à la santé, au logement, et à une retraite sûre. Ce sont ces droits qui doivent déterminer comment la société est organisée et comment les ressources sont distribuées – non le « droit » de l'investisseur à spéculer et le « droit » du chef d'entreprise à exploiter. 

La classe ouvrière de Detroit a de riches traditions de lutte des classes, des grèves avec occupation des années 1930 aux luttes de masses pour les droits civiques des années 1960. Rien n'a été gagné sans une lutte des plus déterminées contre les diktats des banques et des grandes entreprises. Ces traditions doivent être ravivées en s'appuyant sur une nouvelle perspective internationale et socialiste. 

Le Parti de l'Égalité socialiste a une longue tradition de lutte pour construire une nouvelle direction de la classe ouvrière en opposition aux bureaucraties syndicales et aux partisans de la politique d'identité ethnique, lesquels ont maintenu la classe ouvrière dans le giron du Parti démocrate. 

Ce qu'il faut, c'est construire un nouveau mouvement politique de la classe ouvrière qui ait comme objectif la réorganisation fondamentale du pouvoir économique et la redistribution de la richesse. Les vastes richesses créées par le labeur des générations de travailleurs doivent être retirée des mains de quelques privilégiés et mises à la disposition du peuple dans son ensemble. C'est cela la lutte pour le socialisme. 

Rejoignez le combat ! 

Cet appel à l'action sera distribué dans les usines et autres lieux de travail et les établissements scolaires de toute la région. Enregistrez-vous dès maintenant pour être impliqué et participer au combat ! 

Non à la dictature des banquiers ! Pour l'unité de la classe ouvrière en lutte ! 

Contactez le Parti de l'égalité socialiste pour rejoindre cette lutte.

Venez à la réunion du 15e anniversaire du WSWS à Detroit :

14 avril à l'Université Wayne State.

(Article original paru le 8 avril 2013)