Bernie Sanders organise des rassemblements pour soutenir le Parti démocrate au Michigan

Par Eric London
7 août 2018

Le sénateur Bernie Sanders s'est rendu au Michigan dimanche pour la campagne d’Abdul El-Sayed, candidat démocrate au poste de gouverneur aux élections primaires du 7 août. Moins de 48 heures avant l'ouverture des bureaux de vote, Sanders était en plein «mode révolutionnaire», faisant des sermons sur le pouvoir de l'élite patronale devant une foule de 2.000 personnes. Comme l'écrivait Léon Trotsky en 1938, «Les réformistes ont un bon instinct pour ce que veut entendre le public».

De la «Croix d'or» de William Jennings Bryan aux «Quatorze points» de Woodrow Wilson et la «Seconde Déclaration des droits» de Franklin Roosevelt, les démocrates se sont toujours présentés en tant «qu’amis du peuple» pour empêcher la classe ouvrière de rompre avec la politique bourgeoise, ce qui a valu au parti le surnom de «cimetière des mouvements sociaux».

Sanders est le dernier représentant de cette tradition. Mais l'époque à laquelle le capitalisme américain pouvait encore offrir une base économique à la réforme sociale est depuis longtemps révolue. Au lieu de cela, la campagne présidentielle de Sanders de 2016, qui dénonçait Hillary Clinton comme un pantin de Wall Street et appelait à la «révolution politique», s'est terminée avec son appui donné à Clinton, qui avait conspiré avec le Comité national démocrate pour saboter sa campagne et permettre au candidat méprisé de Wall Street et de la CIA de remporter l'investiture.

Lors de l'élection générale, Sanders a fait campagne en tant que partisan fidèle du Parti démocrate, qui est responsable de l'inégalité sociale à laquelle il prétend s'opposer. Sous les gouvernements de Barack Obama et Bill Clinton, les démocrates ont imposé des réductions massives à l'aide sociale, l'éducation, l’aide alimentaire et d'autres programmes sociaux, tout en renflouant les banques, en réduisant les impôts pour les riches et en éliminant les réglementations sur les entreprises. Au lendemain de la crise financière de 2008, l'administration Obama a supervisé le plus grand transfert de richesse de l'histoire américaine de la classe ouvrière vers les riches.

Aujourd'hui, en pleine croissance des luttes de la classe ouvrière parmi les enseignants, les travailleurs d'UPS et d'autres sections de la classe ouvrière, Sanders reprend son discours de «gauche».

Bernie Sanders au Cobo Hall à Detroit

Dans son discours de dimanche, Sanders a dénoncé le fait que trois milliardaires possèdent la même part des richesses que la moitié la plus pauvre de la population américaine. L'un de ces milliardaires, Jeff Bezos, PDG d'Amazon, «voit sa richesse augmenter de 275 millions de dollars par jour, mais il a des milliers de travailleurs qui gagnent des salaires si bas qu'ils dépendent de l’aide sociale», a déclaré M. Sanders.

Tout comme Sanders, El-Sayed, dont la revendication populaire «Medicare pour tous» l'a rapproché de son principal adversaire démocrate à moins de 10 % d’écart, dit ce que les électeurs veulent entendre, d’après les indices que lui procurent des groupes de discussion et les sondages. Il a parlé de sa propre biographie personnelle, racontant son histoire en tant qu'enfant d'un immigrant et père d'une jeune fille «biraciale». Il a répété les slogans vagues de Sanders, en affirmant que «Nous avons une politique brisée», faisant référence à la domination du pouvoir des entreprises.

Cette démagogie ne coûte rien aux entreprises. Sanders et El-Sayed ont parlé de la nécessité d'élargir les programmes sociaux et de fournir des soins de santé à tous, mais ni l'un ni l'autre n'a abordé la question centrale: où trouvera-t-on les milliers de milliards de dollars nécessaires pour financer de tels programmes?

Le financement des programmes sociaux, la création de bons emplois, les soins de santé, l'éducation, l'alimentation, l'eau potable et l'infrastructure nécessiteront une révolution sociale pour placer les forces productives entre les mains de la classe ouvrière, qui produit toute la richesse de la société.

Plus remarquable que ce qu'ils ont dit est ce que Sanders et El-Sayed n'ont pas dit. Ils n’ont pas mentionné les guerres de l'impérialisme américain, qui ont coûté des millions de vies humaines, ni non plus le fait que l'appareil militaire et les services de renseignement drainent le pays de centaines de milliards de dollars chaque année.

Sanders a pratiquement passé sous silence l'attaque de Trump contre les immigrants et n'a pas mentionné que plus de 500 enfants demeurent séparés de leurs parents dans des centres de détention et des foyers d'accueil à travers le pays. Il n’a pas non plus discuté du fait que la police tue plus de 1.000 personnes chaque année, ni du fait que l'Agence de sécurité nationale (NSA) continue de surveiller les communications de la population mondiale.

Ces omissions soulignent le fait que Sanders est un envoyé du Parti démocrate pour canaliser l'opposition sociale croissante derrière le système bipartite.

Il a passé la majorité de sa carrière politique à l'extérieur du Parti démocrate, le critiquant en tant que parti de Wall Street et des grandes entreprises. Mais au moment même où des dizaines de millions d'Américains arrivent à cette même conclusion, Sanders s'est fait le principal porte-parole des démocrates, exhortant ses partisans à transformer leur opposition à l'inégalité en campagnes pour élire les démocrates.

Abdul El-Sayed au Cobo Hall à Detroit

Le Parti démocrate est devenu le parti préféré de Wall Street, des grandes entreprises et des agences de renseignement militaire. Les frères Koch, milliardaires de droite, ont annoncé qu'ils financeront désormais des initiatives et des campagnes démocrates. L'ancien directeur du FBI James Comey a tweeté que les partisans des agences de renseignement «doivent voter pour les démocrates cet automne».

Le Parti démocrate subordonne l'opposition à Trump, avec ses attaques contre les immigrés, ses réductions d'impôts pour les riches et sa nomination d’un nouveau juge de droite à la Cour suprême à leur campagne hystérique et infondée qui tente de jeter le blâme sur la Russie pour tous les maux sociaux affligeant l'Amérique. Si les démocrates reprennent le Congrès cet automne, leurs cadres d'agents de sécurité et de renseignement nationaux et d'anciens officiers de combat auront la balance du pouvoir (voir : «Les démocrates de la CIA»).

Alors que les agents démocrates «progressistes» autour des El-Sayed et Sanders traitent leurs différences avec Clinton et les républicains comme une «mêlée entre collègues» – comme Obama appelait le conflit entre Clinton et Trump – ils traitent toute opposition de gauche comme un acte de guerre.

L'aspect le plus significatif des événements au Michigan a été la façon dont les représentants de la campagne El-Sayed ont répondu aux journalistes du World Socialist Web Site et à une équipe faisant campagne pour Niles Niemuth, le candidat du Parti de l’égalité socialiste dans le 12e district du Congrès du Michigan. Les journalistes de WSWS se sont vu refuser les accréditations de presse au Cobo Hall à Detroit et lors d'un rassemblement à Ypsilanti, alors même que la campagne El-Sayed reconnaissait qu'elle avait donné accès à des publications capitalistes comme le New York Times et le Wall Street Journal.

À Detroit, les responsables de la campagne El-Sayed ont déclaré qu'ils n'autoriseraient pas la distribution d'articles «négatifs» envers la campagne El-Sayed et n'ont cédé que lorsque les militants du WSWS ont expliqué que le Premier Amendement s'appliquait également aux articles critiques d'El-Sayed. À Ypsilanti, ils ont empêché Niemuth et ses partisans de distribuer du matériel à l'extérieur de la salle.

La réponse du Parti démocrate n’est pas un signe de force, mais de faiblesse. Le WSWS était largement connu des participants, en particulier des travailleurs de l'automobile et des jeunes, et beaucoup d'entre eux ont exprimé leur hostilité à l'acte de censure politique de la campagne El-Sayed. Sanders, El-Sayed et cette faction soi-disant de gauche du Parti démocrate sont avant tout préoccupés par le fait que ceux qu'ils attirent par des promesses vides et des politiques frauduleuses aient accès à une véritable perspective socialiste et révolutionnaire.

L’esprit d'opposition sociale grandissant doit s’émanciper de l'emprise des deux partis et des syndicats et se transformer en un mouvement révolutionnaire de masse pour abolir le système capitaliste et placer les forces productives du monde entre les mains de la classe ouvrière internationale. Le Parti de l’égalité socialiste est l’avant-garde de cette lutte.

(Article paru en anglais le 6 août 2018)