L’Union européenne intensifie sa campagne de terreur contre les réfugiés

Par Johannes Stern
3 juillet 2018

Le sommet de l’Union européenne à la fin de la semaine dernière a marqué un tournant dangereux dans l’histoire de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale. Les mesures adoptées à Bruxelles ciblant les réfugiés ont révélé l’UE pour ce qu’elle est : un instrument réactionnaire des classes dirigeantes. L’UE est utilisée par les gouvernements européens, nonobstant leurs divergences croissantes, pour intensifier leurs politiques de militarisme, de répression et d’attaques sociales contre la classe ouvrière. Avec le sommet de Bruxelles, l’UE a viré vers la droite, avec des forces farouchement nationalistes et d’extrême droite qui établissent l’ordre du jour.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz, qui dirige à Vienne une coalition avec le Parti de la liberté (FPÖ) d’extrême droite, a pris la présidence de l’UE dimanche. Kurz et le FPÖ sont applaudis pour leur programme anti-réfugiés par les forces d’extrême droite et fascistes à travers l’Europe. Lors du congrès du parti de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) pendant le week-end, le porte-parole du parti fédéral Jörg Meuthen a qualifié Kurz de frère d’armes sur la question de la « Forteresse Europe ». Le chef de l’AfD a dit : « Ceux avec qui nous voulons et devons coopérer sont Hans-Christian Strache, Sébastien Kurz, Matteo Salvini et Viktor Orbán. »

La persécution monstrueuse des immigrants est un phénomène international. Aux États-Unis, l’administration Trump arrache des enfants à leurs parents et les retient en cages, tout en planifiant un réseau de camps militaires pour accueillir 120 000 personnes. Le caractère global de cette guerre contre les sections les plus vulnérables et les plus démunies de la classe ouvrière internationale démontre qu’elle est le produit de la crise mortelle du système capitaliste mondial.

À Vienne, Kurz a souligné que la politique de l’UE en matière de réfugiés est celle de l’extrême droite. Il a déclaré, par l’intermédiaire d’un porte-parole, qu’il est à la tête d'« un gouvernement fédéral clairement pro-européen » et qu’il se démène pour trouver une solution européenne à la question des réfugiés. Il a ajouté que ses « alliés en Allemagne » en cela sont « le gouvernement allemand dirigé par la chancelière Angela Merkel et le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer. » Kurz a fait remarquer dans un entretien à la télévision autrichienne, « Il est important que ce qui a été décidé soit rapidement mis en œuvre. Nous continuerons de faire pression pour que cela se produise. »

Les mesures proposées rappellent les chapitres les plus sombres de l’histoire européenne. Elles incluent, entre autres, le bouclage complet de la « Forteresse Europe » et des déportations massives vers les zones de guerre au Moyen-Orient et en Afrique. La déclaration officielle du sommet adoptée par tous les États membres a déclaré vendredi : « Le Conseil européen affirme que les États membres doivent assurer un contrôle efficace des frontières extérieures de l’UE avec un soutien financier et matériel à l’UE. Elle affirme que le rapatriement des migrants irréguliers doit être considérablement augmenté. »

Pour terroriser les réfugiés, l’agence des frontières de l’UE, Frontex, ajoutera au moins 10 000 nouveaux agents d’ici à 2020 et deviendra une force de police militaire de fait. Le sommet a convenu d’établir des camps en Afrique du Nord et à l’intérieur des frontières de l’UE pour accueillir les réfugiés. Dans la déclaration du sommet, ces centres de détention ont été qualifiés par euphémisme de « plates-formes de débarquement » et de « centres contrôlés » pour la « réinstallation et le nouvel établissement » des réfugiés. Ces euphémismes rappellent ceux employés par les nazis pour décrire leur politique génocidaire envers les juifs, les gitans et autres « étrangers ».

L’UE sait très bien que les camps prévus en Afrique du Nord seront des centres de terreur et de torture, ressemblant aux camps de concentration nazis. Comme l’ambassadeur d’Allemagne au Niger a fait remarquer dans un rapport interne par télégramme diplomatique en 2017 envoyé à la chancelière et à divers ministères, « [Les] violations les plus graves et systématiques des droits de l’homme [ont lieu] en Libye. » Selon un article paru dans le Welt am Sonntag, le document a déclaré que « des photos et des vidéos de téléphone portable authentiques fournissent des preuves des conditions de camp de concentration dans les supposées prisons privées. »

Dans les camps libyens, « les exécutions de réfugiés qui ne peuvent pas payer, la torture, le viol, le chantage et l’abandon dans le désert sont à l’ordre du jour », selon la correspondance. « Des témoins oculaires ont parlé d’exactement cinq exécutions par semaine dans la prison, annoncées et effectuées chaque vendredi pour faire de la place aux nouveaux arrivants, c’est-à-dire pour augmenter le débit humain et ensuite les profits de l’opérateur. »

Les centres déjà existants en Grèce, qui serviront de modèle pour les camps de détention à travers l’UE, ressemblent également à des camps de concentration. Un article paru dans Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung dimanche à propos du « hotspot » de Moria établi sur l’île de Lesbos par le gouvernement SYRIZA grec a fait un rapport sur une « visite en enfer ». La zone fortifiée d’un hectare, une ancienne caserne de l’armée, accueille 7500 personnes, qui vivent dans des conditions catastrophiques.

« Le fil barbelé est tendu sur les clôtures », observe l’article. « Toutes les entrées du camp ont des miradors et des gardes armés […] Toute personne qui veut y pénétrer doit être munie d’une pièce d’identité. Les médias en particulier ont difficilement accès derrière les portails. »

La mise en place de telles institutions dans les grands pays capitalistes constitue un sérieux avertissement pour les travailleurs et les jeunes. Comme sous les régimes fascistes, les camps de concentration seront utilisés contre les opposants politiques, et finalement contre la classe ouvrière dans son ensemble.

L’UE se prépare à une confrontation avec la classe ouvrière, qui se rebelle de plus en plus contre sa politique militariste et anti-ouvrière. Quelque 100 000 travailleurs et jeunes ont protesté samedi à Vienne contre la proposition du gouvernement d’introduire une journée de travail de 12 heures, portant à 60 le nombre maximum d’heures de travail par semaine.

Sous le mot d’ordre « Une Europe qui protège », la présidence de l’UE actuellement détenue par l’Autriche a l’intention d’accélérer la construction d’un État policier européen. À cette fin, il tiendra un premier sommet européen à Salzbourg le 20 septembre.

Le World Socialist Web Site et les sections du Comité international de la Quatrième Internationale exhortent les travailleurs à créer des comités d’action indépendants dans leurs lieux de travail, écoles, universités et quartiers pour organiser des manifestations et des grèves contre les rafles de la police et les attaques contre les immigrants et les réfugiés. Les revendications suivantes doivent être soulevées et discutées aussi largement que possible :

* Le démantèlement des camps de détention au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le retrait des troupes européennes et américaines de ces régions et le passage libre et sûr des réfugiés vers les pays de l’UE de leur choix.

* L’abolition de Frontex la police des frontières de EU.

* Le refus de collaborer avec la machine de déportation de l’UE et toutes les politiques d’État qui préparent le nettoyage ethnique.

* La provision de milliers de milliards d’euros pour les services publics, la formation et l’emploi pour tous les travailleurs, immigrés et autochtones. Les richesses gaspillées sur une décennie de sauvetage des banques de l’UE doivent être expropriées et utilisées pour subvenir aux besoins sociaux urgents des travailleurs.

Le développement de tels comités doit être lié au mouvement de la classe ouvrière internationale pour abolir le système capitaliste d’États-nations. Le fait que tous les partis au pouvoir en Europe – de SYRIZA de pseudo-gauche au PSOE social-démocrate en Espagne, la grande coalition allemande, et les partis d’extrême droite en Italie, en Autriche et en Europe de l’est – coopèrent étroitement pour intensifier la terreur contre les réfugiées souligne le fait que les travailleurs sont confrontés à des tâches révolutionnaires. Le capitalisme européen ne peut pas être amadoué. Il faut le renverser et le remplacer par les États socialistes unis d’Europe

Léon Trotsky a affirmé dans le Manifeste de la Quatrième Internationale, écrit au début de la Seconde Guerre mondiale, que « La tâche qui est posée par l’histoire n’est pas de soutenir une partie du système impérialiste contre une autre mais d’en finir avec le système entier ».

Cette tâche se pose aujourd’hui avec une urgence renouvelée. Pour prévenir une rechute dans la barbarie et la guerre, la classe ouvrière doit s’opposer à toutes les factions de la classe capitaliste et s’engager consciemment dans la lutte pour un programme socialiste et internationaliste.

(Article paru le 2 juillet 2018)