Les actions américaines montent en flèche suite à la promesse de la Fed de maintenir les taux d'intérêt près de zéro

Par Barry Grey
13 août 2011

Les actions américaines sont montées en flèche dans la dernière heure d'échanges mardi, après que le Federal Reserve Board se soit engagé à maintenir son taux d'intérêt de référence à son niveau actuel variant de zéro à 0,25 pour cent au moins jusqu'à la mi-2013.

La promesse de la banque centrale de garantir aux banques et aux sociétés pendant au moins deux ans l'accès à des liquidités presque gratuitement, combinée avec un pronostic de chômage de masse pour un avenir indéterminé et l'assurance de la Maison-Blanche de procéder à de profondes coupures dans les programmes sociaux, a déclenché une frénésie d'achats qui a propulsé l'indice Dow Jones en hausse de près de 4 pour cent en une journée.

Le Dow Jones a gagné 429 points (+ 3,98 pour cent). Le Standard & Poor's 500 a bondi de 53 points (4,74 pour cent) et l'indice Nasdaq Composite a grimpé de 124 points (5,29pour cent).

La hausse vertigineuse du prix des actions, après les baisses massives de lundi, reflète une anticipation avide de profits records et de progression des salaires des PDG en dépit d'une aggravation de la crise de l'emploi et de la détresse sociale croissante qui frappe des dizaines de millions de travailleurs.

Le communiqué publié par le Federal Open Market Committee (FOMC), le Comité fédéral du marché libre du Système fédéral de la Réserve des États-Unis responsable de l'élaboration des politiques de la Fed, est en fait une reconnaissance tacite de l'échec de ses politiques depuis le krach de Wall Street en 2008 pour répondre aux causes sous-jacentes de la crise économique. C'est également un désaveu des précédentes assurances selon lesquelles le récent ralentissement aux États-Unis n'était qu'une « mauvaise passe » et qu'une reprise économique était en cours.

L'évaluation de la Fed sur la conjoncture économique et son pronostic pour les prochains mois sont uniformément sombres. La Fed admet que « cette année, la croissance économique a été considérablement plus lente jusqu'à présent par rapport à ce qu'avait prévu le Comité. Les indicateurs suggèrent que l'ensemble des conditions du marché de l'emploi s'est détérioré ces derniers mois, et que le taux de chômage a grimpé. Les dépenses des ménages n'augmentent pas, l'investissement dans les structures non résidentielles est encore faible, et le secteur du logement reste déprimé. »

Contredisant les assurances émises par la Fed lors de la précédente réunion du FOMC à la fin de juin, et suggérant que la crise soit plus profonde que précédemment indiqué, la déclaration de mardi poursuit : « les facteurs temporaires... ne semblent expliquer qu'en partie la faiblesse récente de l'activité économique. »

La Fed a bien précisé qu'elle revoyait à la baisse sa précédente estimation de la croissance économique américaine. « Le Comité, poursuit la déclaration, s'attend maintenant à un rythme un peu plus lent de la reprise pour les trimestres à venir contrairement à ce qu'elle anticipait lors de sa précédente réunion, et elle s'attend à ce que le taux de chômage ne diminue que progressivement... Par ailleurs, les risques de perte en cas de baisse ont augmenté compte tenu des perspectives économiques. »

Cette sombre projection quant à l'emploi a été renforcée dans un rapport publié lundi par le Conference Board, qui a déclaré que l'indicateur de tendance du marché de l'emploi avait diminué pour la troisième fois en quatre mois, et que les employeurs ne pourraient créer que 100 000 nouveaux emplois par mois pour le reste de l'année. Ce taux de création d'emplois n'est pas même suffisant pour maintenir le rythme de croissance normal de la population en âge de travailler.

Goldman Sachs estime maintenant qu'il y a une chance sur trois d'un retour à une croissance négative aux États-Unis, ce qu'on appelle une « récession à double creux ».

La citation du FOMC à propos des « risques de perte en cas de baisse » est une référence oblique aux développements récents qui ont fait voler en éclat toutes les affirmations selon lesquelles le marasme économique actuel n'était qu'un problème temporaire. Ces développements comprennent notamment le ralentissement marqué de la croissance économique aux États-Unis, en Europe et en Asie, la propagation de la crise de la dette européenne à l'Italie et à l'Espagne, et la première décote qui soit du crédit des États-Unis annoncée vendredi par Standard & Poor's.

La Fed n'offre pas de proposition pour résoudre la crise des emplois. Son annonce politique majeure était qu'elle garderait le taux des fonds fédéraux de référence variable de zéro à 0,25 pour cent « au moins jusqu'à la mi-2013 ». C'est la première fois depuis que la banque centrale américaine a réduit le taux des fonds fédéraux à près de zéro, en décembre 2008, qu'elle donne un calendrier précis pour le maintien du taux en place. Dans le passé, la Fed utilisait la phrase « pour une période prolongée », qui signifiait pour au moins plusieurs mois.

La fixation d'un délai prolongé pour l'obtention d'un crédit illimité et presque gratuit est un avantage énorme pour les banques, les fonds spéculatifs et les spéculateurs de toutes sortes, qui sont maintenant sûrs que la Fed va souscrire à de nouvelles bulles financières et à de nouvelles sources de richesse pour l'élite financière. Cela ne fera toutefois rien pour soulager la détresse des 25 millions d'Américains au chômage ou sous-employés, ou pour renverser la croissance de la pauvreté, l'itinérance et la faim. De l'aveu même de la Fed, cette politique même de pompage de crédit à bon marché dans le système financier n'a pas réussi à stopper la croissance du chômage ou à lancer une reprise sérieuse de la croissance économique.

Le FOMC a également indiqué sa volonté d'envisager une nouvelle série de soi-disant « assouplissements quantitatifs », soit l'équivalent électronique d'imprimer simplement des centaines de milliards de dollars pour acheter des bons du Trésor et autres valeurs mobilières. Il déclare : « Le Comité va examiner régulièrement la taille et la composition de son portefeuille de titres et est prêt à ajuster ces participations, le cas échéant. »

C'est là une continuation de la politique du dollar bon marché que les États-Unis mènent depuis le krach de Wall Street. Loin de s'attaquer aux causes de la crise, cette politique les exacerbe en fait considérablement. La forte baisse du dollar alimente en effet les tensions monétaires et commerciales à l'échelle mondiale, alors que les États-Unis profitent du statut privilégié qu'occupe le dollar en tant que monnaie de la réserve mondiale pour faire grimper le prix relatif des exportations des pays rivaux et réduire les prix des produits américains sur les marchés mondiaux. C'est là un moyen, basé sur des considérations nationales à court terme, de décharger la crise du capitalisme américain sur le reste du monde.

La chute du dollar qui s'accentue ne fait qu'aggraver le processus de base au centre de la crise mondiale qui est le vaste déclin de la position économique mondiale des États-Unis.

Le prix de l'or a atteint un nouveau sommet mardi à la suite de l'annonce de la Fed. Les contrats à terme normalisés sur l'or prévus pour livraison en décembre ont progressé de 29,80 $, soit de 1,7 pour cent, clôturant à 1 743 $ l'once à la division Comex de la New York Mercantile Exchange. Le prix de l'or est en hausse de 13 pour cent depuis la fin de juin.

Le dollar a chuté de plus de 5 pour cent par rapport au franc suisse, atteignant un plancher record pour la troisième session consécutive. La devise américaine a maintenant chuté de 30 pour cent par rapport au franc suisse au cours de la dernière année.

Le dollar a également chuté face à l'euro et au yen japonais. Tout juste la semaine dernière, le plongeon continu du dollar a incité le Japon et la Suisse à intervenir sur les marchés pour faire baisser le taux de change de leurs monnaies. La dernière action de la Fed incitera certainement encore plus de mesures du même genre, entraînant inexorablement de nouvelles dévaluations compétitives et une guerre commerciale pure et simple.

Les mesures prises par la Fed, ainsi que par l'administration Obama, sont entièrement axées sur la défense de la richesse de l'élite financière des États-Unis. La politique de crédit bon marché et la baisse du dollar sont calculées pour faire monter le cours des actions et les bénéfices des entreprises, tout en ne faisant rien pour réduire de façon significative le chômage.

Le monde des affaires des États-Unis veut garder un chômage élevé, en vue d'utiliser la détresse sociale qui en résulte pour forcer les travailleurs à accepter des réductions radicales de salaires, et des coupes dans leurs avantages sociaux et leurs conditions de travail. C'est la politique délibérée de l'administration Obama et de l'establishment politique dans son ensemble qui n'est rien de plus qu'une façade derrière laquelle l'élite financière des entreprises exerce une dictature de facto.

(Article original paru le 10 août 2011)