La puanteur de l’État policier

Par Julie Hyland
22 août 2011

Les événements des 12 derniers jours sont un avertissement à la classe ouvrière du Royaume-Uni et du monde entier. La répression étatique et l’hystérie de droite déclenchées en réaction aux émeutes des jeunes à Londres et dans d’autres villes révèlent les préparatifs d’une classe dirigeante favorisant les formes de domination de l’État policier.

Les émeutes se sont déclenchées suite à l’exécution par la police de Mark Duggan, un noir de 29 ans, père de quatre enfants, à Tottenham, au nord de Londres, le 4 août, et qui s’est ensuivie par un assaut non provoqué de la police contre une manifestation pacifique dénonçant cet assassinat deux jours après. Près de quinze jours plus tard, aucun policier n’a toujours été identifié, et encore moins accusé, pour ces crimes.

Au lieu de cela, les élites politiques qui ont sanctionné le pillage des fonds publics pour renflouer les banques et les super riches, et qui ont étouffé l'affaire de piratage téléphonique illégal par l’empire médiatique de Rupert Murdoch, ont cherché à attiser une atmosphère de lynchage contre la « criminalité » et « l’immoralité » de la jeunesse ouvrière.

Encouragés par le Parti travailliste, le premier ministre David Cameron et son gouvernement conservateur-libéral démocrate ont organisé une répression étatique vicieuse, autorisant l’utilisation des canons à eau et des balles en plastique, de même que l’appel à l’armée advenant tout désordre social supplémentaire.

Les droits démocratiques fondamentaux sont piétinés. La présomption d’innocence est bafouée alors même que la police procède à des arrestations de masse, les gens détenus étant soumis à des procès-spectacles présidés par les tribunaux agissant directement sur l’ordre des autorités.

Quelque 3 000 personnes, la majorité ayant entre 16 et 24 ans, ont été arrêtées lors de rafles organisées dans la capitale et ailleurs, alors que la police défonçait les portes des maisons des gens qui, pour l’essentiel, n’ont commis que des délits mineurs. Les noms et les photos de personnes qui n’ont été inculpées de quelque infraction que ce soit, et encore moins reconnues coupables, sont diffusés quotidiennement par les médias. Les accusés mineurs, certains n’étant âgés que de 11 ans, ont été dépouillés de leur droit à l’anonymat.

Les magistrats ont été informés qu’ils pouvaient « ignorer le livre des règlements » en ce qui a trait aux normes pour imposer des peines, dans ce que le président des magistrats de Londres a décrit par inadvertance comme étant une « directive » gouvernementale. Plus de 1 500 personnes jusqu’à ce jour ont été traînées devant les tribunaux qui, dans certains cas, siègent 24 heures sur 24, et où, avec la paperasserie à peine terminée et une pénurie d’avocats, les sentences les plus vindicatives et punitives sont prononcées.

Même si beaucoup de ceux qui comparaissent devant le tribunal n’ont pas de condamnation antérieure, plus des deux tiers se sont vu refuser une caution. Des mères et des femmes enceintes ont reçu des peines d’emprisonnement de six mois pour recel. Il en a été de même pour un étudiant, sans casier judiciaire, accusé d’avoir volé des bouteilles d’eau pour une valeur de 3,50 £.

Ce sont les premiers parmi les nombreux autres à suivre devant faire face à une justice sommaire. Des centaines de personnes plus jeunes, ont été mises en détention provisoire pour des mois, en attente de leur procès devant les tribunaux de la Couronne qui ont le pouvoir d’imposer des sanctions encore plus radicales pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement pour participation à une émeute.

La punition collective est à l’ordre du jour, avec des représailles en cours contre les membres des familles des personnes qui auraient été impliquées dans les désordres. Sans la moindre preuve de culpabilité, des mères avec de jeunes enfants reçoivent des avis d’expulsion de leurs logements sociaux, tandis que des plans sont faits pour priver de leurs prestations d’aide sociale les gens accusés de participation à une émeute, même si elles ne sont reconnues coupables d’aucune infraction.

La semaine dernière, alors que les émeutes balayaient Londres, la police a pénétré les réseaux cryptés de messagerie sociale, obtenant l’accès à la téléphonie mobile et aux messages de centaines de personnes. La police s’apprêtait même à fermer les systèmes de messagerie BlackBerry et Twitter. Simultanément, le gouvernement a mobilisé les services secrets du MI5 et le centre d’écoute géant de la sécurité nationale GCHQ pour accéder aux communications électroniques.

Cette même élite dirigeante chante les louanges des médias sociaux pour saper les gouvernements dans d’autres pays quand cela répond à ses intérêts en matière de politique étrangère. Elle a favorisé la soi-disant révolution « twitter » en Iran dans le cadre des efforts des États-Unis pour renverser le président Mahmoud Ahmadinejad et installer un régime plus pro-occidental. À l’intérieur de ses frontières cependant, elle réagit brutalement à toute forme de communication non contrôlée par l’État.

Tout cela est légitimé par le dénigrement de la jeunesse ouvrière qui est qualifiée de « rats enragés » et de « bêtes sauvages ». Tout passe désormais comme un discours acceptable, alors que les représentants de la droite comme de la « gauche » de la politique bourgeoise officielle dénoncent les jeunes comme une « sous-classe criminelle », soi-disant produite par l’État providence et le « multiculturalisme ». Des déclarations similaires se trouvent dans le manifeste fascisant qu’a publié Anders Behring Breivik avant qu’il n’abatte 76 personnes, principalement des jeunes, en Norvège le mois dernier.

À la BBC, l’historien David Starkey a récemment proclamé que le politicien conservateur protofasciste Enoch Powell avait raison de mettre en garde dans les années 1960 que l’immigration conduirait à des désordres civils. Selon Starkey, l’erreur de Powell était de penser que ces désordres seraient le résultat de violences interraciales, alors que ce qui s’est réellement passé, c’est que les jeunes blancs de classe ouvrière « sont devenus des noirs », faisant leur la culture « noire » qui a « fait intrusion en Angleterre, et qui est la raison pour laquelle tant d’entre nous avons littéralement l’impression de vivre en pays étranger ».

Bien que Starkey utilise de façon caractéristique des termes raciaux pour désigner la cible de sa haine, il utilise clairement le terme « noir » pour dénoncer tous les jeunes de la classe ouvrière.

Cette hostilité est partagée par l’establishment libéral et les pourvoyeurs corrompus de la politique identitaire. D’anciens défenseurs de la liberté civile comme Ian Dunt, éditeur de politics.co.uk, déclarent que leurs injonctions d’autrefois contre les mesures autoritaires doivent être abandonnées. Ayant eu « un aperçu de l’effondrement de la société, écrit Dunt, nous devons montrer que nous comprenons la nécessité d’adopter des sanctions plus sévères. »

De par ses éminents représentants que sont Ken Livingstone et Dianne Abbott, la soi-disant « gauche » du Parti travailliste appelle à une mobilisation policière encore plus grande et à l’utilisation des canons à eau, tandis que ses commentateurs minoritaires, qui pendant des années ont prôné les politiques raciales pour faire leur nid, appellent à une plus grande répression. Derrick Campbell, directeur général de Race Equality Sandwell, à West Midlands, appelle pour sa part à ce que les jeunes soient battus.

L’hystérie qui balaie l’élite politique ne peut être attribuée uniquement à l’agitation de la semaine dernière. La bourgeoisie est consciente qu’elle entame maintenant une deuxième étape de la crise mondiale du capitalisme qui exacerbera encore plus les divisions de classe déjà exposées en Europe, au Moyen-Orient et partout ailleurs dans le monde, et qui produira des chocs et des bouleversements énormes.

La bourgeoisie ne voit dans les désordres au Royaume-Uni qu’un avant-goût de ce qui est à venir et elle panique devant son impréparation politique. En privé, elle se demande encore et encore pendant combien de temps le Parti travailliste, les syndicats et le style de vie « de gauche » pourront encore contenir l’opposition populaire à la détérioration des conditions sociales et aux réductions sauvages de dépenses. Dans l’éruption de colère sociale de la jeunesse, elle voit le précurseur effrayant d’un mouvement beaucoup plus vaste de la classe ouvrière.

La réaction de la bourgeoisie face aux émeutes démontre clairement que sa réponse à l’éruption des luttes de classe provoquée par la catastrophe économique découlant de l’échec du système capitaliste sera de détruire les droits démocratiques et de recourir à la violence étatique sans la moindre hésitation.

Les conclusions politiques les plus profondes doivent être tirées. Seul le renversement révolutionnaire du capitalisme permettra à la classe ouvrière et à la jeunesse d’échapper à un avenir de pauvreté et de chômage, à la guerre et à la dictature.

(Article original paru le 17 août 2011)