Pourquoi Macron applaudit Clemenceau lors de sa tournée en Vendée

Par Alexandre Lantier
15 juin 2018

Après le passage définitif de la réforme de la SNCF par les deux chambres du parlement français, Macron est allé faire une tournée en Vendée voir son ami, l’homme politique royaliste Philippe de Villiers. Alors qu’il mène une politique de contre-révolution sociale face aux grèves notamment des cheminots, des électriciens, et à Air France, Macron a voulu se ressourcer en communiant avec l’héritage de l’extrême-droite et des Chouans.

Pour Macron, c’est là un travail de conviction. L’homme qui se veut le casseur de la SNCF et des acquis sociaux des travailleurs ne cache pas ses sympathies monarchistes, et le fait que dans son exercice du pouvoir, il veut rétablir des éléments de la monarchie absolue.

Avant les présidentielles, il avait dénoncé la Révolution française à la presse: “Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du Roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif: le Roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures: ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment.”

Mais quand un homme politique bourgeois contemporain étale ses sympathies pour le monarchisme et l’extrême-droite, il tente de brouiller les pistes et se protéger de la colère grandissante des travailleurs. Et, en effet, Macron s’est livré à cet exercice. Après avoir revendiqué un lien entre sa politique de contre-révolution sociale et les réformes menées après la déclaration du Conseil national de résistance à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il a rendu hommage en Vendée à George Clemenceau, le Radical laïc et originaire de Vendée.

Mais dans la carrière longue et contradictoire de cet homme politique bourgeois originaire de Vendée, Macron a voulu retenir son rôle violemment contre-révolutionnaire à la fin de sa vie.

Macron a applaudi le rôle militariste et répressif de Clemenceau au début du 20e siècle, en tant que ministre de l’Intérieur que les travailleur surnommaient “le briseur de grèves,” et surtout pour sa politique revancharde anti-allemande et sa traque des opposants à la guerre entre la révolution d’octobre 1917 et la fin de la guerre mondiale de 1914-1918.

“L’esprit de défaite peut saisir tout un peuple,” a déclaré Macron à propos de 1917, quand des mutineries anti-guerre secouaient l’armée française et la Russie entrait en révolution prolétarienne. Et il a loué Clemenceau pour avoir su diriger la France d’une main de fer.

Ce commentaire permet de voir dans quelle tradition Macron se place quand il dit vouloir mener une “révolution profonde” malgré l’hostilité des Français à l’austérité.

La répression des mutineries anti-guerre qui ont secoué l’armée française pendant la révolution russe de 1917, qu’évoquait Macron, a largement contribué à faire monter dans la bourgeoisie l’étoile politique du militaire qui a dirigé cette répression, le général Philippe Pétain, le futur maréchal et dictateur fasciste. Pétain a fait fusiller un nombre important de mutins, et la bourgeoisie française lui en a su gré.

Et si Macron va rendre visite à Philippe de Villiers, ce n’est pas pour “moderniser” la France en sauvegardant le modèle social capitaliste hérité du réformisme gaulliste et stalinien de la fin des années 1940. Ces réformes, par lesquelles de Gaulle et le Parti communiste français stalinien ont endigué le soulèvement révolutionnaires des masses ouvrières lors de la Libération et l’effondrement du régime pétainiste, Macron veut les détruire. C’est ce qu’il veut lancer en faisant voter par le parlement la casse de la SNCF, nationalisée après la guerre.

La “révolution profonde” de Macron se place sans le dire sous le signe du Maréchal, qui est arrivé au pouvoir grâce à l’intervention des chars nazis et du vote des pleins pouvoirs par l’Assemblée nationale, pour tenter de mener une Révolution nationale contre la population et la classe ouvrière.