Manifestation étudiante à Londres : Défendons l’enseignement avec des méthodes de luttes de classe

Par le Internationale étudiante pour l’égalité sociale (R.-U.)
11 novembre 2011

Les étudiants et les jeunes protestent aujourd’hui contre les attaques en cours du gouvernement conservateur/libéral-démocrate sur l’éducation publique. Ces attaques comprennent notamment le triplement des droits de scolarité qui sont passés à 9000 £ l’an dernier, d’importantes compressions dans les universités et les collèges, y compris les budgets d’enseignement, et la fin de l’Education Maintenance Allowance, une allocation de 30 £ par semaine pour les jeunes étudiants de plus de 16 ans issus de familles à faible revenu.

La colère répandue chez les travailleurs contre les mesures d’austérité du gouvernement qui frappent durement les jeunes est justifiée. Le nombre de chômeurs parmi les 24 ans et moins a grimpé à près d’un million de personnes. Se voyant refuser l’accès à des emplois décents, de nombreux jeunes ne peuvent plus payer les droits demandés pour un enseignement supérieur. Les propositions du Livre blanc sur l’éducation vont considérablement élargir ces attaques avec des plans pour privatiser les universités et réduire le nombre de places en cours.

Les protestations actuelles se déroulent dans le contexte d’une vague croissante de luttes à l’échelle internationale allant de l’Égypte à la Tunisie, à la résistance aux mesures d’austérité en Grèce et dans toute l’Europe, et en passant par la propagation mondiale du mouvement d’opposition Occupy contre les inégalités sociales. Il y a une reconnaissance croissante que le système de profit capitaliste détruit la vie et l’avenir de dizaines de millions de travailleurs uniquement pour sauvegarder les intérêts des super-riches.

Dans ces conditions, la défense de l’éducation et de l’ensemble des droits démocratiques et sociaux des travailleurs nécessite une nouvelle perspective politique et un nouveau leadership basés sur la compréhension que l’opposition au gouvernement doit se faire dans le cadre de la lutte pour renverser le capitalisme et réorganiser la société sur une base socialiste.

La National Campaign Against Fees and Cuts (NCAFC) – Campagne nationale contre les droits de scolarité et les compressions qui a organisé la protestation d’aujourd’hui s’oppose à une telle approche. La NCAFC appelle à « défendre l’éducation et à lutter contre les privatisations » et soutient que le gouvernement peut être contraint de faire demi-tour si un nombre suffisant de personnes descend dans la rue. Dans le Guardian, Michael Chessum déclare que « si les recteurs rejoignent les étudiants et le personnel enseignant dans la mobilisation contre les propositions, le gouvernement ne sera tout simplement pas en mesure de les concrétiser ».

Une telle approche désarme les jeunes face aux efforts déployés par l’establishment politique et son appareil d’État pour menacer, intimider et réprimer toute opposition à la politique du gouvernement.

Il y a un peu plus d’un an, les manifestations de l’automne dernier contre les attaques en éducation ont été accueillies avec une brutalité policière coordonnée. Des centaines de personnes ont été détenues de force dans des opérations de cordons policiers et plus de 300 manifestants ont été arrêtés, certains se voyant même imposer des peines de prison punitives. La semaine dernière, à la Kingston Crown Court, cinq jeunes ont reçu des peines variant entre 8 et 18 mois pour leur implication dans les manifestations étudiantes de l’an dernier et celle de la centrale syndicale du Trades Union Congress du 26 mars. Tout cela fait suite à l’arrestation de milliers de jeunes dans la foulée des émeutes qui ont frappé Londres et d’autres grandes villes du Royaume-Uni en août.

Cette criminalisation des protestations souligne l’érosion des droits démocratiques. La manifestation d’aujourd’hui verra la mobilisation de 4 000 policiers. Ceux-ci ont déclaré être prêts à utiliser des balles en caoutchouc contre les manifestants s’ils le jugent nécessaire.

Simon Pountain, le commandant de la police métropolitaine responsable de l’opération de police, a révélé que le MET a maintenant un « agent de confinement » responsable de l’exécution des cordons policiers. Le Daily Telegraph a rapporté que tous ceux qui manifesteront aujourd’hui se verront donner un dépliant les mettant en garde « sur les conséquences de poser des gestes criminels. Toute personne encerclée se verra remettre un second dépliant expliquant les pouvoirs utilisés contre elle et ses droits. »

Le NCAFC a salué le soutien apporté à l’action d’aujourd’hui par l’union nationale des étudiants (National Union of Students – NUS), l’union des universités et collèges (University and College Union – UCU) et autres associations étudiantes comme un grand pas en avant. Chessum prétend que la cause profonde de ces attaques sur l’éducation est le « fondamentalisme du marché » du Parti conservateur, cherchant ainsi à renforcer la NUS et le Parti travailliste en les présentant comme une force de contestation.

Pas plus tard que l’année dernière, la NUS a refusé de soutenir les protestations initiales à l’encontre des politiques de la coalition en matière d’éducation, tandis que son ancien président Aaron Porter, membre du Parti travailliste, dénonçait les manifestants occupant le siège du Parti conservateur à Millbank Towers. Après sa démission en tant que chef de la NUS, Porter a rapidement trouvé le bon filon et est maintenant employé comme « consultant en éducation supérieure », facturant les universités 125 £ de l’heure pour ses services.

Porter est le représentant idéal typique de la NUS, depuis longtemps un terrain d’entraînement pour les carriéristes du Parti travailliste, le même parti qui a introduit les frais de scolarité. Tant sur les questions du déclenchement de guerres néo-coloniales, du démantèlement des systèmes d’éducation et d’assistance sociale, ou de la remise de millions de livres des fonds publics au quartier des affaires de la City à Londres, il n’y a fondamentalement aucune différence entre les travaillistes, les conservateurs et les libéraux.

L’UCU, pas plus que tout autre syndicat, n’a organisé la moindre lutte sérieuse contre l’assaut sur le système d’éducation. Une déclaration commune de la NUS, de l’UCU, d’Unison, d’Unite, du GMB et de l’Educational Institute of Scotland indique qu’« un partenariat entre les syndicats et les employeurs pour parvenir à un accord national sur la sécurité d’emploi est essentiel si nous voulons défendre l’éducation. »

Les travailleurs, les étudiants et les jeunes ne peuvent faire triompher leur opposition politique au sein du système parlementaire. La soumission complète de tous les partis aux banques et aux sociétés est exprimée dans leur offensive pour récupérer tous les gains sociaux réalisés par les travailleurs au prix de décennies de lutte.

L’opposition sociale et politique qui se développe contre le système de profit capitaliste ne peut triompher que si l’on s’oppose à la perspective avancée par les organisations telles la NCAFC qui n’existent que pour s’assurer que tout mouvement ne se développe pas hors du contrôle des syndicats et du Parti travailliste.

Un nouveau mouvement de masse doit être construit. L’Internationale étudiante pour l’égalité sociale (IEES) est le mouvement étudiant du Parti de l’égalité socialiste et du Comité international de la Quatrième Internationale. L’IEES cherche à mobiliser la classe ouvrière et la jeunesse au niveau international contre le système capitaliste et lutte pour la création d’une véritable société démocratique, égalitaire et socialiste.

Nous appelons les étudiants et les jeunes voulant mener ce combat à rejoindre l’IEES dès aujourd’hui.

(Article original paru le 9 novembre 2011)