Le dirigeant de SYRIZA, Tsipras, promet de sauver le capitalisme grec et européen

Par Chris Marsden
15 juin 2012

Le dirigeant de SYRIZA, Alexis Tsipras, a choisi d'écrire une rubrique dans le Financial Times pour promettre que son parti agira comme sauveur de l'euro et percepteur des impôts pour le compte de la troïka.

« Je maintiendrai la Grèce dans la zone euro et je restaurerai la croissance, » a-t-il promis le 12 juin dans un article d’opinion.

Dans ce cas du moins, le vrai message c'est le médium lui-même. Le FT est l’organe de prédilection de l’oligarchie financière mondiale. Et c’est à cette oligarchie que Tsipras s’adresse. Il est souvent nécessaire d’extraire la véritable substance de tout ce que dit Tsipras. Il dirige un parti qui représente les intérêts politiques de la bourgeoisie grecque et d'une couche de la classe moyenne qui estiment que leur existence est menacée – tant par l’exigence d’une austérité brutale exprimée par l’Union européenne, le Fonds monétaire International et la Banque centrale européenne, dans le mémorandum accepté par le gouvernement précédent, que par l'opposition explosive que tout ceci a généré au sein de la classe ouvrière. Pour combler cet écart, Tsprias utilise régulièrement un discours gauchiste contre l’austérité pour couvrir ses promesses constamment répétées de sauver le capitalisme grec et européen.

Mais cette fois-ci, Tsipras s’adresse aux spéculateurs, aux banquiers et aux gouvernements de l'Allemagne, de la France, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. Il y a donc bien moins d’ambiguïté sur la nature du message. Il y a quelques références traditionnelles faites à la « crise humanitaire », mais rien de plus.

« Pour qu’il ne subsiste pas de doute, » proclame-t-il, « mon mouvement – SYRIZA – est engagé à maintenir la Grèce dans la zone euro. »

Suit un message à l'attention du président américain, Barack Obama, qui solidarise SYRIZA avec l’appel en faveur d’un plan « raisonnable » pour stabiliser « nos dettes et nos déficits. »

Tsipras se présente comme l’homme de la situation pour rembourser les dettes de la Grèce. « SYRIZA est le seul mouvement politique en Grèce qui peut assurer aujourd’hui la stabilité économique, sociale et politique de notre pays, » écrit-il, et qui « profitera à la zone euro » en « sauvant la monnaie commune. »

Les « problèmes » de la Grèce sont attribués non pas aux activités spéculatives criminelles des banques et aux exigences voraces de ses créanciers pour le remboursement de ces dettes de jeu, mais à des« faibles revenus publics». Il a promis de mettre fin aux « allègements fiscaux et aux exemptions accordées à des intérêts particuliers par les gouvernements précédents ainsi qu’à un taux d’imposition effectif bas aussi bien des revenus personnels que du capital. »

Cette « stabilisation budgétaire pragmatique et socialement juste » est censée fixer les dépenses publiques « à environ 44 pour cent du PIB » et à éliminer l’écart de quatre pour cent dans les revenus provenant de l’imposition directe par rapport aux niveaux européens moyens.

Plutôt que de refuser d’octroyer davantage d’argent aux banquiers, il dit que la recapitalisation des banques grecques, « avec des prêts de la troïka, » sera faite « de manière transparente. »

Pendant des années, SYRIZA s'était engagée à nationaliser les banques comme partie intégrante de son programme. A présent, elle a décidé de les recapitaliser grâce à l’argent de la troïka. Ceci contredit sa menace de ne pas honorer le mémorandum et les mesures d’austérité brutales acceptées comme condition préalable au sauvetage des banques à hauteur de 110 milliard d’euros.

SYRIZA souhaite toujours que l’UE, la BCE et le FMI financent les banques mais c'est celui qui a l'argent qui décide. Il n’est donc pas étonnant que dans le principal quotidien conservateur de Grèce, Kathemerini, Tsipras ajoute que son parti ne va pas se rapprocher des créanciers étrangers de la Grèce « pour chercher querelle mais pour les convaincre. »

Le succès électoral de SYRIZA repose sur son opposition, publiquement affichée, aux mesures d’austérité. Mais ceci est incompatible avec son insistance que la Grèce doit rester au sein de l’UE et de la zone euro. Tous deux sont des instruments des principaux groupes mondiaux, des banques et des plus puissantes nations impérialistes européennes. Tout accord signé avec la troïka, et pas uniquement le mémorandum, ne sera façonné que par ces parties intéressées et aux dépens de la classe ouvrière.

Les conditions même du « sauvetage », dont 45 milliards d’euros ont jusque-là été versés, le prouvent. Comme c’est toujours le cas pour ce genre de sauvetage – pour l’Espagne, le Portugal et l’Irlande – il s’agit d’argent qui est remis aux banques et payé par les travailleurs. Exactement 40 pour cent du prêt de la troïka à la Grèce sont allés tout droit dans les poches de financiers qui ne sont pas grecs, 23 pour cent aux financiers grecs et 18 pour cent sont directement retournés à la BCE. Et tous continuent aussi de profiter des intérêts du prêt !

SYRIZA n’a nullement l’intention de fondamentalement remettre en question ce schéma. Ses nombreux apologistes au sein des groupes faussement de gauche, dont bon nombre ont des factions au sein de la coalition, affirment que SYRIZA veut annuler la dette. Mais, c’est un mensonge. Son programme en dix points n’insiste que sur un « moratoire sur le service de la dette » et sur des « négociations pour l’annulation de la dette » – et ce uniquement pour une partie de la dette – avec « une régulation pour la dette restante. »

Ses mesures économiques ne sont pas aussi radicales que celles qui existaient jusque dans les années 1980 dans la plupart des pays européens. Elle demande simplement une « taxation des fortunes supérieures à 1 million d’euros et des gros revenus, » sans spécifier ce qu’un tel prélèvement pourrait être. Elle réclame aussi une « augmentation progressive, jusqu’à 45 pour cent, de la taxe sur les dividendes versés par les entreprises. »

En réalité, de nos jours la plupart des entreprises paient peu ou pas d’impôt et la grande majorité des recettes de l’Etat proviennent des impôts sur le revenu et sur la consommation.

Le manifeste de SYRIZA conclut en affirmant, « Notre objectif stratégique est le socialisme avec la démocratie, » mais ceci a le même caractère que les promesses des anciens partis sociaux-démocrates et staliniens, promesses qui n’ont jamais empêché leur véritable politique pro-capitaliste.

Entre-temps, SYRIZA prend fait et cause pour « l’alliance du peuple » qui ne veut rien dire d’autre qu’une subordination de la classe ouvrière à la politique formulée pour satisfaire les intérêts stratégiques de la bourgeoisie grecque, européenne et internationale.

Tsipras tient un double discours. En public, il peste contre les iniquités subies par la population grecque tout en complotant en privé avec leurs auteurs. Si SYRIZA devait former un gouvernement ou faire partie d’une coalition, elle ferait ce que la troïka, Wall Street et la City de Londres exigeront d'elle.

Les travailleurs et les jeunes les plus clairvoyants doivent rejeter le faux gauchisme de SYRIZA pour construire un parti authentiquement socialiste afin de représenter leurs intérêts.

Sous le capitalisme grec, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’euro et de l’UE, les travailleurs grecs sont confrontés à une austérité brutale et à une répression féroce. Le Comité international de la Quatrième Internationale et ses sections européennes appellent à une offensive politique soutenue par des grèves de masse afin de mettre en place un gouvernement ouvrier qui mettra fin à la dictature du patronat grec et à la troïka, qui confisquera les biens des banques et des grandes entreprises et appliquera un programme d’urgence de travaux publics pour fournir des emplois décents, l'éducation, le logement et des soins de santé à tous.

Ces mesures ne sont possibles que dans le cadre d’une mobilisation politique des travailleurs sur l’ensemble du continent afin d’établir les Etats socialistes unis d’Europe. Nous nous engageons pour cette lutte aux côtés de nos frères et soeurs grecs.

(Article original paru le 14 juin 2012)