France: le Parti ouvrier indépendant soutient le candidat de la « gauche » bourgeoise à l'élection présidentielle

Par Antoine Lerougetel et Alex Lantier
3 mai 2012

Le parti de la « gauche » petite-bourgeoise, le Parti ouvrier indépendant (POI) qui n'a pas présenté de candidat à l'élection présidentielle de 2012, soutient le candidat du Parti socialiste (PS) François Hollande, favorable à une politique d'austérité au second tour de l'élection qui se tiendra le 6 mai.

La principale exigence du POI est que le nouveau président élu refuse de ratifier le pacte fiscal signé en mars par 25 des 27 pays de l'Union européenne. Ce pacte contraint ses signataires, dont la France, à mettre en place des coupes sociales draconiennes pour éliminer les déficits budgétaires. Le POI présente son appel à ne pas ratifier le pacte comme une exigence que le prochain président pourrait être en mesure de garantir, si c'est Hollande et non le président droitier sortant Nicolas Sarkozy qui remporte l'élection.

Dans sa déclaration du 23 avril, le POI écrit: « Cette exigence s’adresse à toutes les forces qui se réclament de la classe ouvrière et de la démocratie. Elle s’adresse, ce 22 avril, en premier, à celui qui a été placé en tête au premier tour de cette élection, à François Hollande. Qu’il réponde clairement à la question qui lui est posée ….Le fera-t-il ? »

La question est absurde et malhonnête: Hollande a très clairement fait comprendre qu'il a l'intention de poursuivre une politique d'austérité impitoyable contre les travailleurs. Il a publiquement déclaré son accord avec ce qu'il appelle le « volet austérité » du pacte fiscal, laissant ouverte la question de savoir s'il va essayer d'y ajouter un « volet croissance » consistant en cadeaux aux banques et à des entreprises choisies. Il a fait campagne sur la base d'une réduction draconienne du déficit budgétaire pour qu'il atteigne zéro d'ici 2017, ce qui obligerait à faire des coupes annuelles de 115 milliards d'euros dans les dépenses.

Dans ces conditions, demander à Hollande s'il va bloquer le pacte fiscal, et agir en représentant de « la classe ouvrière et de la démocratie » est une diversion réactionnaire. Il ne le fera pas.

Les travailleurs ne peuvent s'opposer aux mesures qui sont en préparation contre eux qu'en se préparant à une lutte politique contre l'un ou l'autre président qui viendra au pouvoir. Si Hollande remporte l'élection, cela veut dire une lutte contre le PS et ses alliés, à savoir le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon, la bureaucratie syndicale et les partis de la « gauche » petite-bourgeoise comme le POI lui-même. C'est précisément ce que le POI cherche à empêcher.

Les critiques limitées du POI à l'égard de la bureaucratie réactionnaire de l'Union européenne (UE) ne cherchent elle-mêmes qu'à masquer la propre politique droitière de ce parti, alignée sur le PS. Sa déclaration du 26 avril commence par une invocation du « tournant de la rigueur » mené par le président PS François Mitterrand en 1983, dénonçant «trente ans de consensus anti-ouvrier dicté par l'Union européenne. »

Mais le POI mine ensuite sa propre présentation des événements, en faisant remarquer que l'UE n'avait été crée qu'en 1992 et avec la participation active de Mitterrand. Cette tentative de faire porter la responsabilité de la politique anti-ouvrière de Mitterrand dans les années 1980 à l'UE est une tentative maladroite pour dissimuler le propre rôle du POI.

Le prédécesseur du POI, l'Organisation communiste internationaliste (OCI) avait rompu d'avec le trotskysme et le Comité international de la Quatrième Internationale en 1971, à la suite des protestations étudiantes et de la grève générale de 1968. Il avait adopté l'appel à « l'union de la gauche », perspective erronée selon laquelle l'OCI pourrait créer un mouvement révolutionnaire de masse en forçant le PS et le Parti communiste français stalinien (PCF) à former une alliance électorale. Il s'était entièrement intégré à la machine du PS, avec bon nombre de ses adhérents passant au PS dans les années 1970 et 1980.

Le résultat fut un désastre politique pour la classe ouvrière et une leçon amère sur les implications de la décision d'un parti de se retourner contre le marxisme, comme le fit l'OCI. L'OCI appela à voter Mitterrand en 1981 et maintint son orientation vers le PS durant et après le « tournant de la rigueur » de 1983.

L'évolution ultérieure de l'organisation confirma son orientation nationaliste française et son hostilité envers la classe ouvrière et le trotskysme. En novembre 1991, juste avant la liquidation de l'URSS par la bureaucratie stalinienne, l'OCI se transforma en Parti des travailleurs (PT) sur une plateforme nationaliste, fusionnant avec trois factions moins importantes: socio-démocrate, anarcho-syndicaliste et stalinienne. S'étant renommé POI en 2007, le slogan du parti est « République, Socialisme et Démocratie. »

Et maintenant, le POI soutient à nouveau le PS, cette fois en promouvant des illusions sur Hollande qui commença sa carrière à la fin des années 1970 comme permanent du PS sous Mitterrand, qui contribua à mettre en place le « tournant de la rigueur » et qui ne cache pas son intention d'attaquer les travailleurs. Il est significatif que les interventions impérialistes de la France en Libye, en Côte d'Ivoire et en Syrie ne soient même pas mentionnées dans les déclarations du POI sur les élections.

Il est quasiment impossible de distinguer la ligne politique du POI de la campagne pro-PS, nationaliste du candidat du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon. Ancien membre de l'OCI qui rejoignit le PS en 1976, Mélenchon était devenu ministre du gouvernement PS de 1997-2002 conduit par Lionel Jospin, autre ancien membre de l'OCI, et s'est présenté cette année comme candidat du Front de gauche dominé par le PCF. Maintenant Mélenchon fait activement campagne pour appeler à voter Hollande.

Le POI présente 130 candidats dans 60 départements aux élections législatives de juin prochain. Selon les déclarations faites par des membres du POI à des reporters du WSWS, ils envisagent quelque chose comme une alliance avec le Front de gauche de Mélenchon.

Le POI n'est pas un parti de gauche ou socialiste, mais un parti réactionnaire contrôlé par des intérêts petits-bourgeois ou bourgeois. Sa base principale est devenue la bureaucratie syndicale Force ouvrière (FO) et les élus des communes rurales, tel le secrétaire du POI, qui été élu maire de Mailhac en 2001 sur un ticket PS. Le POI glorifie les élus locaux qu'il dit être indépendants de l'Etat, quand en fait ils sont largement dépendants de la politique et des conditions socio-économiques mises en place par le gouvernement et le marché mondial.

C'est parce que la politique de la « gauche » officielle est dominée par des opérateurs d'un tel cynisme, que le Front national (FN) neo-fasciste croît aussi rapidement, obtenant 18 pour cent des voix au premier tour de l'élection présidentielle. D'importantes sections de la classe ouvrière considèrent à juste titre des partis tel le POI comme faisant partie intégrante de l'establishment politique corrompu. A tel point que, désireux de faire un vote protestataire, dans le vide politique qui existe à gauche, ils donnent leurs voix au FN.

Les maneuvres du POI ont pour but de bloquer tout virage à gauche de la classe ouvrière, créant ainsi objectivement les meilleures conditions pour une progression du FN dans les sondages. Etonnamment, l'éditorial du POI daté du 23 avril ne mentionnait pas le FN.

Une déclaration ultérieure du POI donne des conseils totalement inutiles au PS sur la manière de stopper la montée du FN: «Si François Hollande, et Jean-Luc Mélenchon s’étaient clairement engagés à balayer les traités de Maastricht et Lisbonne, à rompre avec la Banque centrale européenne, à refuser de payer la dette et à bloquer les fonds disponibles pour le maintien des emplois et l’interdiction des licenciements, combien Mme Le Pen pèserait-elle électoralement ? »

En fait, Hollande et Mélenchon auraient pu promettre tout ceci et plus encore, et ils n'auraient toujours pas grand impact sur de larges couches de travailleurs et d'étudiants qui ne les croiraient pas. L'objectif des slogans proposés par le POI n'est pas d'organiser dans la classe ouvrière une lutte pour obtenir ces revendications, mais de les utiliser comme la base d'une nouvelle campagne visant à promouvoir des illusions sur le PS.

(Article original publié le 1 mai 2012)