La panique boursière et l'appel à un gouvernement fort

Par Peter Schwarz
15 août 2011

Alors que partout dans le monde les places boursières chutent, les médias réclament de plus en plus la mise en place de gouvernements musclés.

Le quotidien britannique Daily Telegraph écrit, « De l'expérience, de la compétence et une bonne dose de chance sont nécessaires pour pouvoir éviter un accident grave. Malheureusement, il est terriblement clair que rien de tout cela n'est disponible : les dirigeants occidentaux sont dépassés par les événements. »

Ce journal conservateur décrit le président Barack Obama comme étant « bien intentionné mais inefficace » et accusent la chancelière allemande Angela Merkel d'être « incapable de même saisir le caractère du désastre qui menace l'Europe et encore moins d'en réaliser l'ampleur. »

Le journal allemand Süddeutsche Zeitung se plaint en disant, « La crise de la dette est en train de devenir aux Etats-Unis et en Europe de plus en plus un problème politique domestique. » On ne saurait s'attendre à ce que, sous la pression des événements, les acteurs politiques « trouveront une force inattendue, » parce qu'ils se concentrent sur la prochaine élection ou parce qu'ils doivent tenir compte de majorités parlementaires.

L'agence de notation Standard & Poor's a justifié sa dégradation de la note de crédit du gouvernement américain en rappelant les conflits politiques à Washington : « Nous avons abaissé notre notation de longue date des Etats-Unis, » a écrit S&P, « parce que nous croyons que la controverse au sujet du relèvement du plafond de la dette » montre que « la maîtrise de la hausse des dépenses publiques. est moins probable que nous ne l'avions précédemment supposé et qu'elle restera un processus litigieux et capricieux. »

La conclusion qui découle de cette déclaration est claire, même si elle n'est pas toujours ouvertement énoncée : les élections, les débats parlementaires et autres pratiques démocratiques sont incompatibles avec les dures mesures jugées nécessaires au vu de la crise. L'appel à un régime fort disposant de pouvoirs autoritaires est sans équivoque.

Les mesures exigées dans les commentaires de presse visent exclusivement la classe ouvrière. Standard & Poor's réclame des réductions de 4 mille milliards de dollars dans le budget américain au lieu des 2,4 mille milliards convenus - principalement aux dépens des dépenses sociales. Toutefois, l'ensemble des commentateurs exclut des mesures à l'encontre des banques qui ont déclenché la crise de 2008 par leurs spéculations criminelles et qui en ont ensuite tiré profit grâce aux renflouements gouvernementaux.

Il n'est pas non plus question de programmes de travaux publics en réponse à la récession mondiale, sans parler d'une augmentation des impôts pour les hauts revenus et les grosses fortunes. Des mesures comme celles prises par le président américain Franklin D. Roosevelt en vertu de son « New Deal » suite à la Grande Dépression sont considérées taboues de nos jours. Au lieu de cela, médias et hommes politiques suivent l'exemple du chancelier allemand Heinrich Brüning dans les années 1930.

En mars 1930, dans le contexte de la crise financière, Brüning, du Parti du Centre (Zentrum), avait formé un gouvernement minoritaire qui avait réduit drastiquement les dépenses gouvernementales à coups de décrets d'urgence en précipitant l'économie dans la récession et en poussant le chômage à des niveaux record. Deux ans plus tard, Brüning faisait place à un régime autoritaire qui à son tour ouvrait la voie à Hitler.

Tout comme les médias, c'est l'ensemble des partis officiels qui est en train de suivre l'exemple de Brüning en réagissant à la crise par de nouvelles mesures d'austérité. C'est non seulement le cas des partis de droite (tels les Républicains aux Etats-Unis et les partis conservateurs en Europe), mais aussi des partis dits de « gauche » - les Démocrates américains, les sociaux-démocrates européens, les Verts, La Gauche allemande (Die Linke) et autres partis identiques dans d'autres pays - et les syndicats.

Tous sont prosternés devant les « marchés financiers » - c'est-à-dire une petite clique de multimillionnaires et de milliardaires. En cas de fébrilité des marchés financiers, ils leur offrent davantage de sacrifices sous forme de « plans de sauvetage » financés en ponctionnant les coffres publics et de davantage de coupes sociales. Ils rivalisent pour voir qui sera le plus efficace à réduire les dépenses publiques, à déréglementer le marché du travail et à abaisser les coûts de la main-d'ouvre.

En Italie, les syndicats et les partis de centre-gauche attaquent le gouvernement Berlusconi de la droite parce que ses coupes budgétaires ne sont pas suffisamment drastiques. En Allemagne, le Parti social-démocrate (SPD) et les Verts insistent sur un respect rigoureux du principe de l'équilibre budgétaire appliqué au moyen du frein à l'endettement qu'on a ancré dans la constitution. Aux Etats-Unis, le président démocrate Obama applique aux programmes sociaux les coupes les plus brutales de l'histoire du pays.

En plein milieu de la crise économique la plus profonde depuis les années 1930, pas un seul politicien bourgeois n'a voulu ou n'a été en mesure de proposer une mesure sérieuse pour alléger les conséquences sociales. Au lieu de cela, tous les partis de l'establishment poursuivent une politique qui exacerbe la crise, intensifie les conflits nationaux et mène à la dictature et à la guerre. C'est là une terrible condamnation du système capitaliste.

Dans les années 1930, le New Deal de Roosevelt avait été possible parce que le capitalisme américain avait encore suffisamment de réserves économiques. Le capitalisme allemand, affaibli par la défaite de la Première Guerre mondiale, et ne pouvant se permettre une telle politique a suivi la voie de Brüning et de Hitler.

Aujourd'hui, le capitalisme américain n'est plus en mesure d'appliquer une telle politique. Le pays se trouve au cour de la crise internationale. Il est profondément endetté et n'a pas de réserves économiques. Et, il n'existe pas d'autres puissances capitalistes qui pourraient assumer son rôle.

L'économie allemande est tributaire de l'industrie d'exportation qui souffrirait gravement des conséquences d'une récession internationale. L'Union européenne est en train de se désintégrer sous la pression des marchés financiers. La Chine est déchirée par de profondes contradictions sociales.

La classe ouvrière ne peut pas défendre ses intérêts dans le cadre du capitalisme. Dans un certain nombre de pays, la crise sociale a déclenché des soulèvements révolutionnaires et des protestations sociales. Mais ceux-ci ne peuvent réussir que s'ils engagent une lutte consciente pour le renversement du système de profit, l'établissement d'un gouvernement ouvrier et la construction d'une société socialiste.

Pour faire avancer cette lutte, la classe ouvrière doit rompre avec toutes les organisations qui défendent le capitalisme, y compris les syndicats, et construire un nouveau parti socialiste international. C'est la lutte menée par le Comité International de la Quatrième Internationale et le Parti de l'Egalité sociale.

(Article original paru le 10 août 2011)