Meurtre de Clément Méric: peines minimales pour les trois voyous néo-fascistes

Par Anthony Torres
15 septembre 2018

Cinq ans après le meurtre de Clément Méric et après dix jours de procès, les voyous néo-fascistes qui l‘ont tué ont été condamnés à des peines minimales d’emprisonnement. Durant le procès, la justice qui s’est refusée à reconnaître le caractère ouvertement politique du meurtre, a obscurci les principales questions qu’il soulevait.

Les peines requises par l’avocat général étaient, elles, déjà minimales. Il avait demandé douze ans de réclusion criminelle à l’encontre d’Esteban Morillo, 25 ans, qui a reconnu avoir frappé deux fois Clément Méric au visage, sept ans de prison ferme pour Samuel Dufour, 25 ans, porteur a minima de bagues, «armes par destination», et quatre ans dont deux avec sursis pour Alexandre Eyraud, 29 ans, jugé pour «violences volontaires».

Après un peu moins de 10 heures de délibération, la cour a décidé d’une peine de prison de 11 ans pour Morillo et de 7 ans pour Dufour. Eyraud, qui était aussi présent lors de l’attaque de Méric, a été acquitté. Une trentaine de gendarmes étaient postés devant la salle d’audience en cas de débordement à l’annonce du verdict.

Pour justifier les peines requises, l’avocat général avait retenu la circonstance aggravante de réunion: «le groupe a été le moteur de l’acte. (…) Il y a chez les accusés, amateurs de violence et de haine, une montée d’adrénaline, de fierté mal placée». Le mobile était que «Plutôt que de passer (leur) chemin», les skinheads avaient foncé « au-devant de leurs adversaires. Une, deux, trois, quatre…sept secondes, voici le temps pendant lequel des coups sont échangés» a-t-il commenté, parlant de «sauvagerie inadmissible».

Les peines minimales prononcées à l’issue de ce procès confirment ce que le WSWS avait relevé dès son ouverture, à savoir le manque de sérieux dans la procédure et la couverture de l’extrême-droite de la part de la justice. On a passé sous silence des questions qui auraient dû être soulevées au procès — notamment le rôle de l’Etat, de la police et du gouvernement Hollande.

Des témoins affirment qu’Esteban Morillo avait un coup de poing américain et que les SMS interceptés de Samuel Dufour prouvent que les voyous néo-fascistes étaient bel et bien armés. Mais la justice n’en a pas tenu compte. Malgré la présence d’une vidéo de l’homicide de Méric, il a fallu cinq ans à la police et à la justice pour lancer le procès de ses tueurs.

Pendant les dix jours qu’aura duré ce procès, la justice s’est contentée de chercher à déterminer qui avait porté le coup fatal au jeune militant Méric et si le ou les meurtriers étaient armés. La justice n’a pas pris au sérieux les motivations politiques des trois néo-nazis qui faisaient partie des Jeunesses nationalistes révolutionnaires, le service d’ordre du groupe néo-fasciste Troisième Voie.

La justice a refusé de reconnaître le crime politique alors que celui ci avait été clairement admis par le dirigeant des JNR et de Troisième Voie, Serge Ayoub, après s’être fait porté malade dans un premier temps. Celui qui dispose de réseaux dans la police et le renseignement avait expliqué à la barre que si Méric était mort, c’est qu’« il l’[avait] voulu ».

L’avocat d’Esteban Morillo a annoncé qu’il allait immédiatement faire appel du verdict du tribunal: «la cour a prononcé une peine lourde. Nous sommes en désaccord total avec ce verdict. Ce procès était la première partie. Il y en aura une seconde.»

Toutes les personnes impliquées dans ce crime politique n’étaient pas sur le banc des accusés. Serge Ayoub, appelé par l’ex-petite amie d’Estaban Morillo après mais aussi avant le meurtre et qui avait de plus été en contact avec la préfecture de police de Paris juste après le meurtre, n’a jamais été inquiété.

Lors de son audition, la justice n’a pas essayé de savoir qui était le contact d’Ayoub à la préfecture, malgré le fait que celui-ci avait reconnu avoir «tenté d’appeler la préfecture» et un «contact pour les manifs» pour dire que les «gamins» allaient se rendre, mais pas sans avocat. Il aurait dit à son contact de la préfecture que pour les jeunes ayant frappé Méric à mort, «y aller tout seul, c’est se faire broyer.». Cette personne contactée par Ayoub n’a pas été convoquée par la justice pour faire la lumière sur cette discussion et l’influence que celui-ci a pu avoir dans le crime ou sur la procédure de police.

Ce qui est ressorti de l’action de la justice et de l’État n’était pas une procédure judiciaire sérieuse. Ceci est directement lié aux virage politique réactionnaire de la bourgeoisie française depuis le meurtre. En 2013, le climat politique officiel en France n’était nullement propice à une investigation de ce meurtre, la classe dirigeante préparant elle-même un vaste tournant vers l’extrême-droite. Les néo-nazis ont été libérés sous contrôle judiciaire. Deux ans plus tard, la France entrait dans l‘état d’urgence.

En suspendant les droits démocratiques pour donner libre cours à la police, en invitant Marine Le Pen à l’Elysée, et en proposant d’inscrire dans la constitution la politique vichyste de déchéance de nationalité, liée à la Shoah, Hollande et le PS lançaient autant de signaux aux Ayoub et consorts. La classe dirigeante considérait à présent que leurs positions étaient légitimes et nécessaires. Dans ces circonstances-là, la justice avait moins que jamais intérêt à révéler l’hostilité meurtrière des néofascistes envers les sentiments de gauche existant parmi les jeunes, les travailleurs et la population en général.

La couverture de l’extrême droite par la justice et l’État dans l’affaire Méric durant ces cinq ans et les peines minimales prononcées contre les trois néofascistes ne mettront pas fin aux violences de l’extrême droite. Bien au contraire: l’État a donné ici le feu vert pour d’autres affaires Méric.