Débâcle du G20 au Mexique

Par Nick Beams
21 juin 2012

Lorsque le Groupe des 20 est devenu le plus important forum économique du monde après l’effondrement de Lehman Brothers en septembre 2008, on espérait qu’il fournirait le mécanisme permettant de trouver une solution à la crise financière et un « rééquilibrage » de l’économie mondiale.

Après tout, l’on avait affirmé, que le nouvel organisme contenait tous les anciens pouvoirs ainsi que ceux des pays émergents tels la Chine, l’Inde et le Brésil. Au meeting du G20 à Londres en avril 2009, il y avait eu un large accord sur les mesures de « relance » en grande partie sous la forme d’une politique de taux d’intérêt faible et de renflouements des principales banques. Mais, à la fin de l’année, des inquiétudes étaient apparues au sujet de la dette grecque et, en l’espace de quelques mois, la crise de la zone euro avait rapidement pris forme.

Dès juin 2010, de considérable différences avaient commencé à émerger au sein des grandes puissances. Alors que ces différences étaient formulées en termes d’« austérité » contre « relance », elles portaient sur le rôle des gouvernements et des banques centrales dans leur soutien aux institutions financières.

Les Etats-Unis, préoccupés par l’impact d’un effondrement de la zone euro sur ses banques et institutions financières, pressent l’Allemagne et d’autres grandes puissances européennes de faire davantage pour renforcer le système financier européen et pour mettre fin à la crise de la dette souveraine et des banques. L’Allemagne, par contre, craignant que ses banques ne soient aspirées dans le tourbillon, a jusqu'ici résisté.

Entre-temps, les tensions continuent de s’accroître. Alors que tous les efforts sont entrepris pour cacher à l’opinion publique les tensions croissantes, elles ont ressurgi à la surface à la veille de ces deux jours de sommet du G20 qui s’est tenu à Los Cabos au Mexique.

Au moment où le président de la Commission européenne José Manuel Barroso arrivait pour les négociations, un journaliste canadien lui a demandé pourquoi les Américains du Nord devraient payer pour la crise européenne. « Nous ne sommes pas ici pour recevoir des leçons en termes de démocratie ou sur la façon de gérer l’économie, » a-t-il riposté. « L’Europe n’est pas à l’origine de la crise, elle vient des Etats-Unis. Une bonne partie de notre secteur financier a été contaminé par des pratiques non orthodoxes de la part de certains secteurs des marchés financiers. »

Insistant pour dire que les pratiques financières américaines ne pouvaient être tenues pour responsables de la crise européenne – malgré toutes les preuves du contraire – le Wall Street Journal a remarqué que les « propos de Barroso, légèrement teintés de colère, révélaient que les tensions étaient au point d’ébullition alors que la crise entrait dans une phase plus dangereuse. »

Les signes d’une telle « phase plus dangereuse » ont été clairement visibles ces jours derniers. Le taux d’intérêt de la dette espagnole à court terme a grimpé à 5 pour cent mardi contre tout juste 3 pour cent le mois dernier. Et le taux des obligations espagnoles sur dix ans a grimpé à plus de 7 pour cent alors que les investisseurs internationaux retiraient leur argent.

La fuite du capital hors d’Espagne signifie que le financement officiel du gouvernement sera nécessaire pour combler le fossé, attisant les craintes que la récente mise à disposition de 100 milliards d’euros à l’Espagne par les gouvernements de la zone euro s’avérera beaucoup trop insuffisante et qu’une somme avoisinant plus de 500 milliards d’euros sera nécessaire.

Un autre signe de l’aggravation de la crise est le fait que les stimulations des marchés financiers se révèlent être d'une durée de plus en plus courte. La progression des marchés qui a résulté au début du mois de la mise à disposition des fonds à l’Espagne a duré une demi-journée, avant que les taux d’intérêt espagnols et italiens ne commencent à augmenter de nouveau tandis que la hausse déclenchée par les résultats des élections grecques a été encore plus courte.

L’Institut de la finance internationale (IIF), groupe comprenant certaines des plus grandes banques mondiales, a exhorté le G20 pour à prendre des mesures urgentes face aux risques « tout à fait réels » d’une récession mondiale. « Il existe des signes préoccupants d’une fragmentation, y compris de repli des opérations bancaires internationales, de réduction de prêts inter-frontaliers ainsi que dans la recherche de marchés, » a précisé une lettre de l’IIF. Les décisions des investisseurs de réduire le volume de leurs activités sont en train de créer des « tensions supplémentaires sur le marché. »

Selon les divulgations de projets du communiqué, obtenus avant la conclusion des discussions, les membres de la zone euro présents au G20 ont promis d’« adopter toutes les mesures politiques nécessaires » pour sauvegarder la monnaie unique alors que le G20 en général est engagé dans des actions visant à générer la croissance et à restaurer la confiance.

Mais, de telles remarques n'ont guère de sens car elles ont été prononcées à de nombreuses reprises ces trois dernières années, accompagnées par la clause que les mesures doivent se « fonder sur les circonstances spécifiques au pays. » En d’autres termes, les gouvernements nationaux peuvent faire comme bon leur semble et il n’y a pas de politique économique mondialement coordonnée ni d’accord sur ce qu’elle pourrait être.

Le communiqué aurait aussi comporté une disposition disant que, tout en prenant des mesures pour garantir la stabilité, les membres de la zone euro présents au G20 allaient aussi « briser la boucle de rétroaction négative entre les Etats et les banques. »

Ceci fait référence à la situation où l’argent qui est fourni aux pays qui ont les plus gros problèmes de dette souveraine va aux banques de ce pays qui à leur tour investissent ces fonds dans les obligations de leur propre gouvernement. En d’autres termes, les pays les plus endettés et les banques les plus faibles sont devenus de plus en plus tributaires l’un de l’autre – une situation qui a été comparée à deux ivrognes s’appuyant l’un sur l’autre pour empêcher que tous deux ne s’écroulent.

Quant aux autres propositions, le G20 n’a pas précisé comment il entendait briser cette « boucle de rétroaction négative. »

L’absence de mesures concrètes est l’expression de facteurs fondamentaux qui sous-tendent la crise de la zone euro et du système financier mondial de façon plus générale.

L’imbrication complexe du système financier mondial est une expression très claire du processus de mondialisation qui s’est développé au cours de ces trois dernières décennies, exacerbant jusqu'à l'explosion la contradiction existant entre l’économie mondiale et le système d’Etats-nations rivaux et les grandes puissances dans lequel le système capitaliste reste enraciné.

Cette contradiction a conduit à l’effondrement du système capitaliste en 1914 et au déclenchement de la guerre. Mais, tout ce qui a suivi 1914 – la guerre mondiale, la dépression, le fascisme et le chômage de masse – se développera à nouveau à moins que la crise ne soit résolue par l’intervention de la classe ouvrière internationale en renversant l’ordre capitaliste en faillite et en établissant les bases d'une économie socialiste mondiale.

(Article original paru le 20 juin 2012)