Canada : Ottawa et Québec mènent un assaut conjoint sur les chômeurs et l'aide sociale

Par Laurent Lafrance
16 mars 2013

Dans leur campagne pour imposer le programme d'austérité exigé par les marchés financiers, les gouvernements du Canada et du Québec mènent une attaque conjointe sur les premières victimes de la crise capitaliste, les chômeurs et les bénéficiaires de l'aide sociale.

En début d’année, des mesures draconiennes ont été mises en place pour obliger la majorité des chômeurs du pays à accepter après quelques semaines n’importe quel emploi pour lequel ils sont qualifiés dans un rayon de 100 kilomètres, même si le salaire est de 30 pour cent inférieur à leur salaire précédent. 

Ces mesures du gouvernement Harper ont provoqué une vague de protestations populaires, qui a pris de l'ampleur ces dernières semaines après la révélation que les inspecteurs fédéraux avaient des quotas de réduction et que les chômeurs étaient soumis à des visites à l'improviste. 

Selon un document obtenu par le quotidien montréalais Le Devoir, chaque fonctionnaire affecté aux enquêtes sur l'assurance-emploi est tenu de récupérer 485.000 dollars par année, soit environ 40.000 dollars par mois. 

Parallèlement, le réseau national CBC a révélé qu’en vertu d’un projet pilote chez Service Canada, les enquêteurs peuvent mener des visites-surprises chez certains chômeurs et faire de la surveillance, embusqués devant le domicile ou le lieu de travail d’un prestataire qui fait l’objet d’une enquête. 

Les critiques des partis d’opposition, le NPD et le Parti libéral, concernant les méthodes d’enquête de Service Canada servent à camoufler leur plein appui aux mesures des conservateurs. Ces deux partis acceptent pleinement de faire payer les travailleurs pour la crise financière mondiale. C’est d'ailleurs le gouvernement libéral de Jean Chrétien qui avait radicalement réduit en 1996 l’accessibilité aux prestations et les sommes allouées aux chômeurs. 

Tandis qu'au fédéral les conservateurs de Stephen Harper visent les chômeurs, au provincial le gouvernement péquiste de Pauline Marois s'en prend aux bénéficiaires de l'aide sociale en réduisant les prestations des 55 à 58 ans, des familles avec enfants de moins de 5 ans et des patients toxicomanes. 

Le Parti québécois a en effet annoncé qu'il allait repousser de 55 à 58 ans l’âge d’admissibilité à une allocation spéciale de 129 $. Chez les ménages ayant un enfant de moins de 5 ans et dont les deux parents sont jugés «aptes au travail», l'un d'eux n'aura également plus droit à cette allocation spéciale. Enfin, les frais de séjour pour soins en toxicomanie ne seront plus couverts que deux fois par année jusqu'à concurrence de 90 jours. 

La ministre de l'Emploi Agnès Maltais a affirmé qu’avec ces trois changements elle ne lançait pas «une grande réforme de l’aide sociale», laissant envisager que des coupes encore plus importantes restent à venir. 

Tout comme les changements à l’assurance-emploi, les changements dans l’aide sociale auront pour effet de forcer les prestataires à accepter n’importe quel emploi, peu importe le salaire, les conditions et le lieu. Maltais a promis qu’un montant de 195 dollars serait offert en échange aux prestataires qui suivent un parcours de recherche d’emploi déterminé par le gouvernement. Mais la ministre n’a offert aucune information concernant la situation des prestataires qui ne se trouveront pas d’emploi après ce «parcours». 

Les nouvelles mesures ne représentent pas une surprise considérant que le Parti québécois est un parti de la grande entreprise ayant une longue histoire de coupes dans les programmes sociaux. En novembre, le PQ a présenté un budget qui comprenait les plus importantes coupes sociales depuis 15 ans et qui réduisait davantage les impôts sur les riches et les grandes sociétés. 

Malgré ses critiques verbales contre les politiques du gouvernement fédéral, le PQ adopte son propre programme d’austérité contre la classe ouvrière au Québec. 

L'opposition des provinces à la réforme fédérale de l’assurance-emploi n’est pas destinée à défendre les travailleurs. Les élites locales craignent plutôt un transfert des dépenses du fédéral vers le provincial. Car les chômeurs privés de prestations devront se tourner vers l'aide sociale, qui est de compétence provinciale. L’assaut sur l’aide sociale au Québec est la réponse directe aux coupes dans l’assurance-emploi au fédéral. 

Avec ses mesures réactionnaires, le gouvernement péquiste cherche aussi à faire des assistés sociaux les boucs émissaires de la crise de l'emploi qui frappe la province. Encourageant le mythe que les bénéficiaires de l'aide sociale sont des paresseux ou des parasites, Maltais a affirmé crûment : «Je pense que ce n'est pas normal de donner 129 $ à quelqu'un pour qu'il reste à la maison».

Les mesures du PQ sur l'aide sociale mettent également à nu la faillite politique des syndicats et de Québec solidaire. Les premiers mènent actuellement au Québec une campagne bidon contre la réforme de Harper dans l’assurance-emploi, mais demeurent muets sur les coupes du PQ dans l’aide sociale.

Quant à la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, elle s’est dite «flouée» et «surprise», tout en affirmant ne pas douter des «bonnes intentions» de Mme Maltais. Par ses propos, David essaie de camoufler les liens étroits entre QS et le PQ tout en continuant de semer des illusions dans ce parti. QS essaie aussi de se distancer des politiques du PQ pour maintenir sa base électorale ancrée dans les milieux communautaires, qui est refroidie avec raison par les coupes dans l’aide sociale.