Non à la répression d’Etat de la jeunesse britannique

Par le Déclaration du Socialist Equality Party (UK)
16 août 2011

L’éruption primaire de la colère sociale qui a balayé ces derniers jours Londres et d’autres villes britanniques a révélé au grand jour la pauvreté profondément enracinée, la discrimination et la violence policière auxquelles sont confrontés au quotidien les jeunes de la classe ouvrière.

La réaction de l’ensemble de l’establishment politique et des médias est de rejeter toute discussion sur ces conditions. Ils soulignent à l’unisson que les émeutes et les cas de pillage qui ont eu lieu sont exclusivement dus au fait qu’une vaste « sous-classe criminelle » de jeunes « infestait » les centres-villes et qu’il fallait en venir à bout impitoyablement.

C’est une calomnie contre les jeunes. Ces gardiens autoproclamés de la morale qui répandent cette calomnie – des hypocrites de premier ordre ! – oublient de prendre en considération les implications de leurs propres mensonges. Quel jugement faut-il porter à un système social qui produit une génération entière de criminels ?

En réalité, durant 35 ans l’élite dirigeante et ses représentants politiques ont mené une guerre contre la société. Chaque aspect de la vie a été subordonné aux intérêts d’une élite financière parasitaire qui a pillé sans retenue les biens publics en ne laissant sur son chemin que des niveaux record d’inégalité et de privation.

L’immense détresse sociale qui prévaut actuellement ne fera que s’aggraver considérablement. Ce n’est pas un hasard si le contexte des révoltes des jeunes est un nouvel effondrement des marchés boursiers du monde. Une orgie de spéculation et de cupidité de la part d’une infime élite ultra-riche a produit une catastrophe économique.

En Grande-Bretagne, comme ailleurs, la réaction de l’élite dirigeante à l’effondrement du capitalisme a été l’imposition de mesures d’austérité qui plongera des dizaines de millions de gens davantage encore dans la pauvreté. Cette politique de guerre des classes est ce qui sous-tend cette réaction brutale de la part de l’establishment politique et des médias. Leur but est d’inciter à la révolte les éléments les plus réactionnaires afin de pouvoir justifier une répression d’Etat de masse et même des attaques encore plus draconiennes contre les conditions sociales.

C’est pourquoi le premier ministre David Cameron ne jure que par l'«autorité de la loi » (« rule of law ») pour sanctionner le recours aux canons à eau et aux balles en plastique. C’est aussi la raison donnée par le dirigeant du Parti travailliste, Ed Miliband, dont le parti, alors qu’il était au gouvernement a contribué à créer les conditions sociales déplorables contre lesquelles les jeunes sont en train de se rebeller, pour exiger que « les policiers répondent de la manière la plus forte possible. »

Leurs dénonciations de la « criminalité » et de « l’immoralité » des jeunes sont d'un cynisme et d’une hypocrisie époustouflants.

Elles émanent de représentants d’une bourgeoisie qui est en train de mener des guerres d’agression criminelles en Irak, en Afghanistan et maintenant en Libye et dans lesquelles des civils innocents sont tués tous les jours. Ces mêmes politiciens – à commencer par Cameron – qui parlent avec éloquence de morale, ont été démasqués comme étant les laquais politiques du multimilliardaire ultra-réactionnaire, Rupert Murdoch, dont le journal News of the World a été impliqué dans la criminalité à une échelle industrielle, avec corruption systématique de la Police métropolitaine, cette même force de police qui est actuellement lâchée dans les rues de Londres pour attaquer en toute impunité les jeunes de la classe ouvrière.

Aucune mesure n’a été prise contre Murdoch, ni aucun de ses cadres, ni contre les policiers corrompus – et d’ailleurs aucune sanction n’est réclamée. Murdoch et son fils James sont traités avec une déférence écoeurante par les politiciens de tous les partis traditionnels et par les médias.

Dans cette condamnation générale du « non respect de la loi » il n'y a quasiment aucune référence faite à Mark Duggan, 29 ans et père de quatre enfants, dont la fusillade mortelle jeudi dernier par la police a déclenché les émeutes. On n'entend pas d'appels à traduire en justice le policier qui l'a assassiné.

Pas une critique n’a été émise sur les arrestations de masse qui ont lieu partout dans le pays. Près de 2.000 personnes ont été jusque-là interpellées au cours de rafles policières de masse lors lesquelles de jeunes manifestants ont été attaqués et saisis au hasard. Les tribunaux fonctionnent actuellement jour et nuit pour traduire en comparution immédiate les personnes accusées de délits mineurs et dont beaucoup se sont vus refuser une libération sous caution.

Il y a plus que des relents de fascisme dans les appels répétés lancés aux « propriétaires » et aux « citoyens respectables » à « reprendre la rue » à ceux qui ont été qualifiés de « rats errants ». Ecrivant dans le journal Daily Mail, Max Hastings a décrit les jeunes impliqués dans les troubles comme des « animaux sauvages » qui « ne réagissent qu’à des impulsions animales instinctives. » Au début du 19ème siècle, poursuit Hastings avec une approbation non dissimulée, « les flambées de violence sporadiques » de la « sous classe » étaient refoulées « par la force et des sanctions pénales draconiennes, en premier lieu la peine de mort et le bannissement dans les colonies. »

Au contraire, se plaint-il amèrement, « Aujourd’hui, ceux qui sont au bas de la société ne se comportent pas mieux que leurs ancêtres, mais l’Etat providence les a soulagés de la faim et du vrai besoin. »

De telles diatribes racistes et fascistes sont légitimées et diffusées par la presse bourgeoise « respectable » tandis que des forces droitières tel le « libertaire » Paul Staines fait circuler des pétitions sur internet pour demander la restauration de la peine de mort.

La session extraordinaire du parlement doit débattre d'une mesure visant à priver tous les chômeurs impliqués dans les émeutes, des prestations sociales auxquelles ils ont droit. Les émeutes quant à elles sont utilisées pour tester des mesures contre-insurrectionnelles sur le plan national, avant l’apparition de luttes plus importantes de la classe ouvrière dont ces événements sont le signe avant-coureur.

Les révoltes des jeunes ont avant tout révélé au grand jour le caractère méprisable et réactionnaire de ceux qui se qualifient eux-mêmes de « libéraux » et même de gens de « gauche. » Des années durant, ces couches privilégiées de la classe moyenne se sont adaptées à l’inégalité sociale croissante. Totalement indifférentes à l’appauvrissement de vastes couches de la population, leurs références « progressistes » sont entièrement fondées sur leur soutien à la politique d’un certain style de vie et de diverses formes de politique identitaire petite bourgeoise.

Leur réaction aux émeutes urbaines est empreinte de peur intense et de dégoût. Ken Livingtone, du Parti travailliste – autrefois surnommé « Red Ken » [Ken le rouge] – a été parmi les tout premiers à réclamer le recours aux canons à eau, tandis que les députés travaillistes noirs et asiatiques et divers « dirigeants locaux » qui se sont servis de la politique d’égalité raciale pour promouvoir leur carrière et leur compte en banque sont les plus véhéments pour dire que la pauvreté « n’excuse pas » les émeutes et que la police doit riposter avec force.

Ian Dunt, rédacteur de politics.co.uk, a exprimé le plus clairement la perspective de ces couches. Par le passé, il avait écrit que « nous autres qui nous considérons comme des défenseurs des libertés civiles » nous nous méfions des appels au tout sécuritaire lancés par des « partisans de l’autorité. » Mais ce n’est plus le cas. « Soyons clairs, nous avons eu un aperçu de ce qui se passe lorsque la société s’effondre, » a-t-il poursuivi. Nous « devons montrer que nous comprenons la nécessité de sanctions plus sévères lorsqu’elles sont réellement nécessaires pour protéger le public, sinon nous ne serions que des fanatiques sans aucune connaissance de la réalité. »

De telles déclarations témoignent de la tragédie politique de la jeunesse. Leur indignation entièrement justifiée a été incapable de trouver une quelconque expression organisée et progressiste en raison de la pourriture et de la faillite du Parti travailliste et des diverses tendances de « gauche ». Il n’y a rien qui distingue fondamentalement ces derniers des organisations du Parti conservateur et de la droite plus généralement. La seule distinction c'est qu'ils s'adressent à des sections différentes de la même élite privilégiée.

En ce qui concerne les syndicats, leurs efforts systématiques pour saborder et étouffer toute opposition au gouvernement et à ses mesures d’austérité ont joué un rôle central dans l'isolement des jeunes, les laissant frustrés et désarmés.

Le Parti de l’Egalité socialiste (Socialist Equality Party) condamne sans équivoque l’attaque policière qui a été perpétrée contre les jeunes gens et exige le retrait immédiat de la police anti-émeute de toutes les régions qu’elle occupe actuellement. Les personnes détenues pour des délits mineurs doivent être libérées immédiatement sans qu’il y ait de conséquences ultérieures.

Aux jeunes nous disons: Toutes les ressources dont vous avez besoin pour mener la vie profondément satisfaisante et productive à laquelle vous avez droit – des emplois bien payés, une éducation gratuite, un accès à la culture, aux sports et aux loisirs ainsi que d’autres dispositions essentielles – peuvent être obtenues mais seulement en luttant contre le monopole exercé sur la société par les ultra-riches et leurs trois principaux partis politiques – les conservateurs, les travaillistes et les libéraux démocrates.

Vos alliés dans cette lutte sont les travailleurs de Grande-Bretagne et internationalement. La classe ouvrière – votre classe – est la seule force capable de renverser le système capitaliste en réorganisant la vie économique sur la base des besoins sociaux et non sur la base du profit privé.

Aux travailleurs et à ceux qui se préoccupent sincèrement des droits démocratiques et de la lutte pour l’égalité sociale nous disons : Prenez la défense des jeunes. Montrez leur comment sortir de l’avenir cauchemardesque de la pauvreté, du chômage et de la guerre que le capitalisme offre.

Aux travailleurs tout comme aux jeunes nous disons : Lisez et étudiez le socialisme et l’histoire du mouvement marxiste et engagez-vous dans la lutte pour construire le Parti de l’Egalité socialiste en tant que nouvelle direction révolutionnaire de la classe ouvrière.

(Article original paru le 11 août 2011)