Die Linke soutient les politiques anti-réfugiés du gouvernement allemand

Par Johannes Stern
4 juillet 2018

Beaucoup de gens sont consternés par le traitement brutal et inhumain des réfugiés par l’Union européenne et ses gouvernements nationaux. Lors du sommet de l’UE la semaine dernière, des mesures ont été discutées et préparées qui rappellent la période la plus sombre de l’histoire allemande et européenne. Elles vont de la construction de véritables camps de concentration en Afrique du Nord et en Europe, à l’enregistrement de Sinti et de Roms en Italie, à la déportation de centaines de milliers de personnes vers des zones de guerre au Moyen-Orient.

En Allemagne, la grande coalition a adopté la politique des réfugiés d’extrême droite de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD). L’actuel conflit au sein de la coalition gouvernementale entre l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et son parti frère en Bavière, l’Union chrétienne-sociale

(CSU), concerne la meilleure façon d’organiser et d’appliquer des mesures anti-réfugiés. Tant la « solution nationale » du ministre de l’Intérieur Horst Seehofer (CSU), qui veut refouler les réfugiés déjà enregistrés à la frontière allemande, que la prétendue « solution européenne » de la chancelière Angela Merkel (CDU), augurent des déportations de masse et du rejet brutal des réfugiés.

Que ces politiques puissent être avancées malgré l’opposition contre l’extrémisme de droite et le fascisme, c’est surtout grâce au virage à droite de tout le milieu rouge-rouge-vert. Alors que le Parti social-démocrate (SPD) a promu une ligne anti-réfugiés en tant que parti au pouvoir, les Verts soutiennent Merkel et l’UE, et le Parti de gauche (Die Linke), a réussi à attaquer la grande coalition depuis la droite.

Le conflit entre la CDU et la CSU n’est qu’« une simple politique symbolique » et ne porte pas sur le problème des réfugiés lui-même, s’est plaint Sahra Wagenknecht, dirigeante de l’aile parlementaire du Parti de gauche, dans un entretien avec la chaîne d’informations allemande Phoenix mardi. « Tout le monde sait que ce que Seehofer propose ne changerait pas du tout le problème. Si l’Allemagne déclare unilatéralement que nous allons renvoyer les réfugiés enregistrés, alors d’autres pays diront aussi qu’ils ne les enregistreront plus mais les laisseront passer. Nous serions alors dans exactement la même situation qu’aujourd’hui. » Les deux parties sont

« complètement dépassées par le problème central » et ce n’est pas « un bon indicateur de l’avenir de l’Allemagne », a-t-elle ajouté.

La tirade nationaliste et anti-réfugiés de Wagenknecht n’est pas nouvelle. Début 2016, elle a déclaré : « Quiconque abuse de notre hospitalité a renoncé au droit d’être notre invité » et a été applaudie par le président de l’AfD, Alexander Gauland. Entre temps, tout le parti a basculé sur cette ligne. Et ce n’est pas juste un changement de rhétorique. Partout où le parti a gouverné au niveau d’État régional avec le SPD et les Verts, il a traité les réfugiés au moins aussi brutalement et impitoyablement que la grande coalition du gouvernement fédéral ou la CSU de Seehofer en Bavière.

Le parti l’avoue sans gêne. Un article intitulé « Un bilan de la politique d’asile de gauche en Thuringe et à Berlin », actuellement affiché sur le site de Marx21, se lit comme suit : « Après la Sarre, la Thuringe est le deuxième État plus diligent en matière de déportations. Dans la première moitié de 2017, la proportion de personnes expulsées par rapport au nombre de ceux qui étaient censés quitter le pays était de 45,5 %, presque trois fois plus élevée qu’en Bavière. »

Marx21 est un groupe de pseudo-gauche qui occupe de hautes fonctions au sein du Parti de gauche et de son aile parlementaire. Il est directement impliqué à tous les niveaux dans les politiques qu’il décrit dans l’article. L’auteur, Irmgard Wurdack, dresse le portrait d’un parti qui est à la hauteur des groupes ouvertement de droite et terrorise brutalement les réfugiés.

« Il y a des reportages croissants selon lesquels les réfugiés sont intimidés pendant la consultation de retour afin qu’ils partent “volontairement” ». Le Conseil des Réfugiés de Thuringe a critiqué à plusieurs reprises « la pratique de la déportation en Thuringe ». On est « en train de traiter ici d’une toute nouvelle dimension : en Thuringe il y a des déportations massives, même dans des cas qui étaient clairement traités illégalement », a déclaré Wurdack, citant un porte-parole du conseil des réfugiés.

Il est également évident à Berlin « qu’un gouvernement dans lequel le Parti de gauche est actif ne signifie nullement une politique d’asile de la gauche », écrit Wurdack. En effet, « le frein à l’endettement auquel la Gauche s’est engagée dans le Sénat rouge-rouge-vert laisse peu de place à des fonds supplémentaires pour accueillir les nouveaux arrivants ou ceux qui vivent déjà ici. » Ainsi, « les réfugiés seront ghettoïsés par milliers dans des camps de masse – y compris dans des conteneurs, avec des sous-normes et même sur Tempelhof Field [à Berlin]. »

De plus, Elke Breitenbach, la sénatrice du Parti de gauche responsable des services sociaux, a

« refusé les services de pension complète sous la forme d’argent et réintroduit à leur place des prestations en nature. » Dans le « centre d’arrivée » rétabli, les réfugiés doivent « passer la nuit dans un hangar d’avion de 20 mètres de haut avec plus de 100 personnes avec un bruit constant et dorment dans des couchettes ouvertes vers le haut et sans porte. » La sénatrice Breitenbach est seule responsable des « conditions inhumaines dans le hangar ».

À la fin de son bilan, Wurdack fait des excuses pour la politique antisociale et anti-réfugiés de son parti avec les mots : « Même la politique relative aux réfugiés des États avec la participation de la Gauche au gouvernement » montre « surtout douloureusement combien nos collègues y sont contraints par les limites du cadre politique. »

En réalité, les politiciens de Die Linke ne sont pas « forcés ». Ils mettent en œuvre des politiques réactionnaires qu’ils soutiennent réellement et qui correspondent aux intérêts sociaux et politiques des classes moyennes aisées qu’ils représentent. Cela est particulièrement vrai pour toutes les tendances de pseudo-gauche au sein du Parti de gauche. Marx21 a longtemps battu le tambour pour une coalition de gouvernement rouge-rouge-verte et est profondément intégrée dans le tissu du militarisme allemand. Maintenant, ces tendances soutiennent ouvertement les positions de droite dans la politique des réfugiés.

Cela vaut également pour Alternative Socialiste (SAV), une autre fraction de pseudo-gauche de la direction du parti. Dans un nouvel entretien à la dernière conférence du Parti de gauche à Leipzig, le porte-parole nationale Sascha Stanicic a explicitement rejeté l’appel à des « frontières ouvertes ». Une telle chose « ne peut exister dans le cadre du capitalisme », a-t-il dit, mais « seulement dans un monde socialiste » Cela signifie « que la formulation présentée comme une revendication est de peu d’aide. » En outre, « c’est un concept qui est difficile à communiquer à des sections de la classe ouvrière ».

En réalité, il existe une opposition significative parmi les travailleurs et les jeunes au traitement brutal des réfugiés et au virage à droite de tout l’establishment politique. Il est clair que la terreur exercée contre les réfugiés est dirigée contre l’ensemble de la classe ouvrière et sert à déplacer encore plus vers la droite la politique allemande et européenne. Pour lutter contre la politique du militarisme, de la construction de l’appareil d’État, de coupes sociales et de persécution des réfugiés, les travailleurs et les jeunes doivent lutter contre toutes les factions de la classe dirigeante – de l’AfD à la pseudo-gauche qu’elle soit dans ou autour de Die Linke – et militer consciemment pour un programme socialiste.

(Article paru en anglais le 3 juillet 2018)