Québec : les manifestations se poursuivent contre la loi 78 et l'assaut sur l'éducation

Par nos reporters
14 juin 2012

Le vaste mouvement de contestation sociale qui s'est développé ces dernières semaines au Québec se poursuit. Les étudiants, mobilisés depuis plus de trois mois contre la hausse drastique des frais de scolarité, ont tenu plus tôt cette semaine leur 50ème manifestation d'affilée au parc Émilie-Gamelin, dans le quartier latin de Montréal. Dans d'autres quartiers ouvriers de la métropole, des citoyens opposés aux mesures d'austérité et à la loi 78, continuent des rassemblements spontanés en fin de journée pour exprimer leur colère à coups de casseroles. Des reporters du World Socialist Web Site (WSWS) se sont rendus à quelques-unes de ces manifestations et ont recueilli les commentaires de participants.

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Au moins 250 personnes ont manifesté le 13 juin au centre-ville de Montréal devant l’hôtel Hilton-Bonaventure, où se tenait la Conférence de Montréal, qui réunit tous les ans divers porte-paroles de l'élite internationale des affaires. La manifestation était organisée par la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics. Elle a été planifiée pour prendre place durant le discours de Alan Greenspan, ancien président de la Réserve fédérale américaine.

Une partie de la manifestation devant l’hôtel Hilton

S'adressant à la foule, une représentante de la CLASSE (Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante) a expliqué que la manifestation était « organisée contre les élites financières assemblées dans les édifices derrières nous » et « contre les inégalités sociales ».

Un participant a expliqué à notre équipe de reporters « qu'il y a beaucoup de confusion sur ce qu'est le communisme et le socialisme » et voulait savoir ce que le WSWS avait à dire sur ce sujet. Après un échange d'une vingtaine de minutes, il a conclu ceci : « Les gens commencent à voir plus clair. Le stalinisme a sali le communisme, j'approuve ce que vous dites ».

Un autre participant, étudiant à l'UQAM, s'est dit d'accord avec l'idée avancée par le WSWS que les étudiants doivent se tourner vers les travailleurs. Anarchiste, il s'est toutefois opposé à la nécessité pour les travailleurs de former leur propre parti politique. Il a affirmé : « Nous ne pouvons pas déléguer le pouvoir du peuple à un parti, il faut que le pouvoir reste dans les organes du peuple, je suis d'accord avec les soviets. Mais nous avons vu en Russie comment le parti est devenu un pouvoir dominant avec encore une fois des dominés ».

Une autre personne, un chauffeur de taxi qui observait la manifestation, a fait part de ses commentaires. « J'appuie les étudiants, la cause de la pauvreté, c'est le manque d'éducation », a-t-il déclaré. « J'ai entendu dire », a-t-il poursuivi, « qu'une seule personne a plus de richesses que l'ensemble des pays des Caraïbes. Il y a quelque chose qui ne marche pas ! Il faut une répartition plus équitable des richesses. »

Parlant de sa propre situation, il a dit : « Nous, les chauffeurs de taxi, avons beaucoup de difficulté à faire vivre nos familles, à donner une bonne éducation à nos enfants. La situation a beaucoup empiré au cours des dernières années ».

Des policiers se préparant à intervenir contre les manifestants

Après environ une heure, la police a déclaré le rassemblement illégal et a avisé les gens qu'ils pourraient être mis en état d'arrestation s'ils ne se dispersaient pas. Les manifestants ont quitté les lieux et entrepris – défiant l'ordre de dispersion – une marche à travers les rues du centre financier de la ville.

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Un reporter du WSWS s'est rendu samedi dernier (9 juin) à une manifestation-casserole organisée dans un quartier ouvrier de Montréal. Un participant, Francis, lui a accordé une entrevue.

Francis

Selon Francis, il faut désobéir à la loi 78. « Ça veut dire venir manifester sans donner son itinéraire à la police, faire des manifestations spontanées, ne pas avoir peur de descendre dans la rue et rester jusqu’à ce que la police déclare la manifestation illégale ».

Sur la possibilité que le PQ remplace les libéraux, il a déclaré : « Je suis très méfiant à l’endroit du PQ. Je pense que le PQ n’est pas un parti social-démocrate; ce n’est pas un parti de gauche, ça c’est clair. Ils l’ont démontré dans leurs politiques passées. Par exemple, dans le conflit au Journal de Montréal, madame Marois était où pour défendre les travailleurs? L’amphithéâtre de Québec, c’est le PQ qui a entériné cette loi-là. Ce n’est pas un parti près des travailleurs, près des citoyens ».

Francis a expliqué que, « Dans le spectre politique actuel, je voterais pour Québec solidaire. Ils appuient des nationalisations, notamment celle de l’éolienne ».

Sur la CLASSE, il a dit qu'elle « est l’organisation étudiante la plus militante, celle qui s’investit le plus sur le terrain. Elle est fidèle à ses convictions. »

Quand on lui a fait remarquer que la CLASSE avait signé une entente avec le gouvernement acceptant la hausse, il a dit : « Je n’ai pas pensé que la CLASSE voulait endosser une hausse. Je n’ai pas eu conscience de la teneur de tous les pourparlers. L’objectif ultime de la CLASSE est la gratuité scolaire, donc selon moi, s’ils acceptent une hausse, ils vont à l’encontre de leur principe fondamental. Ce serait assez curieux ».