France: A la veille de l'élection présidentielle

Par Alex Lantier
5 mai 2012

Le second tour de l'élection de demain, entre le président sortant Nicolas Sarkozy de l’Union pour un mouvement populaire droitier (UMP) et le candidat du Parti socialiste (PS), François Hollande, prépare le terrain à des attaques grandissantes contre la classe ouvrière en France.

Durant son quinquennat, Sarkozy est devenu l’objet de l’immense colère et de la dérision de la population. Ses efforts pour maintenir un soutien en dépit de sa politique de rigueur sociale – avec des appels au chauvinisme fondés sur des guerres à l’étranger et une politique anti-immigration et sécuritaire – ont échoué.

Malgré cette opposition de masse, la politique de Sarkozy sera poursuivie indépendamment de celui qui remportera cette élection, étant donné que Hollande ne présente, en aucune façon, une alternative.

Hollande, représentant cynique du capital financier français, a fait campagne sur le slogan « Le changement, c’est maintenant » tout en avançant une politique indiscernable de celle de Sarkozy. Il a annoncé des projets pour réduire à zéro du déficit budgétaire de la France d’ici 2017 afin de respecter le pacte fiscal européen réactionnaire ce qui signifierait la suppression de quelque 115 milliards d’euros des dépenses publiques. Il envisage aussi de rendre l’économie française compétitive par rapport à l’Allemagne en procédant à des économies liées aux coûts et à l’efficacité – une décision qu’il appliquerait en négociant une réduction des salaires et des prestations sociales avec la bureaucratie syndicale.

Il a dit n’avoir aucune critique à formuler à l’encontre de la politique étrangère actuelle de la France, soutenant implicitement la guerre de Sarkozy contre la Libye en 2011 et la poussée continue de la France en faveur d’une guerre en Syrie et en Iran. Il a aussi adopté la politique anti-immigration de Sarkozy, il soutient l’interdiction de la burqa et dénonce la viande halal.

Malgré cela, Hollande jouit du soutien de la « gauche » petite-bourgeoise en France – le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et d’autres forces similaires.

En dépit du verbiage de Mélenchon sur une révolution « citoyenne », auquel le NPA s’est adapté, les partis petits-bourgeois se rangent derrière le PS. Ils appellent à voter Hollande, tout en sachant pertinemment que sa politique sera aussi droitière que celle de Sarkozy.

Leurs démentis selon lesquels ils soutiendraient des protestations syndicales contre Hollande sont cyniques et politiquement creuses, étant donné que la bureaucratie syndicale dit qu'elle est prête à négocier avec Hollande une réduction des salaires et des prestations sociales. Compter sur les syndicats et les partis qui soutiennent le programme réactionnaire de Hollande pour « faire pression » sur le prochain président, empêche tout simplement l’émergence d’une opposition de la classe ouvrière à l’encontre de sa politique. Ceci laisse les travailleurs en état d’impréparation devant les attaques à venir.

Dans ces conditions, il n’est pas difficile de prévoir les conséquences d’une telle politique. La seule figure politique qui calcule comment utiliser au mieux l’opposition sociale est Marine Le Pen, dirigeante du Front National (FN) néofasciste. En raison de la politique en faillite de la « gauche » petite-bourgeoise, elle est en mesure de se positionner comme l’unique représentante du mécontentement social populaire.

Elle s’est présentée comme la « seule candidate antisystème » en dénonçant le système « UMPS » et « la gauche ultralibérale, laxiste et libertaire », en promettant de stopper l’immigration et de supprimer l’accès des immigrés aux prestations sociales. Elle a appelé au vote blanc pour demain.

En cas de victoire de Hollande, Le Pen est déterminée à faire « imploser » l’UMP, créant les conditions pour que le FN émerge finalement comme le parti de droite majoritaire en France. Il est bien placé pour obtenir des sièges le mois prochain lors des élections législatives. Le 22 avril, le FN avait gagné 23 des 577 circonscriptions en France, arrivant en deuxième position dans 93 circonscriptions et dépassant dans 353 circonscriptions les 12,5 pour cent des inscrits, seuil de maintien au second tour des législatives.

Le contraste entre le soutien pour Hollande des partis de « gauche » petits-bourgeois et les dénonciations par Le Pen de l’« UMPS » ne pourrait être plus fort. Si Hollande l’emporte et applique les attaques qu’il a décrites contre les travailleurs et les petites entreprises, les prétentions des partis de « gauche » petits-bourgeois de s'opposer à lui n’auront plus aucune crédibilité aux yeux de vastes couches de la population.

Après son récent débat télévisé avec Sarkozy, Hollande a clairement fait connaître la nature de son programme. Il a fait la déclaration remarquable qu’il comprenait la décision du premier ministre grec George Papandreou de s’embarquer dans la voie des coupes sociales dévastatrices exigées par les banques et l’UE pour réagir aux conditions économiques pitoyables laissées par son prédécesseur. Les partis soutenant Hollande ne sont pas différents des partis petits-bourgeois de « gauche » qui ont soutenu la politique de rigueur des sociaux-démocrates du PASOK en Grèce ou du PSOE en Espagne.

La prétention que ces partis sont des partis de gauche – alors même qu'ils se rangent du côté du candidat bourgeois qui soutient des attaques brutales contre la classe ouvrière, le chauvinisme anti-musulman et la guerre impérialiste – est de plus en plus réactionnaire et dangereuse. S’ils réussissent à étouffer l’opposition de la classe ouvrière contre les attaques à venir, ils auront cédé le rôle d’opposition aux forces anti-ouvrières les plus réactionnaires de l’establishment politique. Telles sont les conditions préalables à l’émergence du FN en tant que principale force politique en France.

La situation politique en France, comme partout dans le monde, se caractérise avant tout par la crise de la direction politique au sein de la classe ouvrière et par un vide politique à gauche. Il y aura de grandes luttes sociales contre les attaques lancées par la classe dirigeante mais celles-ci aboutiront finalement à une défaite si la classe ouvrière ne construit pas une opposition véritable, révolutionnaire et internationaliste au capitalisme. Tel est le combat que mène le Comité international de la Quatrième Internationale.

(Article original paru le 5 mai 2012)