Répression massive au Québec: Un avertissement à la classe ouvrière

Par Keith Jones
6 juin 2012

Plus de 1200 personnes ont été arrêtées au Québec dans les dix jours qui ont suivi l’adoption de la loi 78 le 19 mai par le gouvernement provincial du Parti libéral. Avec cette loi d’urgence, le gouvernement criminalise la grève étudiante qui dure depuis plus de trois mois et qui impose de grandes restrictions sur le droit de manifester.

Les arrestations de masse témoignent de l’opposition populaire à la loi 78 et aussi de la détermination de la classe dirigeante canadienne à son programme de guerre de classe comprenant des coupes dans les salaires et les emplois et le démantèlement des services publics.

Mardi dernier, le 100e jour de la grève étudiante, plus de 150.000 personnes ont marché dans les rues de Montréal dans ce qui était une des plus grandes manifestations de l’histoire du Québec. Des manifestations contre la loi 78 et en défiance de ses clauses draconiennes ont maintenant lieu à chaque nuit dans plusieurs quartiers ouvriers de Montréal ainsi que dans des villes à travers le Québec.

Le gouvernement a répliqué en intensifiant sa campagne de répression. Quelques heures après le début de la manifestation de mardi, la police de Montréal a invoqué la loi 78 pour justifier la dispersion violente des manifestants « illégaux ». Le soirée suivante, la police anti-émeute de Montréal a encerclé et violemment immobilisé une manifestation pacifique, arrêtant plus de 500 personnes. La police de la Ville de Québec a organisé ses propres arrestations le même soir, accusant 170 personnes pour le « crime » d’avoir manifester.

La classe dirigeante canadienne a appuyé clairement la suppression par l’état de la grève étudiante, tout comme ils ont appuyé le refus inébranlable du gouvernement libéral de discuter de tout changement lié à sa décision d’augmenter de 82 pour cent les frais universitaires pendant les sept prochaines années. Le Globe and Mail, le porte-parole traditionnel des grandes banques du Canada, a critiqué le gouvernement libéral à Québec pour ne pas avoir utilisé la loi 78 dans le but d’imposer une campagne d’arrestations et de violence policière encore plus vaste. Il s’est plaint, dans un éditorial publié jeudi dernier — après les arrestations de masse à Montréal et à Québec — que les protestataires n’ont pas encore « senti toute la force de la loi » et que les étudiants en grève « n’ont encore rien perdu. »

L’utilisation par le gouvernement du Québec de la main de fer de la répression et son attaque ouverte sur les libertés civiles est une expression d’un processus globale. Aux prises avec une résistance populaire à leur tentative de placer le fardeau de la crise du système capitaliste sur la classe ouvrière, les gouvernements sont en train de criminaliser l’opposition et de bafouer les droits démocratiques les plus élémentaires, tout comme ils l’ont fait dans les années 1930.

Au cours de la dernière année, le Parti conservateur du Canada a régulièrement utilisé des lois d’urgence pour briser les grèves et imposer des demandes de concessions sur les travailleurs. Il a juré d’introduire une loi similaire dès aujourd’hui pour rendre illégale la présente grève des travailleurs des chemins de fer de Canadian Pacific.

En Grèce et en Italie, l’élite financière internationale a organisé la démission de gouvernements élus après qu’ils se soient montrés incapable d’imposer en entier les mesures d’austérités. Ils ont ensuite imposé des gouvernements de « technocrates » non élus qui implantent les mesures devant une opposition massive. Maintenant, les mêmes forces tentent de terroriser la population grecque, les menaçant d’expulsion de la zone euro et de ruine économique à moins qu’ils ne votent pour des partis qui sont voués à l’implantation de leurs demandes pour encore plus de coupes brutales dans le niveau de vie de la classe ouvrière et la destruction des services publics.

L’hypocrisie de la bourgeoisie n’a aucune limite. Les classes dirigeantes du Canada, des Etats-Unis et de l’Europe lancent des guerres impérialistes au nom de la démocratie et des droits humains alors qu’ils adoptent des mesures digne d’un état policier dans leurs propres pays afin d’écraser l’opposition en se dirigeant vers des formes dictatoriales de pouvoir.

Les travailleurs et les jeunes doivent tirer les conclusions appropriées.

L’élite capitaliste a l’intention d’imposer une contre-révolution sociale, éliminant ce qui reste des bénéfices sociaux que la classe ouvrière lui a arraché par les grandes luttes sociales du dernier siècle.

Toute lutte liée à un besoin démocratique ou social fondamental des travailleurs, incluant le droit à une éducation décente, mène inévitablement à une collision à tête baissée avec les représentants politiques de la grande entreprise et l’état capitaliste.

Les droits sociaux et démocratiques peuvent être garantis seulement par la mobilisation politique et indépendante de la classe ouvrière contre l’état et tout l’ordre social capitaliste moribond et par la lutte pour des gouvernements ouvriers et le socialisme.

Ces conclusions doivent devenir la base pour l’expansion de la grève étudiante du Québec et la lutte contre la loi 78 sur une base fondamentalement différente.

La perspective politique avancée par les associations étudiantes, selon laquelle les étudiants peuvent obtenir l’annulation de la hausse des frais de scolarité par une campagne de protestation concentrée sur cette seule question et destinée à faire pression sur les politiciens de la grande entreprise, s’est avérée être un cul-de-sac.

La seule voie de l’avant est d’élargir la lutte et de faire de la grève le catalyseur pour une mobilisation de la classe ouvrière au Québec, à travers le Canada et internationalement contre les coupes dans les salaires et les emplois et contre les mesures d’austérité implantées par les gouvernements provenant de tout le spectre politique officiel. En opposition à la bourgeoisie, la classe ouvrière doit avancer son propre programme socialiste pour résoudre la crise économique, basé sur la réorganisation de la vie économique pour faire de la satisfaction des besoins humains, et non l’enrichissement d’une minorité, le principe moteur.

Un tournant des étudiants vers les travailleurs veut dire d’assister ceux-ci dans une rébellion contre les syndicats, qui ont, pendant des décennies, supprimé la lutte de classe et imposer des concessions et des coupes dans les dépenses sociales. Les syndicats du Québec ont systématiquement isolé la grève étudiante. Ensuite, au début de ce mois, ils ont collaboré avec le gouvernement du Parti libéral du Québec pour imposer un accord de concessions qui appelait à l’implantation en entier de la hausse des frais de scolarité.

Le parti social-démocrate du Canada, le Nouveau parti démocratique (NPD), s’est déclaré « neutre » sur la grève étudiante au Québec, alors qu’en Ontario, avec le plein appui des syndicats, il a facilité le passage du budget du gouvernement minoritaire libéral qui va couper plus de 15 milliards de dollars dans les dépenses pendant les trois prochaines années et qui va sabrer dans les salaires des travailleurs du secteur public qui sont un million.

Au cours de la grève, la CLASSE (Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante) a gagné de l’appui en s’affichant comme étant une alternative plus militante comparé aux deux autres associations étudiantes de la province, qui sont depuis longtemps les clients des syndicats et qui, comme eux, sont politiquement orientés vers le Parti québécois, un parti de la grande entreprise.

Mais la CLASSE avance la même perspective de protestation, c’est-à-dire faire appel à la classe dirigeante pour des réformes, et joue un rôle vital pour prévenir le développement d’une lutte plus large de la classe ouvrière pour renverser les gouvernements à Québec tout comme à Ottawa.

Même après l’imposition de la loi 78, la CLASSE continue de chercher une entente avec le gouvernement libéral du Québec. Elle promeut le mythe que les syndicats représentent les travailleurs et s’oppose à faire de la grève étudiante un moyen pour mobiliser toute la classe ouvrière contre le programme d’austérité des gouvernements du Parti libéral du Québec et du Parti conservateur au niveau fédéral. Son orientation vers l’establishment et son acceptation des structures politiques existantes sont mises en lumière par sa politique de limiter la lutte aux frontières du Québec, aidant ainsi à isoler le mouvement au Québec et à renforcer la division ethno-linguistique qui a toujours été manipulée par la bourgeoisie canadienne comme un moyen clé pour maintenir sa domination.

En opposition à ces forces, les étudiants et les travailleurs qui ont une conscience de classe doivent entreprendre la lutte pour une mobilisation indépendante de la classe ouvrière afin d’établir le pouvoir ouvrier. Par-dessus tout, cela requiert la construction d’un leadership révolutionnaire qui avance un programme socialiste et internationaliste, ce qui veut dire construire le Parti de l’égalité socialiste.

(Paru en anglais le 28 mai 2012)