Un ancien haut conseiller du premier ministre britannique est arrêté dans le cadre du scandale des écoutes téléphoniques de Murdoch

Par Julie Hyland
12 juillet 2011

Hier matin, Andy Coulson ancien directeur des communications du premier ministre britannique David Cameron et ancien rédacteur en chef du tabloïd News of the World de Rupert Murdoch, fut arrêté. Il a été remis en liberté sous caution plus tard dans la journée après avoir été interrogé sur une affaire d'écoutes téléphoniques et des pots-de-vin remis à des policiers par le tabloïd.

L'ancien correspondant royal de News of the World, Clive Goodman, fut questionné séparément et aussi remis en liberté sous caution.

Le journal est au centre d'allégations d'écoutes téléphoniques, de remises d'argents à des policiers et d'autres pratiques illégales. Les révélations font plus que menacer le vaste empire commercial de Murdoch. L'arrestation de Coulson personnifie la façon avec laquelle le scandale a engouffré le gouvernement conservateur-libéral démocrate et tout l'establishment politique. Il menace aussi de discréditer tous les partis principaux ainsi que les institutions de l'État.

Le jour précédent, News International (NI), la compagnie mère des journaux britanniques de Murdoch, avait annoncé que News of the World, vieux de 168 ans, qui dominait le marché de la presse écrite du dimanche, cesserait d'être publié. Quelque 200 employés perdront leurs emplois suite à la fermeture. Il y aurait des plans pour démarrer une édition dominicale du Sun, le tabloïd quotidien frère de News of the World.

La décision de fermer le journal a été décrite par certaines personnes comme étant « audacieuse » et « étonnante ». C'était, en fait, le moins que Murdoch pouvait faire pour contenir la vague de révélations qui devenaient de plus en plus dommageables.

Pendant des années, News International, la filiale britannique de News Corporation de Murdoch, a insisté sur le fait que les allégations d'écoutes téléphoniques ne concernaient que quelques célébrités et impliquaient seulement des « journalistes rebelles ». En 2007, l'enquêteur privé Glenn Mulcaire et le correspondant au palais royal Clive Goodman ont été emprisonnés pour avoir piraté des téléphones portables de membres de la famille royale. Depuis ce temps, des millions de livres ont été payés par News International en compensation à différentes célébrités en échange de leur silence.

Cependant, dans les derniers jours, la défense par l'argument du « journaliste rebelle » est devenue impossible à maintenir tandis qu'il devenait de plus en plus évident que des milliers de gens étaient victimes de telles pratiques. Parmi ces gens figurent des victimes d'infanticides et leurs proches, ainsi que des familles des victimes des attentats terroristes de Londres en 2007 et des soldats morts en Irak et en Afghanistan.

La criminalité ne s'arrête pas là. La Commission d'enquête indépendante de la police (IPCC) enquête sur les paiements en argent comptant faits à des policiers en fonction en retour d'informations confidentielles. Brian Paddick, un ancien gradé de la police métropolitaine, a parlé à la BBC cette semaine d'officiers amassant 30.000 livres sterling en une remise, dans des enveloppes au restaurant McDonald's près du quartier général de News International. Coulson, qui a été le rédacteur en chef de News of the World entre 2003 et 2007, aurait autorisé les remises d'argent.

Des cadres de NI sont aussi accusés d'avoir menti au Parlement. Coulson et Rebekah Brooks, actuel PDG de News International et rédactrice en chef de News of the World de 2000 à 2003, ont tous deux témoigné devant des commissions d'enquête parlementaires, soutenant qu'un seul journaliste faisait de l'écoute téléphonique.

Lors d'un débat parlementaire extraordinaire mercredi, un ministre du Parti travailliste, Tom Watson, a prétendu que NI avait tenté de se débarrasser de courriels qui constituaient des preuves incriminantes. Watson a usé de son privilège parlementaire pour déclarer : « Nous savons maintenant que NI vient d'intégrer le milieu criminel. »

Vendredi après-midi, il a été confirmé que la police enquêtait sur la présumée suppression de millions de courriels d'archives internes en Inde par un cadre de News International. Dans une enquête à part, la police de Glasgow étudierait les preuves fournies par Coulson et NI dans le procès de 2010 du chef du Parti socialiste écossais, Tommy Sheridan, qui avait été reconnu coupable de parjure. En procédant à la fermeture de News of the World, NI espère clairement se débarrasser des preuves et protéger Brooks et Murdoch lui-même.

Watson affirme au parlement que James Murdoch, fils de Rupert Murdoch et président de NI, devrait faire face à des accusations criminelles. Il a déclaré : « Il est maintenant clair qu'il a personnellement, sans l'accord du conseil d'administration, autorisé que de l'argent soit offert par sa société pour acheter le silence de personnes qui avaient été victimes de piratage et afin de masquer les comportements criminels au sein de son organisation. Ces actions ne sont rien de moins qu'une tentative d'entrave à la justice. »

Parmi ceux qui ont obtenu un montant d'argent se trouve Gordon Taylor, le directeur de l'Association professionnelle des footballeurs. James Murdoch a donné son approbation à un règlement hors cours de 700 000 livres (1,1 million de dollars).

Un autre élément important pour Murdoch est la protection de son futur achat de BSkyB, une compagnie de télévision satellite, au coût de 8 milliards de livres. Jeremy Hunt, ministre de la Culture, devait très prochainement donner son accord à l'entente, malgré l'opposition. On croit que Hunt va maintenant retarder sa décision. L'action de BSkyB a chuté considérablement à l'annonce de ces développements.

Cameron aussi cherche désespérément à mettre fin à toute cette affaire. Vendredi, il a été forcé d'annoncer la tenue de deux enquêtes séparées sur le scandale entourant News of the World. Lors d'une conférence de presse, ses paroles exprimaient l'ampleur de la crise à laquelle fait face l'establishment politique. « À vrai dire, nous sommes tous dans le même bateau - la presse, les politiciens et les chefs de tous les partis - et oui, je fais aussi partie de ce groupe », a-t-il affirmé.

Le scandale de plus en plus gros entourant l'empire médiatique Murdoch en Grande-Bretagne est un réquisitoire impitoyable contre le système politique et révèle la corruption de la démocratie qui existe au Royaume-Uni. Tous les principaux partis se sont prosternés devant l'ultra-réactionnaire Murdoch, un homme qui a bâti sa réputation et son empire en écrasant les syndicats et détruisant les salaires et les conditions des travailleurs.

Murdoch a appuyé Tony Blair et le Parti travailliste durant la majeure partie des 13 années de gouvernement travailliste depuis 1997, et a ensuite donné son appui aux conservateurs et Cameron en soutenant leur élection en 2010. Avec le soutien de Murdoch, Cameron a déclenché un assaut historique sur ce qui reste de l'État-providence en Grande-Bretagne.

Il a été montré que la totalité de l'establishment politique, la police et les autres sont entièrement redevables à une poignée d'oligarques de la finance, et Murdoch est au premier rang parmi ces individus.

La promesse de Cameron pour une enquête vise à masquer ce fait essentiel. Il a dit qu'il y aurait une enquête menée par un juge sur ce qui s'était produit au journal et sur le fait que la police soit intervenue tardivement. Mais, a-t-il soutenu, « le gros de cette enquête ne pourra être mené que lorsque l'enquête policière aura été terminée ». L'enquête pourrait donc être amorcée que dans plusieurs mois, sinon plusieurs années.

Le chef du Parti travailliste, Ed Miliband, avait précédemment demandé une enquête sous la direction d'un juge. Miliband et le Parti travailliste espèrent manifestement prendre leurs distances avec la presse de Murdoch. Toute véritable enquête serait autant dommageable pour les travaillistes que pour la coalition conservateurs-libéraux démocrates.

La question qui devrait faire l'objet d'une enquête sérieuse n'est pas seulement les actions de l'empire médiatique Murdoch, mais celles de l'élite politique et de la police qui ont cherché à masquer cette criminalité, année après année. Cameron a affirmé dans sa déclaration que son gouvernement était présentement en consultation « avec les commissions d'enquête et autres sur les grandes lignes, les attributions et les pouvoirs » qu'aurait l'enquête. Miliband doit rencontrer Cameron la semaine prochaine pour discuter des conditions de l'accord pour une enquête.

Le but de toutes ces discussions est de s'assurer que tout soit fait pour limiter les conséquences politiques des dernières révélations.

Geoffrey Robertson QC, qui dirige l'Initiative de défense juridique des médias (Media Legal Defence Initiative), s'est déjà opposé à l'idée de Cameron que l'enquête doit attendre la fin de l'enquête policière. Il a soutenu que cela n'était pas une obligation légale. « Si nous voulons vraiment faire la lumière sur cette affaire qui constitue un scandale inédit, nous devons immédiatement amorcer une enquête », a-t-il dit.

La deuxième enquête devrait être menée par un comité d'experts dans le but d'étudier « la culture, l'éthique et les pratiques de la presse britannique ». Ainsi, le gouvernement espère éviter les accusations spécifiques dirigées contre NI et faire oublier le scandale. Par des événements comme le massacre du dimanche sanglant (Bloody Sunday) en Irlande du Nord, la mort du Dr. David Kelly, informateur sur la guerre en Irak, et les mensonges utilisés pour justifier la guerre, l'élite dirigeante britannique est passée maître dans l'art de recourir à des enquêtes qui s'étirent sur des années pour se blanchir de ses crimes et protéger les responsables.

(Article original paru le 9 juillet 2011)