Pas de perspective de « reprise économique » mondiale

Par Nick Beams
9 mai 2011

L’idée selon laquelle l’économie mondiale pourrait encore connaître une « reprise » après la crise financière mondiale a été définitivement mise en pièces par les tout derniers chiffres provenant de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis.

L’économie britannique n’a connu qu’une croissance de 0,5 pour cent au premier trimestre de cette année après une contraction du même pourcentage au dernier trimestre de 2010. L’immobilisme de ces six mois derniers a donné lieu des avertissements comme quoi la Grande-Bretagne était au bord d’une « récession à double creux ».

Aux Etats-Unis, le taux de croissance annualisé au premier trimestre avait chuté de 1,8 pour cent, un déclin par rapport aux 3,1 cent enregistrés au trimestre précédent. Au cours de l’année passée, l’économie américaine avait seulement crû de 2,3 pour cent, moins que les 2,5 pour cent considérés nécessaires pour juste continuer de progresser au rythme de l’expansion de la main-d’œuvre.

Des craintes d’un ralentissement mondial ont déclenché cette semaine des ventes massives sur les marchés de capitaux et de matières premières alors que le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, indiquait qu’une hausse du taux d’intérêt en juin était peu probable vu l’état de l’économie européenne.

La situation de l’emploi à laquelle sont confrontés les travailleurs américains constitue un désastre social. La durée moyenne de chômage d’un travailleur est à présent de 39 semaines – la plus longue période jamais enregistrée. Les jeunes gens sont tout particulièrement touchés. L’année dernière, le taux de chômage pour les 16 à 24 ans avait été de 18,4 pour cent – également un taux record.

La situation économique tant en Grande-Bretagne qu’aux Etats-Unis est caractérisée par des processus qui n’ont pas été vus durant la période d’après-guerre. En Grande-Bretagne, les salaires réels devraient baisser pour la quatrième année consécutive – la première fois depuis les années 1870. Les revenus disponibles des ménages devraient baisser cette année de 2 pour cent en termes réels. Loin d’un retour à la « normale », la situation financière reste extrêmement fragile et le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, mettait en garde cette semaine que toute hausse des taux d’intérêts à long terme aurait des conséquences « sérieuses. »

Aux Etats-Unis il n’y a pas eu de reprise économique alors que les profits avaient augmenté l’année dernière. La cause étant que l’augmentation des profits n’est pas le résultat d’une expansion des marchés mais d’une réduction des coûts, notamment de la réduction des salaires. En conséquence, les profits ne sont pas réinvestis dans de nouveaux investissements – le meilleur moyen pour que le cycle des affaires retrouve des conditions « normales » – parce que les entreprises américaines craignent que les marchés continuent de stagner ou même se contractent. »

A la fin de l’année dernière, les investissements fixes des entreprises étaient en baisse d’environ 15 pour cent par rapport au début de la crise financière les firmes américaines ayant décidé de s’accrocher à leurs profits. De ce fait, leurs avoirs liquides et autres actifs liquides sont passé à plus de 1,93 mille milliards de dollars au troisième trimestre de 2010, une augmentation de plus de 14 pour cent sur l’année.

Les répercussions de l’aggravation de la catastrophe économique et sociale américaine se font sentir internationalement du fait du rôle du dollar américain comme monnaie mondiale.

Afin de soutenir la position des banques et des institutions financières américaines après le krach financier de 2008, la Banque centrale américaine a mis à leur disposition, à des taux d’intérêt quasiment nuls, des centaines de milliards de dollars. Si l’on s’attend à ce que la politique de l’« assouplissement financier » (« quantitative easing ») finisse en juin, la Fed veut néanmoins continuer de maintenir les taux d’intérêt à des niveaux extrêmement bas.

Le résultat en est des turbulences sans précédent sur les marchés financiers internationaux.

Signal clair indiquant un manque de confiance dans la monnaie américaine, il a été révélé cette semaine que la Banque centrale mexicaine avait acheté, en février et mars, près de 100 tonnes d’or comme moyen de transférer ses réserves monétaires hors du dollar américain, en baisse. Les achats mexicains d’or, d’une valeur de 6,4 milliards de dollars aux prix courants, ont été suivis de décisions similaires de la part de la Chine, de l’Inde et de la Russie qui ont tous fait d’importantes acquisitions d’or ces dernières années.

La dépréciation du dollar entraîne à la fois à des tendances à l’inflation et à la récession. Les prix des denrées alimentaires ont grimpé en flèche, de près de 30 pour cent, au cours de l’année écoulée, ajoutant ainsi à la pression exercée sur les niveaux de vie dans les régions plus pauvres d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

Dans le même temps, les pays ayant un taux d’échange flexible connaissent une pression accrue sur les marchés du fait que leurs monnaies augmentent, les soumettant ainsi à une concurrence internationale intense, notamment dans l’industrie manufacturière.

Le Brésil, dont le ministre des Finances Guido Mantega avait mis en garde l’année dernière que la chute du dollar allait entraîner une guerre monétaire, est à présent confronté au risque de « désindustrialisation » du fait de l’appréciation de la monnaie brésilienne, le real, par rapport au dollar.

Le directeur général du groupe industriel allemand Siemens qui fait de vastes investissements au Brésil a dit cette semaine au Financial Times que des contrôles devaient être instaurés pour mettre fin à la hausse du réal en l’absence de quoi le secteur exportations de l’entreprise serait écrasé. « C’est fondamental, il y a un risque de désindustrialisation, » a-t-il dit.

La hausse du real, qui est provoquée par la chute du dollar, affecte toutes les sections de la production manufacturière. Le directeur général d’Arcelor Mittal, le plus gros producteur d’acier du pays, a dit au Financial Times que l’année dernière avait été un « désastre, un désastre quasiment complet ».

Le dollar australien est une autre monnaie qui s’est envolée par rapport à la monnaie américaine. La monnaie australienne est passée de 60 cents pour un dollar américain en 2009 à son niveau le plus élevé depuis sa mise en flottement en 1983, valant par moment 1,10 dollar. Ceci a conduit à des conditions approchant une récession dans tous les secteurs de l’économie autres que l’industrie minière et des ressources.

Plus généralement, les turbulences en cours sur les marchés financiers et dans l’économie mondiale sont accompagnées d’avertissements de la part de porte-paroles du capital financier international comme quoi il n’y a pas de perspective d’un retour à des conditions d’avant la crise. Ce qu’ils exigent, ce sont des mesures d’austérité croissantes à l’encontre de la classe ouvrière.

Tout en annonçant une augmentation de 38 pour cent des profits cette semaine, le directeur de la banque australienne ANZ, Mike Smith, a mis en garde que les entreprises australiennes avaient été structurées pour un « marché en hausse et une croissance constante. Ce qui s’est passé, c’est qu’après la crise, nous avons un ajustement où certaines sections de l’économie sont subitement devenues mondialement non compétitives et les modèles avec lesquels elles avaient fonctionné ne sont plus pérennes. » Il était « irréaliste, » a-t-il dit, de s’attendre à un retour à une « période d’avant la crise. »

Ces avertissements quant à un « changement de paradigme » soulignent le fait que la crise financière de 2008-2009 n’était pas un ralentissement cyclique mais le début d’une massive restructuration des relations économiques et sociales à l’échelle mondiale et visant à rétrograder la position sociale de la classe ouvrière à des niveaux plus vus depuis la Grande dépression. Les élites patronales et financières mondiales s’emploient à imposer ce programme. La classe ouvrière doit réagir en initiant la lutte pour le pouvoir politique comme le premier pas en avant nécessaire pour mettre un terme au système de profit et pour l’application d’un programme économique social à l’échelle internationale.

(Article original paru le 7 mai 2011)