Un exemple d’hypocrisie politique: un échange de courrier avec le Parti communiste français sur le massacre des mineurs d’Afrique du Sud

Par Alex Lantier
24 août 2012

La lettre ci-dessous concernant l’article Le Parti communiste français soutient le massacre des mineurs sud-africains a été reçue par le World Socialist Web Site. Cette lettre est suivie de la réponse de l'auteur de l'article, Alex Lantier.

 Je viens de lire avec consternation cet article intitulé « Le Parti communiste français soutient le massacre des mineurs sud-africains ». Le communiqué du PCF exprime son horreur et son indignation devant ce qui s’est passé à Marikana. Vous ne pouvez pas instrumentaliser notre déclaration et manipuler le sens véritable de notre positionnement au mépris de la vérité comme vous le faites de façon irresponsable. Ce que vous écrivez dans cet article est très grave, profondément choquant et totalement inacceptable. Je vous demande de publier in extenso notre communiqué et cela sans commentaire, ainsi que cette réponse. A défaut je me réserve le droit de porter cette affaire devant la justice.

Jacques Fath

Membre du Comité exécutif national du PCF

Responsable des relations internationales

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Le WSWS affiche volontiers le communiqué du PCF sur le massacre de la mine de Marikana et qui nous donne l’occasion de révéler davantage d’informations sur le caractère cynique et anti-ouvrier de la propagande stalinienne française. Nous rejetons toutefois la demande de M. Fath de pratiquer une autocensure en affichant le communiqué du PCF « sans commentaire ».

Afrique du Sud: le PCF exprime son indignation et son horreur devant le massacre de mineurs grévistes

Le massacre de 34 mineurs grévistes par la police en Afrique du Sud suscite une profonde émotion. Le Parti communiste français exprime son indignation et son horreur devant une telle violence contre des salariés vivant dans la misère et revendiquant pour leurs salaires et leurs conditions de travail.

Le Président sud-africain, Jacob Zuma, a lui même souligné l'incompréhension suscité par une telle répression. "Nous sommes choqués et consternés par cette violence insensée", a-t-il dit en annonçant une commission d'enquête.

Une tragédie meurtrière de cette nature, le peuple sud-africain qui a connu la terreur de l'Apartheid, ne devrait plus en connaître.

 Le PCF réaffirme sa solidarité avec l'ensemble des forces politiques et syndicales d'Afrique du Sud dans leur lutte pour réduire les inégalités, pour le progrès et la justice sociales dans un véritable Etat de droit.

Parti communiste français

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Cette déclaration regorge d’hypocrisie, alors que le PCF tente à la fois de critiquer la tuerie et d’appuyer politiquement les tueurs et les organisations les soutenant. Pas un mot d’indignation n’apparaît contre ceux qui ont perpétré ce crime ou contre les organisations qui ont soutenu ce massacre en Afrique du Sud.

Ceci n’est pas un hasard, étant donné que la liste de telles organisations incluent l’African National Congress (ANC) du gouvernement Zuma et les alliés du PCF en Afrique du Sud – le Parti communiste sud-africain (SACP) et le Congress of South African Trade Unions (COSATU, Congrès des syndicats sud-africains), qui font partie de l’Alliance tripartite avec l’ANC.

Comme nous l’indiquions dans l’article précédent du WSWS :

«Il est de notoriété publique que les "forces politiques et syndicales" défendues par le PCF ont ordonné et défendu le massacre. La commissaire de police du gouvernement du Congrès national africain (African National Congress, ANC), Riah Phiyega, a déclaré après le massacre avoir "engagé la responsabilité des policiers pour exécuter la tâche qu’ils se devaient de faire. " Elle s’est refusée à toute poursuite de ceux qui sont responsables de la mort des mineurs en disant, "Ce n’est pas le moment de faire des récriminations."»

«Le syndicat des mineurs (National Union of Mineworkers, NUM), dont l’ancien président Cyril Ramphosa a accumulé une fortune de 275 millions de dollars, s’est opposé à la grève des mineurs. Le secrétaire général du NUM, Frans Baleni, a défendu la police en disant, "La police a été patiente, mais ces gens étaient lourdement armés." »

«Les alliés staliniens du PCF au sein du Parti communiste sud-africain (SACP) qui soutiennent traditionnellement l’ANC, ont écarté le meurtre des grévistes par la police comme étant une "violence entre travailleurs." »

La tentative du PCF de se positionner comme le défenseur de la classe ouvrière se heurte à sa défense de l’alliance du SACP avec la classe dirigeante sud-africaine. Le communiqué du PCF ne dit pas le moindre mot sur le rôle joué par l’ANC, le NUM, le COSATU ou le SACP dans le massacre de Marikana, allant jusqu’à les présenter comme des combattants pour la « justice sociale » et l’« Etat de droit. »

Au contraire, le PCF cite de façon bienveillante les remarques cyniques de Zuma selon lesquelles la violence exercée était « insensée » et le massacre des grévistes par la police avait suscité l’« incompréhension. »

En fait, une telle violence, visant à écraser l’opposition de la classe ouvrière n’est ni dénuée de sens ni difficile à comprendre. La couche sociale qui entoure la direction de l’ANC et du COSATU, et qui est incarnée par le multimillionnaire Cyril Ramaphosa, l’ancien président du National Union of Mineworkers, a accumulé une fortune énorme. A présent, craignant que les grèves ne sapent le fondement social et économique de leur richesse, ils sont prêts à la défendre, comme l’a prouvé le massacre de Marikana, en recourant aux méthodes les plus cruelles et les plus sanglantes.

Le PCF quant à lui, intervient pour fournir une couverture politique au rôle réactionnaire joué par cette couche sociale. Il soutient les meurtriers des grévistes de Marikana. Ceci est un avertissement à l’attention de tous les travailleurs qui ont une conscience de classe, quant au caractère réactionnaire non seulement du SACP mais aussi du PCF et de l’ensemble de la « gauche » petite bourgeoise européenne.

(Article original paru le 23 août 2012)