Québec solidaire ouvert à une alliance électorale avec le PQ

Par Richard Dufour
18 juin 2012

Québec solidaire (QS) est prêt à conclure une alliance électorale avec le Parti québecois, la principale formation bourgeoise indépendantiste au Québec. Alors que la grève des étudiants et des mouvements d’opposition sociale de la classe ouvrière secouent tout le Québec, le QS petit-bourgeois tente de laisser entendre que le PQ est un moindre mal que les Libéraux du premier ministre Jean Charest.

C'est ce qui ressort de la réponse de QS à l'appel lancé le 5 juin dernier par Pierre Curzi, ancien député péquiste de Borduas devenu indépendant, pour la formation d'un « front commun » des « partis indépendantistes » afin de « favoriser l'élection d'un gouvernement progressiste et démocratique ».

Avant d'analyser cette réponse en détail, il convient de rappeler que QS a maintes fois montré son orientation vers le PQ, avec lequel il travaille dans le Conseil de la souveraineté québecoise. En octobre 2011, Amir Khadir, co-dirigeant et député de QS à l'Assemblée nationale, se disait ouvert à un pacte électoral avec le PQ contre le parti de Charest : « On dit [dans les comtés] où il y a des libéraux actuellement, on essaie de faire quelque chose ». En janvier 2012, Québec solidaire déclarait dans un communiqué : « Si le PQ fait une proposition honnête, elle sera soumise aux membres ».

Avec sa nouvelle offre de former une alliance électorale avec le PQ, QS aide la bourgeoisie à canaliser le grève étudiante vers la politique officielle et derrière la perspective d’élire un gouvernement souverainiste—même si le PQ a déjà démontré son hostilité à la classe ouvrière en menant des politiques d’austérité quand il était au pouvoir.

Ceci survient alors que la bourgeoisie canadienne et internationale craint que le mouvement étudiant ne provoque une mobilisation de la classe ouvrière au Canada et internationalement contre les politiques anti-ouvrières menées par les classes dirigeantes depuis le début de la crise économique. Le QS, dont la perspective nationaliste est organiquement hostile à une mobilisation de la classe ouvrière internationale, est complice des efforts de l’élite dirigeante d’isoler la grève à l’intérieur des frontières du Québec et d’étrangler le mouvement contre le gouvernement Charest.

La réponse de Québec solidaire à l'appel pour un « front commun indépendantiste » a d'abord pris la forme d'une lettre publiée dans le numéro du 14 juin du Devoir, quotidien proche des milieux nationalistes québécois.

Les deux dirigeants de QS, Françoise David et Amir Khadir, y accueillent chaleureusement l'initiative de Curzi, écrivant dès le second paragraphe : « Québec solidaire salue les efforts du député de Borduas, qui témoignent de préoccupations légitimes et d’une volonté sincère de sortir le Québec d’un désastre politique qui perdure. »

Les prochains paragraphes de la lettre témoignent des préoccupations existant au sein de QS quant au risque à s'orienter trop ouvertement vers le PQ.

Québec solidaire est un parti des classes moyennes, voué à la défense de l'ordre capitaliste existant, qu'il cherche à « améliorer » par des réformes superficielles. C'est ce qui lui vaut une image « de gauche » dans les milieux politiques officiels, et en fait parfois l'objet de critiques virulentes de la part des défenseurs avoués de la dictature des marchés. La sympathie affichée par QS à la grève étudiante, puis ses timides gestes de défi à la loi 78, ont d'ailleurs valu à son député Amir Khadir, et à sa fille active dans la grève étudiante, d'être arbitrairement arrêtés plus tôt ce mois-ci.

C'est pour maintenir cette image « de gauche » que QS est parfois poussé à faire certaines critiques du PQ, comme c'est le cas dans sa réponse à Curzi. On peut y lire que le Parti québécois « a joué un rôle actif dans le virage néolibéral imposé au Québec ».

La lettre cite comme preuves de ce virage la « loi spéciale contre les syndicats du secteur public en 1982, appui sans réserve aux accords de libre-échange nord-américain, coupes massives dans la santé et l’éducation pour atteindre l’équilibre budgétaire, réformes appauvrissantes de l’aide sociale, baisses d’impôt profitant surtout aux contribuables riches. »

À elle seule, cette liste ne laisse pas l'ombre d'un doute que le Parti québécois est un parti de la grande entreprise et un féroce ennemi de la classe ouvrière. Mais QS tire une autre conclusion : dans leur lettre, David et Khadir qualifient ces mesures visant à faire payer les travailleurs pour la crise capitaliste mondiale de simples « erreurs du passé ».

Ils appellent ensuite le PQ à « se livrer à une analyse sincère et sans complaisance » de ces dites erreurs, comme condition préalable à la mise en place « d'une alliance progressiste et souverainiste afin de nous assurer que le Parti libéral mordra la poussière lors des prochaines élections générales ». QS invite le PQ dans sa lettre « à faire preuve d'un peu d'humilité » et de ne « plus chercher à jouer un rôle hégémonique dans la construction du pays du Québec ».

David et Khadir rejettent explicitement une analyse expliquant la politique de la bourgeoisie canadienne par ses intérêts de classe, défendus par le PQ comme par les libéraux. Ils écrivent dans leur lettre : « L’état actuel des choses n’est pas une fatalité, ... [mais le] résultat de choix et de gestes posés par les gouvernements dans les dernières décennies ».

Le jour suivant la parution de cette lettre, soit le 15 juin, Amir Khadir a donné un point de presse à l'occasion de la fin de la session parlementaire.

Il a commencé par prendre la pose habituelle d'un critique « de gauche » du PQ, déclarant que « tout ce que nous n'aimons pas dans le Parti libéral est déjà là dans le Parti québécois, mais à des degrés divers, … à des degrés moindres », et donnant pour exemples les « lois spéciales » et les « coupures massives dans les services et dans les dépenses sociales ».

Mais il est ensuite passé à son véritable propos : que le PQ peut jouer un rôle progressiste pour se défaire des libéraux. « Cependant, là, devant le mouvement populaire, devant l'émergence d'un fort mécontentement », a affirmé Khadir, « le PQ peut être un instrument pour se débarrasser d'un problème plus fondamental, plus important, je dirais plus grave parce que plus ... corrompu surtout, plus au service du grand patronat. »

Plusieurs obstacles se dressent devant une éventuelle alliance QS-PQ, notamment le fait que le PQ ne considère pas qu’une pareille alliance soit nécessaire.

La chef du PQ, Pauline Marois, a expliqué pourquoi elle la refuse pour l'instant. « On est plus de centre-gauche », a-t-elle affirmé, « mais on a quand même, sur notre droite, quelques personnes qui pensent un peu différemment, mais qui adhèrent au Parti québécois ». Autrement dit, un allié considéré trop « radical » par la bourgeoisie pourrait devenir encombrant, alors que le PQ cherche à convaincre la grande entreprise qu'il est mieux placé que les Libéraux pour imposer un programme d'austérité.

Cependant, en signalant qu’il accepte le principe d’une alliance politique avec le PQ, le QS démontre qu’il accepterait pleinement de participer à une opération politique pour détourner l’opposition des étudiants et des travailleurs derrière la perspective d’élire un gouvernement souverainiste, dont la politique serait violemment anti-ouvrière.