Le système public de santé britannique risque de disparaître

Par Chris Marsden
25 mai 2011

Le gouvernement alliant conservateurs et démocrates-libéraux a préparé des plans pour la destruction du système public de santé National Health Service (NHS) en tant que service universel, général, et sans paiement lors de sa délivrance.

Le projet de loi sur le NHS introduit un système de marché en compétition, dans lequel l'assurance maladie sera rationnée. Elle ne sera plus contrôlée centralement. Chaque hôpital ou autre élément du NHS pourra établir des partenariats avec le secteur privé. Ce projet abolit également le devoir de fournir un service de santé complet et de garantir l'égalité de l'accès aux soins. Cela sera remplacé par des partenariats de médecins généralistes qui décideront des services qu'ils considèrent comme nécessaires, en se fondant sur leur budget. Ces partenariats pourront passer des accords avec des fournisseurs privés et pourront facturer les patients. Il y a déjà 23 compagnies à but lucratif qui font fonctionner 227 cabinets de généralistes.

Les autorités locales peuvent également se voir imposer de prendre à leur charge des fonctions du NHS, alors que leurs budgets se font déjà saigner à blanc.

Ce projet démontre clairement que le gouvernement conservateur-libéral ment quand il prétend que le NHS est « isolé » des effets de ses coupes draconiennes dans les dépenses publiques. Les travailleurs n'auront bientôt plus droit qu'à une liste très limitée de traitements, comme dans le système américain de managed care [où la plupart des salariés sont contraints à ne consulter que chez des partenaires désignés par leur employeur, ndt], et devront finalement compter sur un système d'assurance privé. Ces mesures auront des effets néfastes sur la santé de dizaines de milliers de personnes, voire même leur coûteront la vie.

Comme c'est le cas de toutes les atteintes aux droits des travailleurs, l'assaut frontal sur le NHS a été mené avec l'aide active du Parti travailliste et de la bureaucratie syndicale. La privatisation du NHS avait commencé sous le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher en 1989-90, avec l'introduction du « marché interne. » Mais ce processus est allé bien plus loin sous le dernier gouvernement travailliste.

Sous la bannière de la « modernisation » et du « choix du patient », le Parti travailliste a créé des « hôpitaux à financement d'initiative privée », c-à-d des cliniques privées qui ne s'occupent que de certains traitements rentables, et d'autres mesures qui ont fait affluer de vastes sommes d'argent dans les entreprises du secteur de la santé. En ce qui concerne les syndicats, quelques grèves d'un jour ont eu lieu pour la première fois en près de 20 ans en 2006, puis plus grand chose. Un accord d'interdiction des grèves pour trois ans a été signé en 2008.

Les objectifs partagés par les conservateurs et le Parti travailliste ont été mis en exergue par les commentaires de Mark Britnell, chef du géant de la comptabilité KPMG, à la conférence organisée par le fond d'investissement privé Apax à New York. Britnell a déclaré que le NHS va être transformé en un « assureur public, et non plus un fournisseur public » de services de santé. Il a dit que cela donnait « une grande opportunité » aux grandes entreprises : « Nous ne ferons pas de quartiers avec le NHS, et le meilleur moment pour tirer avantage de cela sera dans les deux prochaines années. »

Le parti travailliste a attaqué les conservateurs parce que Britnell était membre du « cabinet rapproché » de Cameron sur la réforme de la santé. Mais Cameron a pu les contrer en indiquant que Britnell avait été auparavant impliqué dans la rédaction du plan travailliste pour le NHS en 2000, « y compris quant au rôle du secteur privé », et qu'il avait été nommé directeur général de la commission sur le NHS sous le gouvernement travailliste.

La classe ouvrière est engagée dans un combat sans précédent dans l'histoire récente. La création du NHS en 1945 par le gouvernement travailliste était considérée comme cruciale pour abattre l'un des « cinq géants » (le besoin, la maladie, l'insalubrité, l'ignorance et l'inactivité) cités par le rapport Beveridge, rapport devenu le modèle de l'Etat-providence d'après-guerre. Sa destruction annonce un pas majeur sur la voie d'une société où ces géants seront à nouveau en train d'écraser les travailleurs.

Le projet sur le NHS est au centre du plan de réduction des dépenses de 100 milliards de livres qui constitue une contre-révolution sociale dont le but est d'effacer tous les gains de la classe ouvrière au cours du siècle dernier. Animés au départ par leur détermination à récupérer tous les milliards qu'ils avaient donné aux banques après l'effondrement de 2008, le but des dirigeants britanniques et de leur parti est d'organiser un changement fondamental dans les relations de classes en faveur des super-riches.

C'est un phénomène international. Ces mesures d'austérité au Royaume-Uni trouvent leur pendant dans des programmes similaires en Grèce, en Irlande, au Portugal, et en Espagne. Ces pays, et d'autres d'Europe, risquent la banqueroute pour satisfaire les exigences prédatrices des banquiers et des spéculateurs, dont les activités criminelles ont plongé le monde dans un cauchemar économique sans équivalent depuis la Grande dépression.

En suivant cette voie, il n'y a aucun répit en vue. Chaque coup subi par les travailleurs d'un pays ne fait qu'aiguiser encore plus l'appétit de l'élite dirigeante mondiale.

Les coupes appliquées par les conservateurs vont laisser le Royaume-Uni avec un niveau de dépenses publiques proportionnellement inférieur à celui des États-Unis – un pays dont le système social rudimentaire est depuis longtemps considéré en Europe comme un exemple lamentable du capitalisme sauvage et brutal. Mais le gouvernement Obama, avec le soutien des Républicains, fait des coupes gargantuesques lui aussi, il retire des milliers de milliards de dollars dans Medicare [pour les personnes âgées] et Medicaid [pour les personnes à faible revenu], qui sont pourtant déjà à un niveau de prestations minimal. Déjà près d'un tiers des Américains de moins de 65 ans se sont retrouvés sans assurance santé à un moment ou un autre au cours des deux dernières années. Après les coupes d'Obama, cela devrait atteindre 50 pour cent.

La classe ouvrière n'a pas d'autre choix que de relever le défi qui lui est lancé. Combattre ces attaques soulève les questions fondamentales de perspectives et de programme. Le point de départ nécessaire est de reconnaître que la classe dirigeante a rompu sans appel avec les politiques antérieures de compromis social et mène ouvertement une guerre de classe. Les travailleurs doivent riposter de la même manière.

Le NHS et l'entière panoplie de mesures sociales adoptées après la seconde Guerre mondiale ont été dépeints par le Parti travailliste, les syndicats et le Parti communiste stalinien comme la preuve qu'on pouvait rendre le capitalisme non seulement plus humain, mais le réformer à tel point que la société arriverait finalement à une voie pacifique, parlementaire, vers le socialisme.

Cette affirmation servait à dissimuler la vérité fondamentale que toutes les réformes obtenues par la classe ouvrière étaient les produits d'énormes luttes sociales et politiques. En fin de compte, ces réformes démontraient l'énorme crainte des cercles dirigeants de la diffusion de la révolution sociale et d'une réédition des événements déclenchés par la Première guerre mondiale qui amena la Révolution russe de 1917.

C'est une affirmation qui, de plus, a été complètement démentie. La domination de la classe ouvrière durant des dizaines d'années par ces bureaucraties décrépites est, en fait, directement responsables de la création des conditions politiques qui ont permis l'offensive actuelle si féroce. Cette offensive avait commencé sérieusement à la suite de la destruction de l'Union soviétique et de la restauration du capitalisme par l'appareil stalinien. Ce fut le signal de la proclamation de la « mort du socialisme » et l'accueil à bras ouvert du fondamentalisme libéral par les partis de la prétendue « gauche » et les syndicats. C'est ce qui a laissé jusqu'à ce jour les travailleurs démunis de tout moyen de riposter.

La classe ouvrière doit maintenant consciemment réorienter ses luttes en s'appuyant sur la perspective socialiste révolutionnaire qui a inspiré la Révolution d'octobre. Il n'existe aucune autre solution à la crise actuelle en dehors de la mobilisation d'un mouvement politique et social massif de toute la classe ouvrière contre le système capitaliste et ses défenseurs – le gouvernement conservateur-libéral aussi bien que le Parti travailliste et la bureaucratie syndicale ainsi que leurs auxiliaires dans les divers groupes de l'ex-gauche.

C'est une lutte internationale, qui exige une offensive unifiée contre le capital organisé mondialement de la part des travailleurs et des jeunes en Grande-Bretagne, en Europe, aux États-Unis et dans le monde entier. Le but doit être la création de gouvernements ouvriers qui vont assurer l'organisation démocratique de l'économie pour répondre aux besoins essentiels : des emplois décents et bien payés, l'assurance maladie, l'éducation et le logement.

Surtout, la classe ouvrière a besoin d'une nouvelle direction authentiquement socialiste qui défendra ses intérêts avec la radicalité et la détermination dont seuls les agents du grand capital font preuve pour l'instant.

(Article original paru le 20 mai 2011 )