Le SEP et l’IYSSE organisent une réunion sur la guerre, la lutte des classes et la lutte contre la censure sur Internet

Par notre journaliste
24 avril 2018

LeSocialist Equality Party (SEP – Parti de l’égalité socialiste – PES), et l’International Youth and Students for Social Equality(Étudiants et jeunes internationalistes pour l’égalité sociale – IYSSE) ont organisés hier une réunion à l’Université Wayne State à Détroit, au Michigan, sur le développement de la lutte ouvrière et la campagne de la classe dirigeant pour censurer Internet.

La réunion a réuni plus de 75 personnes, dont des étudiants de quatre universités de l’État, des travailleurs de l’automobile à Detroit et à Flint, et des travailleurs de l’Ontario, au Canada, qui ont traversé la frontière pour y assister. Quatre enseignants de Detroit ont également assisté à la réunion, au milieu d’une vague croissante de grèves d’enseignants à travers les États-Unis et à l’étranger.

André Damon faisant le lien entre la question de la censure et les « fausses nouvelles »

Shemeeka Hennings, la mère de Jacoby Hennings, un travailleur de Ford âgé de 21 ans qui est décédé dans des circonstances qui ne sont toujours pas établies, dans les bureaux du syndicat United Auto Workers (UAW) à l’usine d’emboutissage de Woodhaven le 20 octobre 2017, a assisté à la réunion.

Ouvrant le meeting, le secrétaire national du SEP, Joseph Kishore, a noté que cela se passait dans les conditions d’une crise politique, géopolitique et sociale en rapide escalade du capitalisme américain et mondial.

Un conflit entre factions acharné se déroule à Washington, les opposants exprimant des divergences au sein de la classe dirigeante « sur les questions de politique étrangère, centrées sur des demandes d’actions plus agressives en Syrie et en Russie ». Kishore a déclaré que la frappe arienne de l’Administration Trump sur la Syrie était une soumission à ces demandes, mais avait été suivie par : « des appels dans les médias américains et européens pour une nouvelle escalade des opérations afin de renverser le régime Assad en Syrie », posant le danger immédiat d’une guerre à grande échelle avec la Russie.

Kishore a cité la déclaration du SEP de juin 2017, « Révolution de palais ou lutte des classes : la crise politique à Washington et la stratégie de la classe ouvrière », qui prédit qu’« un conflit, tout à fait différent, se développe – entre la classe dirigeante et la classe ouvrière, la vaste masse de la population, qui souffre de diverses formes de détresse sociale et est complètement exclue de la vie politique ». En 2018, a-t-il dit, ce conflit a « éclaté au grand jour ».

Joseph Kishore

Kishore a passé en revue la croissance objective de la lutte des classes à l’échelle internationale et aux États-Unis. « Partout », a-t-il déclaré, « les travailleurs font face aux mêmes conditions fondamentales : un système politique qui évolue rapidement vers la droite, une classe dirigeante déterminée à organiser un nouveau transfert de richesses, des syndicats qui fonctionnent comme des instruments de l’État et des entreprises ». Le développement de la lutte des classes « a amené les travailleurs à entrer de plus en plus directement en conflit direct avec les syndicats ».

Il a dit : « La tâche primordiale est de construire une direction révolutionnaire, systématiquement, consciemment et agressivement. C’est sur cette tâche dont dépend la résolution progressiste de la question fondamentale que doit affronter l’humanité : le socialisme ou la barbarie. »

Les remarques liminaires de Kishore ont été suivies d’une série de rapports des membres du SEP et de l’IYSSE. Niles Niemuth, qui a voyagé ce mois-ci avec le rédacteur en chef de la section « Lutte de classes » du WSWS, Jerry White, pour intervenir et couvrir la grève des enseignants de l’Oklahoma a passé en revue les leçons politiques de la grève. Il a souligné le lien entre la censure d’Internet par l’élite dirigeante et ses craintes sur l’utilisation des médias sociaux par les travailleurs pour communiquer et s’organiser indépendamment des syndicats.

Andre Damon a passé en revue le développement de la campagne de censure sur Internet à la suite de l’élection de Donald Trump en 2016 et de la campagne menée par le Parti démocrate et les agences de renseignement pour imputer toute l’opposition politique aux États-Unis sur les « fausses nouvelles » prétendument disséminées par la Russie.

Jerry White, qui a écrit sur les demandes d’enquête sur la mort de Jacoby Hennings, a présenté Shemeeka Hennings à la réunion, et a appelé à un moment de silence à la mémoire de son fils.

Shemeeka Jennings prenant la parole

Shemeeka a prononcé l’allocution suivante :

Je n’ai pas eu de force depuis le pire jour de ma vie, le 20 octobre 2017. Mais quand il s’agit de vos enfants, cela n’existe pas : « pas de force ». Surtout quand vous vous battez pour les protéger.

Je tiens à remercier le WSWS d’être intervenu quand les autres calomniaient mon bébé et racontaient toutes ces fausses nouvelles à son sujet, et de publier un article pour montrer qu’il y a beaucoup de questions auxquelles il n’y a pas eu de réponse, auxquelles il faut répondre. Personne ne comprend. Aucun syndicaliste ne m’a encore téléphoné pour me dire : « Je suis désolé. » Personne de Ford n’est même venu à ses funérailles pour nous serrer la main et nous dire « Je suis désolé pour votre perte ». Comment peuvent-ils dormir la nuit ?

Je suis chez Chrysler depuis 20 ans et c’est un combat pour moi de continuer à travailler. Et je suis une employée qualifiée là-bas. Alors, imaginez un travailleur temporaire qui va travailler tous les jours. Je travaille avec des employés temporaires et je vois comment ils sont traités. Je veux dire, nous devons commencer à nous réunir tous ensemble comme une classe ouvrière. Jusqu’à ce que nous nous unissions, rien ne changera. Nous savons déjà ce qu’il en est du syndicat. Je vous remercie.

Les remarques de Shemeeka ont été accueillies par une ovation debout du public.

Une discussion animée a suivi, avec de nombreux travailleurs apportant des contributions qui ont exprimé une croissance plus large dans la conscience de la classe ouvrière et une hostilité croissante envers les syndicats et les partis Démocrate et Républicain.

Gladyes Williamson

Gladyes, une ouvrière automobile de GM, de Flint dans le Michigan, à la retraite qui a été à la pointe du combat des résidents pour dénoncer l’empoisonnement de l’approvisionnement en eau de la ville par les autorités étatiques, locales et fédérales, a parlé. Elle a dénoncé des efforts déployés par le Parti démocrate pour diviser les habitants de Flint selon des critères raciaux en prétendant que l’empoisonnement de l’eau de la ville était un problème racial.

« Ils ont continué à promouvoir la question raciale », a déclaré Gladyes. « Cinquante-quatre pour cent de Flint est noir. Ce n’est pas une question de couleur. Ceci concerne la classe ouvrière et le capitalisme. Pour ces gens qui pensent qu’ils obtiendront un meilleur accord de la part des Démocrates que des Républicains, vous avez tellement tort. Ils sont tous ensemble. Ils ont le pied sur le cou de la classe ouvrière. »

« Ne vous faites pas avoir. Levez-vous et dites que vous en avez assez du capitalisme. Vous en avez assez des Démocrates et des Républicains. Ils ne se soucient pas des travailleurs, et l’UAW non plus. »

Chris, un opérateur de machinerie âgé de 37 ans en Ontario, au Canada, assistant à sa première réunion du SEP, a également pris la parole. Il a expliqué comment il avait pris conscience de la censure d’Internet par la classe dirigeante. « Je n’ai commencé à lire les articles du WSWS que depuis quelques mois », a-t-il déclaré. « À l’origine, j’ai lu beaucoup de “Global Research”. J’avais un fil d’actualité Google, dont l’une des requêtes était pour "Global Research". Ce qui avait l’habitude de retrouver tous leurs articles dans ce fil d’actualité. Maintenant la requête ne trouve plus rien de "Global Research". Au lieu de cela, il n’y a plus que des nouvelles des médias grand public. »

« Je voudrais faire une remarque sur la façon dont le capitalisme m’a affecté », a-t-il poursuivi. « Mon père travaillait pour une entreprise appelée Campco à Hamilton. En 1998, ils ont décidé de fermer et d’envoyer la production au Mexique. Ils ont réduit les retraites, donc il a perdu une bonne partie de sa pension, et il a été contraint pour le reste de sa vie de travailler à l’accueil chez Walmart pour joindre les deux bouts. Il a fait cela pendant six ans et a eu une crise cardiaque et est mort. Je pense qu’une grande partie dans sa mort était le stress de tout cela. »

« C’est cela, le système capitaliste. Quand il est décédé, il avait encore une dette. Donc, mon frère et moi avons dû payer pour que la banque ne reprenne pas possession de la maison de notre mère. C’est cela que nous devons arrêter, parce que personne ne devrait être mis dans une telle situation. »

La réunion a également entendu plusieurs autres rapports et contributions des membres du SEP et de l’IYSSE. Eric London a parlé de l’immense croissance de l’inégalité sociale aux États-Unis et dans le monde et a expliqué comment le caractère oligarchique de la vie économique dans tous les pays conduisait la classe dirigeante à l’autoritarisme. Genevieve Leigh, membre du Comité national de l’IYSSE, a parlé de l’importance des manifestations de masse des jeunes aux États-Unis et des conditions sociales auxquelles font face les jeunes. Elle a décrit la perspective de l’IYSSE pour orienter les étudiants et les jeunes vers la construction d’un parti révolutionnaire de la classe ouvrière.

À la suite de la réunion, de nombreux travailleurs sont restés pour d’autres discussions et pour acheter de la documentation. Un rapport sur les commentaires des travailleurs faits aux journalistes du WSWS sera publié demain.

(Article paru d’abord en anglais le 23 avril 2018)