France: Le président Hollande prépare l'attaque contre la classe ouvrière

Par Antoine Lerougetel
21 juin 2012

Les déclarations de ces dernières semaines du président nouvellement élu François Hollande, de son premier ministre d'intérim Jean-Marc Ayrault et du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius donnent une indication claire des intentions impérialistes, anti-ouvrières du nouveau gouvernement bourgeois du Parti socialiste (PS.)

Hollande est en train d'organiser les forces qu'il va déployer pour défendre les intérêts du capitalisme français dans le contexte de turbulence économique, sociale et politique se développant en Europe et dans le monde.

Il existe des différences marquées parmi les pays de la zone euro sur la manière de gérer la crise européenne de la dette qui enveloppe à présent l'Espagne et l'Italie. Les pays du sud, fortement endettés et nécessitant une aide financière massive pour éviter le défaut de paiement considèrent de plus en plus la France comme leur alliée. Les pays du nord s'opposent à tout nouveau renflouement à moins que les finances des pays débiteurs ne soient placées quasiment entièrement sous le contrôle des bureaucrates de Bruxelles agissant sur ordres de l'Allemagne, économie européenne la plus puissante.

Au milieu de ces conflits profonds, il y a un point sur lequel tous les gouvernements bourgeois s'accordent: les dettes envers les banques et les gros investisseurs doivent être payées par la classe ouvrière, en détruisant les emplois et les salaires afin de renforcer la profitabilité et la « compétitivité. »

Malgré sa rhétorique réformiste durant la campagne présidentielle, Hollande est déterminé à appauvrir la classe ouvrière pour satisfaire l'appétit insatiable des banques. Cela apparaît clairement dans les remarques d'intimidation qu'il a faites sur la chaîne de télévision grecque Mega avant le scrutin du 17 juin et qui avaient pour but de faire pression sur les Grecs pour qu'ils votent pour des partis favorables à l'austérité.

Le président français n'a pas exprimé la moindre sympathie pour le sort des travailleurs et des jeunes grecs qui, leur économie détruite par les mesures d'austérité imposées par les conditions de renflouement de l'UE et du FMI, endurent respectivement 25 et 50 pour cent de taux de chômage et la destruction des services sociaux. «Si l'impression est donnée que les Grecs veulent s'éloigner des engagements qui ont été pris et abandonner toute la perspective de redressement, alors il y aura des pays qui préféreront en terminer avec sa présence dans la zone euro, » a-t-il menacé.

Comme si cela ne suffisait pas, il a poursuivi ses intimidations par une mise en garde: «Autant il est possible, et j'y veillerai, comme président de la France, d'apporter des fonds à la Grèce pour sa croissance, pour l'amélioration de sa situation, autant l'abandon pur et simple du mémorandum serait regardé par beaucoup de participants de la zone euro comme une rupture. » Il a averti: «Les pays de la zone euro doivent rester dans la zone euro, à condition de le vouloir. »

Le premier ministre Ayrault, s'adressant à un public français sur France info, s'est exprimé plus discrètement mais avec la même intransigeance que son président. Il a souhaité rassurer les banques qu'un gouvernement PS imposerait l'austérité avec fermeté. Il est aussi en train de préparer les syndicats à leur tâche consistant à contrôler l'opposition de la classe ouvrière. Déjà, depuis l'élection présidentielle du 6 mai, Ayrault a rencontré par deux fois les dirigeants syndicaux et patronaux pour préparer la Conférence sociale du 17 juillet où le gouvernement et les « partenaires sociaux » mettront au point leurs projets économiques et sociaux conjoints pour défendre le capitalisme français.

Le Monde a expliqué que les dirigeants du PS devaient dissimuler leurs intentions durant la période entre l'élection présidentielle et le second tours des élections législatives du 17 juin, leur but étant de «Préparer les esprits aux temps difficiles sans les désespérer. Annoncer aux Français des lendemains douloureux sans les décourager. Parce qu'il reste une campagne électorale à achever. »

Hollande et Ayrault ont tous deux exprimé en public la nécessité de « sacrifices. » Dans des remarques faites le 14 juin, Ayrault a fait référence à un rapport à venir de la Cour des comptes sur les finances du gouvernement dont on s'attend à ce qu'il soit la base des nouveaux plans d'austérité.

« La situation est difficile, » a-t-il dit. «Oui, ce sera plus dur que prévu . Le rapport de la Cour des comptes, qui sera rendu public fin juin, devrait faire apparaître un héritage dégradé. Il faudra faire des efforts. »

La Cour des comptes a déjà donné un aperçu le 30 mai, ce que rapporte le site Atlantico.fr: «Pour diminuer vraiment les charges de l'État, il faut passer par une stratégie plus drastique de réduction ou de suppression des dispositifs les moins efficaces. Le nouvel exécutif devra donc redoubler d'efforts. C'est un impératif dans la mesure où les comptes de l'État restent très dégradés, estime la Cour des comptes.»

En matière de politique étrangère, l'impérialisme français cherche à utiliser sa supériorité militaire par rapport à l'Allemagne et aux autres puissances européennes afin de poursuivre ses propres intérêts impérialistes. Ceci a été révélé lors d'une conférence de presse donnée par le ministre des Affaires étrangères Fabius. Il a laissé entendre qu'un gouvernement PS poursuivra l'intervention militariste et impérialiste du gouvernement Sarkozy en Syrie, en alliance avec les puissances de l'OTAN.

Ceci est conforme au soutien à l'aventure militaire de Sarkozy en Libye par l'ensemble de la « gauche » bourgeoise (PS, Parti communiste, Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon et le Nouveau Parti anticapitaliste.) L'an dernier l'attaque contre la Libye et l'attaque imminente, cette année, contre la Syrie font partie de la stratégie de l'impérialisme occidental consistant à remodeler le Moyen-Orient et l'Asie Centrale au moyen de changements de régimes favorables à ses intérêts en matière de pétrole et de gaz. Hollande et Fabius ont aussi promis de financer et d'armer l'intervention militaire par les intermédiaires de la France au Mali et dans la région du Sahel où la France a d'importantes exploitations d'uranium.

Dans Le Figaro, Fabius a qualifié le président syrien Bashar al-Assad de « Prébendier à la tête d'un groupe d'assassins » et annoncé un renforcement de la pression internationale sur « un régime de mort et de sang. »

Il a déclaré, «La France entend être à la pointe de l'action contre Bachar el-Assad, »et a agité contre Assad l'hystérique indignation humanitaire sélective de l'impérialisme et de ses médias serviles. Il a ignoré les atrocités commises par des forces intermédiaires, telles les milices sectaires sunnites armées et financées par la Turquie, l'Arabie saoudite, la France et les Etats-Unis. Il a fulminé contre la guerre civile que la France a contribué à fomenter: «La situation en Syrie a pris un tour encore plus grave et plus abominable ...Des enfants de 8 à 9 ans sont placés devant des chars, violés et assassinés. »

L'article du Figaro poursuit: «En conséquence, Paris a indiqué son intention d''aggraver les sanctions' pesant sur Damas. Laurent Fabius a souligné qu'il allait prendre contact 'immédiatement' avec ses homologues européens et américains en vue d'adopter 'les sanctions les plus dures', non seulement à l'encontre de 'Bachar et de sa clique', mais aussi de ceux qui leur prêtent main-forte, notamment des militaires. » Il a dit que s'ils ne se décident pas à « quitter le navire » ils « seront poursuivis. »

Selon ce journal: «Laurent Fabius a souhaité voir inscrit dans une résolution sous le chapitre 7 de la Charte de l'ONU, c'est-à-dire supposant des mesures contraignantes pour le mettre en œuvre, des sanctions, voire le cas échéant la force militaire. »

(Article original publié le 20 juin 2012)