L'ex-gauche et les émeutes en Grande-Bretagne

Par Chris Marsden
27 août 2011

Les émeutes qui ont secoué Londres et d'autres villes au début du mois ont donné un coup de projecteur sur la situation réelle des relations sociales en Grande-Bretagne. Elles ont révélé à quel point le Royaume-Uni est une nation déchirée par des divisions de classes insolubles, et où des millions de travailleurs et de jeunes ne peuvent échapper à une vie de pauvreté constante et usante tandis qu'ils sont forcés de regarder les autres vivre une vie de luxe sans pareil.

Des milliers de jeunes ont participé à des émeutes parce qu'ils n'ont aucun moyen d'exprimer leurs griefs ou de réaliser leurs aspirations à une vie meilleure, certainement pas au travers du Parti travailliste et des syndicats qui sont tout autant les jouets corrompus de l'élite financière que les conservateurs et les libéraux démocrates au pouvoir. Leur situation est dégradante et se poursuit d'année en année sans changement, ni même l'apparence d'une possibilité de changement, parce que l'ordre social et politique dans son ensemble est agencé pour défendre des intérêts des ultra-riches.

La réponse universelle de l'Etat, de l'establishment politique et des médias face aux émeutes a confirmé qu'on ne peut rien attendre de l'élite dirigeante et de ses parasites. La répression policière brutale, les arrestations de masse et les peines de prison punitives infligées pour des délits mineurs se sont accompagnés d'un refus total de reconnaître que des griefs sociaux légitimes aient joué un quelconque rôle dans ces émeutes. Les émeutes étaient, selon la version officielle, uniquement le produit d'une « sous-classe » criminelle.

C'est pour cela que l'on peut dire que les émeutes n'étaient pas simplement l'exposition de l'état actuel des choses mais qu'elles augurent de l'avenir. Elles démontrent avant tout que pour la classe ouvrière et la jeune génération, on ne peut rien accomplir sans le renversement révolutionnaire du système existant. Elles ont aussi eu une autre fonction politique essentielle, celle de révéler la pléthore de groupes faussement de gauche qui se présentent comme des « socialistes », voire même des « trotskystes » mais qui sont en réalité les champions du « tout sécuritaire » capitaliste. Le Morning Star, journal du Parti communiste britannique, a tonitrué, « Les domiciles et les commerces doivent être protégés, ce qui veut dire qu'il faut que la police ait les ressources nécessaires pour contenir les explosions de violence. »

Quand le nombre de personnes raflées par la police a dépassé les 2 000, Le Morning Star s'est plaint amèrement le 11 août de ce que le premier ministre David Cameron « s'était entêté à ne pas tenir compte des appels à repenser les coupes dans le budget de la police. » Le journal a écrit que le gouvernement de coalition Tory-libéral démocrate était pire « encore que celui de Margaret Thatcher dans les années 1980, » à cause de « sa volonté de se mettre à dos la police » avec ces coupes dans le budget de la police.

Le Socialist Party (SP), allié politique de longue date des staliniens, a repris cette rhétorique du tout sécuritaire. La secrétaire générale adjointe Hannah Sell, s'est plainte dans The Socialist, journal du groupe, « Avec un certain retard, les ministres du gouvernement se sont arrachés à contre coeur de leur lieux de villégiature pour essayer de 'rétablir l'ordre'. »

Sarah Sachs-Eldridge a écrit, « Il y a une colère largement partagée sur le fait que la police n'a pas agi efficacement pour défendre le domicile des gens et les petites entreprises et commerces locaux. »

Elle a cité en les approuvant les commentaires de Paul Deller de la Fédération de la police métropolitaine selon lequel « Le moral des policiers qui se sont occupés de cet incident et le moral de la police dans son ensemble, est au plus bas du fait des attaques constantes dont ils sont l'objet de la part du ministère de l'Intérieur et du gouvernement sous la forme de révisions du salaire et des conditions de travail de la police. »

Le Socialist Party n'a pas tari d'éloges sur « l'action des commerçants qui se sont mobilisés pour défendre leur lieu de travail et leur domicile dans de nombreux endroits durant les émeutes... Si les émeutes s'étaient poursuivies, ces initiatives auraient pu être développées en une défense unie, massive des quartiers, démocratiquement organisée avec des comités d'organisation élus. » Cette perspective a bien plus à voir avec le fascisme qu'avec la classe ouvrière et le socialisme.

Une position similaire a été adoptée par de nombreux autres groupes et publications. Le Weekly Worker s'est plaint que les jeunes avaient « semé une destruction abominable » et s'est plaint des « gangs anti-sociaux qui rôdent dans nos cités hlm. » Lui aussi a fait l'éloge des petits commerçants qui « avaient réussi à faire fuir les émeutiers » et devant servir de modèle à la « gauche » pour qu'elle mette en place des « unités d'auto-défense permanentes » pour « assurer notre propre protection contre les émeutiers, les pillards, les truands de la Ligue de défense anglaise [organisation fascite]et, oui, contre la brutalité de la police. »

Cette référence en toute fin de paragraphe à « la brutalité policière » représente clairement une tentative de rendre plus acceptable leur appel à rétablir l'ordre.

Les ex-groupes de gauche ne diffèrent de la droite conservatrice et des médias bourgeois que dans leurs affirmations que les grèves et les protestations organisées par les syndicats sont une alternative légitime aux émeutes et disponibles pour les travailleurs et des jeunes. Le Socialist Party a appelé les « dirigeants syndicaux » à réagir aux émeutes en organisant « une journée de grève unitaire » contre les coupes dans les dépenses sociales.

De telles déclarations sont une tromperie consciente. Les jeunes ne se sont pas soulevés juste du fait de l'inaction des syndicats. L'adhésion syndicale qui tourne autour de 20 pour cent nationalement est quasiment inexistante aujourd'hui chez les jeunes, dont beaucoup n'auront même jamais un emploi. Ce n'est pas juste parce que les syndicats n'ont rien fait pour s'opposer aux attaques de l'actuel gouvernement de coalition. Les syndicats n'ont pas organisé un seul mouvement de grève significatif depuis qu'ils ont trahi la grève nationale des mineurs en 1984-1985 qui avait duré un an.

Depuis plus d'un quart de siècle, les syndicats collaborent au transfert sans précédent de la richesse de la société, des pauvres vers les ultra-riches et une mince couche riche de la classe moyenne supérieure. Cette dernière est la couche sociale privilégiée représentée par « les dirigeants syndicaux. » Et c'est précisément pour cette même couche que les groupes de l'ex-gauche parlent.

Leurs figures de proue se trouvent, pour la plupart, soit fermement ancrés dans l'appareil syndical, souvent au plus haut niveau, soit dans le monde universitaire et les divers départements du gouvernement local. Ils ne considèrent pas vraiment les syndicats comme un agent du changement social mais plutôt comme le meilleur moyen de réprimer la lutte des classes et de protéger l'ordre établi. Ils utilisent la phraséologie socialiste uniquement pour s'opposer à tout mouvement qui menace d'échapper à la camisole de force organisationnelle et politique de la bureaucratie syndicale.

Le Socialist Party a très clairement démontré ceci lorsqu'il a appelé « le mouvement syndical » à « demander que le contrôle de la police soit placé sous les auspices de comités de police locale, démocratiquement élus » et à « exiger la mise en place d'une enquête démocratiquement menée sur les émeutes et qui comprennent des représentants des syndicats et des associations de quartier, qui puissent aussi établir les paramètres sur la manière dont ces délits sont traités et aient le droit de revenir sur les condamnations déjà infligées. »

Patrouiller les rues, négocier avec la police, déterminer les peines, telles sont les ambitions politiques de l'ex-gauche. Les travailleurs et les jeunes devraient en prendre note. voilà leur réponse à ces quelques nuits d'émeutes. Dans l'éventualité de l'émergence d'une menace révolutionnaire sérieuse pour le capitalisme, ces forces se rangeront aux côtés de la classe dirigeante et de son appareil d'Etat répressif.