D’autres rafles policières et une chasse à l’homme à l'échelle européenne contre des opposants du G20

Par Sven Heymanns
20 septembre 2018

Lors d’une importante rafle dans trois États fédéraux, la police a fouillé un total de 15 appartements mardi matin et a arrêté une personne. Selon la police, l’action était dirigée contre des suspects qui auraient participé à des émeutes en périphérie du sommet du G20 à Hambourg en juillet dernier.

Tandis que la police réprime massivement les manifestants du G20 depuis plus d’un an, même ceux soupçonnés d’avoir simplement jeté une bouteille, des groupes entiers de néonazis à Chemnitz, Köthen et d’autres villes font la chasse aux sorcières aux immigrés, aux journalistes et aux gens de gauche, et ils reçoivent une protection des plus hauts niveaux de l’appareil d’État.

Mardi, un homme de 35 ans du district de Winterhude à Hambourg a été arrêté. Il était censé être connu de la police avant le sommet du G20 et impliqué dans des émeutes au Schanzenviertel. Selon le Hamburger Morgenpost, il est accusé d'avoir jeté des pierres et des bouteilles 19 fois et d'avoir volé deux supermarchés. Les appartements ont été fouillés dans le Schleswig-Holstein et la Rhénanie du Nord-Westphalie, ainsi qu'à Dortmund. Cependant, il n'y a pas eu d'autres arrestations.

Selon la police, les fouilles ont impliqué plus de 10 suspects. Ils auraient participé à des émeutes dans le Schanzenviertel ainsi qu’à la manifestation «Welcome to Hell» (Bienvenue en enfer). Ils sont notamment accusés de graves violations de la paix, de résistance aux forces de l’ordre, de voies de fait et de vol de supermarchés. Selon le porte-parole de la police de Hambourg, Timo Zill, tous les suspects étaient depuis longtemps dans la ligne de mire des enquêteurs. La police a notamment confisqué des ordinateurs et des téléphones portables.

Mardi, la police de Hambourg a également lancé une recherche paneuropéenne sur quatre «criminels violents» présumés. Ils auraient été impliqués dans l’incendie de voitures sur l’Elbchaussee le 7 juillet 2017. Les personnes recherchées sont trois hommes et une femme; l’un des hommes est soupçonné de vivre principalement en France. Le chef de la commission spéciale sur le «Schwarzer Block» (Black Block), Jan Hieber, a déclaré que les activités des suspects étaient une «opération commando» – un terme généralement attribué à des terroristes tels que la Fraction armée rouge.

De manière significative, la police a également publié plusieurs photos censées montrer les personnes recherchées. Le porte-parole de la police s’est empressé de souligner que leur publication avait été approuvée par le tribunal à la suite d’une demande du parquet. En décembre dernier, en coopération avec le journal Bild, la police avait déjà publié des photos de centaines de manifestants et violé ainsi massivement leurs libertés individuelles. Comme l’a écrit le WSWS à l’époque, «rien de comparable n’a eu lieu depuis la fondation de la République fédérale allemande». L’action était si scandaleuse que même de nombreux commentateurs bourgeois ont déclaré que le comportement de la police était «illégal».

La répression de masse de la police contre les émeutiers présumés est totalement disproportionnée. Elle sert à justifier l’augmentation massive des pouvoirs de l’appareil de sécurité et à se préparer à la persécution et à la répression de toutes les manifestations de gauche. La violence entourant le sommet du G20 a été en grande partie provoquée par la police puis exagérée dans les médias. Toutes les histoires horrifiques dans les rapports de police, divulguées sans contrôle par les médias, se sont révélées être des mensonges.

Par exemple, aucune preuve n’a été trouvée pour étayer l’affirmation selon laquelle des manifestants sur les toits auraient cherché à lancer des pierres et des cocktails Molotov. Malgré des recherches intensives et une enquête médico-légale, la police n’a pas été en mesure de présenter de tels objets et, malgré une surveillance vidéo complète, ils ne sont pas en mesure de documenter définitivement leur utilisation. En fait, beaucoup de ceux qui étaient sur les toits ou les échafaudages se sont avérés être des équipes de tournage ou des gens curieux.

Quelques semaines après les allégations selon lesquelles la police aurait «été ciblée par des tas de bouteilles, de bornes en plastique et de pétards lancés en leur direction» et qui provenaient des rangs de la manifestation. Une vidéo de la police réfutant complètement l’histoire a été divulguée. La vidéo montre clairement qu’il n’y a pas eu usage de la force contre la police, mais que la police a à son tour couru vers les manifestants, qui ont été atteints par des canons à eau.

Par ailleurs, on sait également que la police elle-même a infiltré de nombreux provocateurs dans les contre-protestations du sommet du G20. Lors d’un procès contre un manifestant du G20 en mai, un policier en civil d’un service de police de Saxe interrogé comme témoin a déclaré que lui et trois autres collègues s’étaient déguisés parmi les manifestants de la manifestation «Welcome to Hell». Ils s’étaient habillés de vêtements foncés et «ils se sont couvert le visage d’une écharpe noire», a rapporté Der Spiegel depuis le procès. «Nous avons reçu une subvention pour ces vêtements de notre employeur», a déclaré le policier au tribunal. Le chef du syndicat de la police allemande à Hambourg, Joachim Lenders, a décrit l’infiltration de policiers en civil dans des manifestations de gauche à l’époque comme une «pratique courante».

La manifestation «Welcome to Hell» a eu lieu cinq jours avant le sommet du G20 et a été violemment dispersée par la police après seulement quelques centaines de mètres, certains des participants ayant le visage couvert. Cette procédure a ensuite servi de prétexte à une répression brutale de la police contre des manifestants pacifiques lors de nombreuses autres manifestations. À l’instar d’un exercice de guerre civile, plus de 20.000 policiers de toute l’Allemagne ont été rassemblés à Hambourg, faisant de la ville une véritable garnison et suspendant de nombreux droits fondamentaux. Entre autres, de nombreux journalistes ont été brièvement privés de leur accréditation.

Dans les semaines qui ont suivi le sommet, ces «actes de violence» de prétendus «extrémistes de gauche» ont ensuite servi de prétexte pour préparer une campagne sans précédent contre les «gauchistes». Le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, alors ministre de la Justice, avait appelé à un concert «Rock contre la gauche». Le fait que des groupes d’extrême droite tels que l’organisation de jeunesse du Parti national allemand (NPD) et les «hooligans contre les salafistes» ont appelé à participer aux manifestations et dont de nombreux néonazis ont participé aux émeutes n’a pas été mentionné.

Le nouveau «Rapport de protection constitutionnelle» élaboré par les services secrets et qui a été rendu public il y a quelques semaines indique clairement que le récit des supposées émeutes de gauche à la périphérie du sommet du G20 cache le véritable motif: criminaliser la politique de gauche comme étant anticonstitutionnelles et de présenter les manifestants du G20 comme des extrémistes de gauche fanatiques. «L’accent mis sur l’agitation extrémiste de gauche» en 2017 a été «résolument» influencé par le sommet. La «violence contre les policiers et l’ampleur des crimes de rue commis dans la région» sont «des exemples frappants de l’attitude des extrémistes de gauche violents envers la violence», lit-on dans la partie introductive sur «L’extrémisme de gauche».

Depuis, cette représentation des manifestations du G20 a été utilisée pour criminaliser toute opposition de gauche. Cette année, par exemple, le Sozialistische Gleichheitspartei (Parti de l’égalité socialiste) a été nommé pour la première fois dans le rapport sur les services secrets, même s’il n’y a aucune accusation qu’il aurait pris part à des actions violentes. Quelques semaines à peine après le sommet du G20, le ministre de l’Intérieur d’alors, Thomas de Maizière, avait profité des événements de Hambourg pour interdire le site de gauche linksunten.indymedia.

(Article paru d’abord en anglais le 19 septembre 2018)